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La crise du raffinage de pétrole engendre des profits record chez les négociants et les pétroliers

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Publié le 01 novembre 2026 à 08:00. / Modifié le 01 novembre 2026 à 09:31. 4 min. de lecture

  • Les actifs énergétiques, notamment les raffineries, sont des cibles de choix dans les guerres en Iran et en Ukraine.

  • Il en résulte une crise des produits pétroliers, plutôt que du pétrole brut, qui fait grimper les prix à la pompe.

  • Cette mauvaise nouvelle pour les consommateurs peut être une opportunité parmi les négociants et, surtout, les exploitants de raffineries en état de fonctionner.

Les prix du pétrole étaient à nouveau en hausse cette semaine. Le baril de Brent a clôturé vendredi à 117 dollars, un gain de dix pourcent depuis lundi qui s’explique notamment par un regain de tensions au Moyen-Orient. Plusieurs pétroliers ont d’ailleurs pris feu dans le détroit d’Ormuz après avoir percuté des mines navales vendredi.

Depuis huit mois, et le début de la guerre contre l’Iran, les cours du pétrole ont doublé tandis que les prix des carburants et des combustibles ont augmenté encore davantage. Car dans cette crise pétrolière, ce sont cette fois surtout les capacités de raffinage qui sont touchées.

Ce qui engendre trois choses: une pénurie de produits raffinés, des prix à la pompe particulièrement élevés – le TCS fait état de prix moyen du litre de diesel à 2,24 francs actuellement contre 1,78 franc en janvier – ainsi que des profits record pour les traders et les détenteurs de raffineries en état de fonctionner.

Envolées financières

Cette semaine, plusieurs géants pétroliers ont publié des résultats record. Vendredi, le géant britannique BP a fait état d’un bénéfice supérieur à 8 milliards de dollars au troisième trimestre (contre 2,2 milliards sur la même période un an plus tôt), un montant jamais atteint ces dix-huit dernières années. Outre BP, les résultats d’ExxonMobil, de Chevron, de Shell et de TotalEnergies ont tous dépassé les attentes pourtant optimistes des analystes. Ensemble, ces groupes ont réalisé un bénéfice net cumulé supérieur à 56 milliards de dollars au cours du dernier trimestre, selon un calcul de l’agence Bloomberg.

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Du côté des négociants, on fait état d’une frénésie similaire. D’autant plus qu’ils sont nombreux en Suisse, de Glencore à Centalion (ex-Gunvor) en passant par Mercuria, Trafigura et Vitol, à également exploiter ou détenir des parts dans des raffineries, de Cressier à Rotterdam.

Le Zougois Glencore a publié un bénéfice de 4,41 milliards de dollars au premier semestre (après avoir subi une perte de 655 millions un an plus tôt). Le groupe genevois Mercuria a gagné deux milliards de dollars sur les neuf mois de 2026 (+ 122% sur un an). Centalion a réalisé un bénéfice de 909 millions au premier semestre (+ 644%). Et du côté de Trafigura, ce sont des gains de deux milliards de dollars qui ont été réalisés au premier semestre.

«Ce trimestre a vraiment été exceptionnel pour le secteur du raffinage», a déclaré Meg O’Neill, la directrice générale de BP, vendredi suite à la publication des résultats trimestriels du groupe. «Nos raffineries ont enregistré des marges très élevées.»

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Les frappes au Moyen-Orient et les combats en Ukraine et en Russie, où les cibles énergétiques sont privilégiées depuis deux ans, auraient mis hors service un dixième de la capacité mondiale de production de carburants et de combustibles, selon ExxonMobil. Pour les usines qui restent opérationnelles, les profits générés par ce manque d'offres ont été d’autant plus importants que la Chine a réduit ses exportations de produits raffinés pour assouvir sa demande intérieure. Or l’Empire du milieu est un poids lourd du secteur: il disposait en 2025 des plus importantes capacités de raffinage au monde (18%), devant les États-Unis (17,5%) et la Russie (6,5%), selon le cabinet KPMG.

Hécatombe dans les raffineries

Seules cinq infrastructures pétrolières russes – hors d’atteinte des drones ukrainiens – restaient indemnes tandis que certains actifs ont été attaqués jusqu’à quinze fois depuis 2022, selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie publié en septembre. L’AIE indique que les trente-deux raffineries russes peuvent normalement traiter jusqu’à 6,5 millions de barils par jour mais, en juin, le niveau est tombé au plus bas depuis vingt ans (3,8 millions de barils quotidiens). Le cabinet Rystad Energy estime que Moscou pourrait, à ce rythme, devenir un importateur net de diesel (un million de barils par jour) et d’essence à l’été 2027.

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Les géants du pétrole s’activent pour combler la pénurie de raffinage en agrandissant des raffineries, en repoussant des opérations de maintenance ou en relançant des sites fermés.

«Au troisième trimestre, nous avons continué de relever le défi de satisfaire les besoins énergétiques mondiaux, exploitant à un niveau sans précédent nos capacités d’échelle, d’intégration et techniques», a indiqué vendredi Darren Woods, PDG d’ExxonMobil. «Nous augmentons la production tout en améliorant l’efficacité», a-t-il relevé.

Mike Wirth, son homologue chez Chevron, a assuré que son groupe avait «continué d’investir pour accroître l’approvisionnement énergétique» face aux contraintes du marché, soulignant que ses raffineries avaient produit des volumes record.

Investir dans une raffinerie

ExxonMobil et Chevron ont fait fonctionner leurs raffineries quasiment à pleine capacité au troisième trimestre. Le premier a agrandi sa raffinerie de Beaumont, sur le golfe du Mexique, et mène encore des travaux dans ce cadre, en particulier sur son site de Baytown, au Texas.

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​​En juin, Mercuria a acquis des actifs pétroliers en Argentine, et notamment une raffinerie à Buenos Aires. D'autres traders suisses ont acheté des actifs similaires ces dernières années.

ExxonMobil a fait fonctionner ses raffineries du golfe du Mexique à 100% de leur capacité au troisième trimestre, et produit une quantité record de diesel en Amérique du Nord. Mais il prévoit au quatrième trimestre davantage d’opérations de maintenance, dont les raffineries ont régulièrement besoin, ce qui les rendra inopérantes pendant en tout cas plusieurs semaines. La situation promet de rester d’autant plus tendue que les forces ukrainiennes ont encore frappé vendredi trois raffineries russes après une «pause» de plusieurs jours, a indiqué Alexandre Novak, vice-ministre russe chargé de l’Énergie.

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