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La Colombie-Britannique ne renouvellera pas son entente avec Santé Canada qui permettait la décriminalisation de la possession de petites quantités de drogues pour usage personnel. La province met ainsi fin à un programme de trois ans salué comme une expérience novatrice avant d’être critiqué pour avoir alimenté les troubles publics et pour son incapacité à endiguer la crise des surdoses.
Sa ministre de la Santé, Josie Osborne, a expliqué que l’objectif du projet pilote, qui devait prendre fin le 31 janvier, était de faciliter la prise de contact et la recherche d’aide pour les personnes concernées, mais qu’il « n’a pas donné les résultats escomptés » par les responsables.
« Dès le départ, ce projet pilote a été conçu comme une expérience à durée déterminée, avec un suivi continu prévu afin de déterminer ce qui fonctionnait, ce qui ne fonctionnait pas et où des changements étaient nécessaires. Toutefois, le projet pilote n’a pas donné les résultats escomptés », a-t-elle déclaré.
Le projet de décriminalisation de la Colombie-Britannique a débuté en janvier 2023, après que Santé Canada a accordé à la province une exemption en vertu de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances.
Il autorisait initialement les adultes à posséder au total jusqu’à 2,5 grammes d’opioïdes, de crack et de cocaïne en poudre, de méthamphétamine et de MDMA.
Un projet vivement critiqué
Cependant, une vive controverse a éclaté, certains résidents affirmant que le programme encourageait la consommation de drogues en public, notamment dans les aires de jeux et autres lieux inappropriés.
En 2024, l’exemption a été modifiée afin de limiter la possession aux domiciles privés et aux lieux où les personnes en situation d’itinérance sont légalement hébergées, ainsi qu’aux cliniques de soins de santé désignées et aux sites de prévention des surdoses, de vérification des drogues et de consommation supervisée.
D’après Mme Osbourne, le débat public autour de la décriminalisation était devenu « très complexe » et le gouvernement souhaite maintenant privilégier une approche axée sur la santé.
Elle a qualifié la décriminalisation de « tentative bien intentionnée d’ajouter un outil supplémentaire pour faciliter l’accès aux soins ».
« Malgré la fin du projet pilote de décriminalisation, nous poursuivons nos efforts. Nous continuons d’augmenter le nombre de lits en traitement et en réadaptation, d’élargir les interventions et le soutien, d’étendre les services de réduction des méfaits et de tout mettre en œuvre pour sauver des vies », a-t-elle déclaré.
« Absurde », « échec total »
Ellen Lin, originaire de Surrey, juge que la fin du programme survient trop tard. Elle établit un lien entre celui-ci et le décès de sa fille de 14 ans, Emmy Liu, d’une surdose de fentanyl le 30 janvier 2025.
« De nombreuses vies innocentes ont été perdues durant ces trois années, notamment celles d’enfants. Quelle explication Mme Osborne apporte-t-elle aux familles endeuillées ? Je pense que cette politique est un échec total », a-t-elle déclaré en mandarin lors d’une conférence de presse à Richmond, qui se tenait par coïncidence tout juste avant l’annonce de la ministre à Victoria.
Elle a qualifié cette politique de « complètement absurde ».
« Lorsque la vie de mon enfant était en danger, j’ai exploré toutes les ressources et tous les moyens possibles pour la sauver. J’ai demandé de l’aide à la police, à des conseillers et à la commission scolaire. Mais je me sentais impuissante. Ces politiques absurdes m’ont empêchée de sauver la vie de mon enfant », a-t-elle affirmé.
Baisse des décès par surdose
En Colombie-Britannique, le nombre de décès liés à la drogue a d’abord continué d’augmenter après la décriminalisation, atteignant un record de 2589 en 2023, soit une hausse de 8 % par rapport à l’année précédente.
Toutefois, en 2024, le nombre de décès a diminué de 10 % par rapport à 2023.
On a dénombré 1538 décès en Colombie-Britannique au cours des dix premiers mois de 2025, ce qui place la province sur la voie d’une baisse d’environ 20 %.
Une étude publiée dans le JAMA Health Forum en 2025 a révélé que les politiques d’approvisionnement plus sûr et de décriminalisation des drogues en Colombie-Britannique étaient toutes deux associées à une augmentation des hospitalisations pour surdose d’opioïdes, mais pas à une augmentation des décès liés aux opioïdes.
La ministre Osborne a soutenu qu’il était difficile d’attribuer le nombre de décès par surdose dans la province à un seul facteur, qualifiant les baisses récentes de décès d’encourageantes, mais insuffisantes.
Critiques conservatrices
Le projet pilote de la Colombie-Britannique a été vivement critiqué par les conservateurs fédéraux, et le porte-parole du chef de l’opposition, Sam Lilly, a déclaré mercredi que le gouvernement libéral fédéral « aurait pu mettre fin à son expérience mortelle et radicale à tout moment ».
M. Lilly a ajouté qu’au lieu de cela, « ils se sont contentés de rester les bras croisés pendant que nos rues étaient inondées d’opioïdes très puissants », et que « d’innombrables familles ne se remettront jamais de la perte de leurs proches ».
Dans un communiqué publié après l’annonce, les conservateurs de la Colombie-Britannique ont déclaré que cette « expérience risquée de décriminalisation des drogues » avait eu des répercussions négatives sur les communautés et les écoles.
« Dès le départ, les entreprises, les villes et les forces de l’ordre ont tiré la sonnette d’alarme concernant la hausse de la consommation de drogues et les troubles à l’ordre public. Au lieu d’agir rapidement pour resserrer les règles et rétablir la confiance, le [Nouveau Parti démocratique provincial] a défendu cette approche jusqu’à ce que les conséquences deviennent impossibles à ignorer », a déploré Claire Rattée, porte-parole de l’opposition britanno-colombienne en matière de santé mentale, dans un communiqué.
Avec Nono Shen à Richmond et de Sarah Ritchie à Ottawa


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