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La commune de Saint-Gilles a levé le tabou de l’inceste dans ses écoles : “Un secret qui fait mal ne doit jamais être gardé”

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Depuis la rentrée, un dispositif particulier est en place dans 7 écoles (primaires et secondaires) de la commune bruxelloise de Saint-Gilles pour faire face à l'inceste. Ce protocole baptisé "Je te crois" permet de prendre en charge adéquatement les enfants qui se confient à propos d'atteintes à leur intégrité sexuelle dans le cercle familial.

La réflexion a démarré après un vilain couac dans une école. Suite à une animation en classe, un enfant a dévoilé certains faits. La première réaction du centre PMS (psycho-médico-social) a été de contacter le père. "Et cela s'est évidemment très mal passé. Le sujet n'avait pas été pris au sérieux", rapporte Catherine François, échevine (PS) de l'enseignement.

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"Ce devrait être une évidence"

D'où la constitution, il y a deux ans et demi, d'un groupe de travail pour réfléchir collectivement à la question des violences sexuelles et de sa gestion par les acteurs de l'école. Autour de la table, les directions, le Centre de prise en charge des violences sexuelles (CPVS), la cellule EVA (Emergency Victime Assistance) de la police, SOS Enfants, Garance (une ASBL qui fait de la prévention primaire, avant que ce type de violences se produisent), les acteurs des PMS et de la prévention santé à l'école…

"Nous sommes partis d'un postulat qui devrait être une évidence, mais qui reste malgré tout un combat : il faut entendre les victimes", explique l'échevine. L'appellation du dispositif ("Je te crois") résonne comme une promesse pour les élèves. "L'école est le premier endroit où l'enfant entre en contact avec un ou une adulte qui n'est pas de sa famille. C'est un lieu d'apprentissage mais aussi un espace de vie où se nouent des liens de confiance profonds avec les enseignantes, les accueillantes et d'autres membres du personnel éducatif".

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L'école ne peut plus rester muette

Quand un enfant s'accroche à sa maîtresse la veille des vacances en lui disant qu'il n'a pas envie de partir, qu'il veut rester avec elle et qu'elle doit le protéger, "il faut savoir entendre le secret qui se cache derrière le câlin", indique encore Mme François.

Les chiffres sont alarmants : un Belge sur dix déclare avoir subi des abus sexuels de la part de proches au cours de son enfance – soit au moins deux élèves par classe. "L'école ne peut plus rester muette. Il est urgent de briser le silence, de nommer ces violences pour mieux les identifier et de rappeler fermement qu'elles sont interdites. Nous devons dire aux enfants qu'un secret qui fait mal ne doit jamais être gardé", insiste Catherine François

Les jeunes victimes portent souvent le double poids d'une culpabilité injuste : ce qu'elles ont subi et, plus lourd encore, celle de dénoncer un parent ou un proche. Selon les études existantes, dans près de la moitié des cas, l'enfant qui a parlé n'est pas mis en sécurité et ne bénéficie d'aucune prise en charge adaptée. "C'est cette réalité que nous devons changer", assène l'échevine.

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En cas de suspicion ou de dévoilement

Le dispositif mis en place dans les écoles de Saint-Gilles prévoit un important volet de prévention à l'adresse des enfants. Des animations sont par exemple organisées dès le primaire par l'ASBL Garance. Deux journées de formation sont prévues pour l'ensemble du personnel avec l'objectif d'outiller ces acteurs de première ligne dans la gestion, souvent complexe, des situations de dévoilement.

En cas de suspicion ou de confidences, une prise en charge de l'enfant est prévue via un partenariat avec le CPVS et les acteurs clés de l'accompagnement.

"Nous sommes la première commune à déployer une politique aussi intégrée et protectrice pour nos enfants. On espère vraiment que cette idée sera reprise par d'autres pouvoirs organisateurs et d'autres communes. Et que tout le monde s'en empare, pour que les écoles deviennent des "safe places" pour les élèves", lance Catherine François.

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