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"La bataille de France commence": Raphaël Glucksmann peut-il rebattre les cartes de la présidentielle française ?

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Le plus dur commence. Raphaël Glucksmann a largement remporté la primaire socialiste du 11 octobre, avec deux tiers des voix dès le premier tour, face à quatre concurrents. Un succès plus net que prévu, même si la participation reste relativement modeste : 120 787 votants. "La bataille de France commence !" a lancé l'eurodéputé le soir de sa victoire, en promettant de "rassembler la gauche démocratique" pour "battre l'extrême droite" à la présidentielle. Mais tout reste à faire : dans une étude Harris publiée ce lundi (réalisée avant sa victoire), Raphaël Glucksmann ne recueille que 10 à 11 % des intentions de vote, loin de Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe.

Pour Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS, Cevipof, Sciences Po, "sa victoire est la preuve que les électeurs sociaux-démocrates n'ont pas disparu et qu'ils n'ont rien perdu de leur modération. Elle signe le sursaut d'une gauche hostile à toute alliance avec La France insoumise, une gauche sociale-démocrate restée relativement silencieuse depuis dix ans et qui parvient aujourd'hui à se faire entendre." En choisissant Raphaël Glucksmann, les électeurs ont ainsi tranché un débat qui déchire la gauche depuis près de dix ans : poursuivre les alliances avec LFI ou reconstruire une force autonome.

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Rupture historique

La victoire du leader de Place publique marque aussi une rupture historique : pour la première fois depuis sa création en 1969, le Parti socialiste soutiendra à la présidentielle un candidat qui n'est pas issu de ses rangs. Mais rien n'est joué. L'histoire des dernières présidentielles invite à la prudence : en 2017, Benoît Hamon, largement vainqueur de la primaire socialiste, s'était effondré à 6,36 % à la présidentielle. Cinq ans plus tard, Anne Hidalgo, investie par les militants du PS, n'avait recueilli que 1,75 % des suffrages.

Pour Olivier Costa, "désormais, l'enjeu principal est de faire le ménage parmi les candidatures de l'arc républicain". En signant la charte de cette primaire, les cinq prétendants s'étaient engagés à soutenir pleinement le vainqueur. Mais pas sûr qu'Olivier Faure, sèchement battu avec 14,4 % des voix, et Ségolène Royal, qui traitait Glucksmann de "stagiaire" il y a peu, jouent soudain les groupies. Elle-même avait pourtant souffert pendant sa campagne en 2007 de l'absence de soutien des strauss-kahniens et des fabiusiens battus lors de la primaire.

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Raphaël Glucksmann va devoir rassembler son camp. Pour y parvenir, il lui faudra déjouer le piège d'une "macronisation", sans tomber dans celui d'une "mélenchonisation" : en somme, convaincre les électeurs centristes sans apparaître comme un héritier d'Emmanuel Macron, et séduire les classes populaires sans renier sa rupture avec LFI.

Sa victoire complique notamment les calculs de François Hollande, qui avait refusé de participer à la primaire et semblait miser sur l'absence d'un vainqueur incontestable pour préserver l'hypothèse de sa propre candidature. Selon Politico, l'ancien président aurait repoussé de décembre à janvier sa décision de se lancer ou non.

Mais le rassemblement de la gauche non mélenchoniste est loin d'être acquis. Les premières réactions, notamment celle de Marine Tondelier, qui dénonce un "choix du repli", montrent que la victoire de Glucksmann ne fait pas l'unanimité au-delà du périmètre de la primaire.

Pour Olivier Costa, la victoire de Glucksmann pourrait néanmoins modifier les rapports de force, bien au-delà de la gauche. "Les sondeurs envisageaient un second tour opposant Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, en raison de la dispersion des candidatures et des voix au sein de l'arc républicain. La victoire de Raphaël Glucksmann clarifie le paysage politique à gauche, et pourrait entraîner une dynamique similaire à droite", estime-t-il. Gabriel Attal ou Bruno Retailleau pourraient ainsi être amenés à se désister en faveur d'Édouard Philippe si leurs campagnes ne décollaient pas.

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À l'épreuve d'une campagne

Pour espérer l'emporter en 2027, Raphaël Glucksmann devra aussi séduire au-delà de son propre camp. Là encore, l'affaire n'est pas aisée. "La principale faiblesse de Raphaël Glucksmann, c'est qu'il est encore peu connu dans le pays, et qu'il constitue une cible de choix pour ses adversaires. Il peut être présenté comme un dandy sans expérience politique de terrain qui n'aurait pas 'tâté le cul des vaches'ni arpenté les marchés et les foires", estime Olivier Costa.

Un manque d'ancrage territorial qui pourrait peser lourd dans la bataille à venir. Le politologue lui reconnaît néanmoins "de véritables atouts : il maîtrise les dossiers internationaux, notamment européens, et environnementaux, et c'est un bon orateur". Mais aura-t-il le cuir suffisamment dur pour affronter ses adversaires ? Dimanche, Raphaël Glucksmann a remporté une primaire. Il lui reste six mois pour convaincre qu'il peut gagner une présidentielle.

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