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Les États-Unis et Israël ont lancé ce samedi une attaque conjointe contre l'Iran, tuant au passage le guide suprême Ali Khamenei, et détruisant le quartier général des Gardiens de la révolution.
La République islamique a déclenché une riposte tous azimuts, visant notamment les bases américaines au Qatar, au Bahreïn ou au Koweït, mais également des infrastructures civiles telles que l'aéroport de Dubaï aux Émirats arabes unis.
Les capacités militaires de l'Iran lui permettront-elles de poursuivre cette riposte dans le temps ?
Éléments de réponse avec Jonathan Piron, spécialiste de l'Iran, et conseiller à la prospective au sein du centre de recherche Etopia.
L'Iran peut-il maintenir une telle riposte sur la durée ?
Donald Trump annonce des opérations qui pourraient durer 4 à 5 semaines, ce qui est très long. Pour chaque acteur, le facteur temps est déterminant dans la guerre qui est en cours.
Pour les Israéliens et les Américains, le temps est réduit. Ils doivent frapper au plus vite les installations balistiques iraniennes afin d'empêcher les répliques, et pour avoir la supériorité aérienne et maintenir leur domination sur les opérations.
Tandis que les Iraniens vont jouer sur l'usure. Un conflit de temps long serait à leur avantage, pour créer un enlisement qui pourrait avoir alors des conséquences négatives pour Washington et pour l'État hébreu.
Les monarchies du Golfe prises en étau entre l'Iran et les États-UnisQuelle est la stratégie iranienne derrière cette réplique tous azimuts ?
Le but des Iraniens est de jouer sur un conflit asymétrique parce qu'ils n'ont pas les moyens d'un choc frontal avec les Américains. Ils n'ont pas assez d'avions ou ceux-ci sont dépassés. De côté-là, leur avantage technologique est nul. Par contre, ils ont construit historiquement leur dissuasion et leur capacité de réplique sur le programme balistique, sur les missiles et sur les drones.
On voit que les Iraniens frappent dans tous les sens pour créer un choc et dissuader de nouvelles actions américaines en touchant leurs sites militaires. Téhéran essaie aussi de saturer la région de drones, en forçant ses ennemis à réagir avec des missiles intercepteurs qui coûtent très cher.
Il faudrait quelques intercepteurs – trois peut-être – pour abattre un missile iranien. Or, ces stocks ne sont pas inépuisables. Ils semblent d'ailleurs même diminuer assez rapidement et plus vite qu'ils ne se renouvellent.
Une fois ces stocks épuisés, l'idée iranienne serait de frapper, avec des missiles de plus longue portée et de plus grande précision, les intérêts israéliens et américains.
Risque de guerre régionale et plongeon des indices boursiers : voici pourquoi les professionnels des marchés ne cèdent pourtant pas à la paniqueQuelles sont les capacités militaires disponibles pour Téhéran ?
L'Iran disposerait de 3 000 missiles, de différentes portées.
Mais surtout, Téhéran a développé énormément de drones, qui ont l'avantage d'être faciles à fabriquer et peu chers. Un drone coûterait 10 ou 15 000 dollars, alors qu'un intercepteur vaut aujourd'hui plus de 100 000 dollars. Il faut aussi souligner l'importance du conflit en Ukraine. Les Iraniens y ont beaucoup appris, puisqu'ils ont partagé leur technologie de construction de drones aux Russes, qui y ont régulièrement recours sur le front.
Comprenez-vous la logique qui a guidé ces frappes sur le Koweït, Bahreïn et le Qatar ?
La menace est aujourd'hui existentielle pour l'Iran, qui joue sa survie, ce qui explique que la République islamique frappe fort et durement, dans tous les sens, parce qu'elle n'a plus rien à perdre.
Téhéran vise non seulement des intérêts américains dans la région, mais va également plus loin, en ciblant même la raffinerie saoudienne de Saudi Aramco. Il n'y a plus aucune ligne rouge, ce qui prouve l'extrême danger de la situation dans laquelle on se trouve.
Des mines pour bloquer Ormuz, l'arme à double tranchant de l'IranEstimez-vous probable une chute du régime iranien ?
À ce stade, non. Maintenant, on ne sait pas comment les choses vont évoluer. On en saura plus d'ici deux ou trois semaines.
En tout cas, le régime veut montrer que la continuité du pouvoir est assurée, puisque les différents responsables des Gardiens la révolution qui ont été tués ont déjà été remplacés par des dirigeants encore plus durs.
La volonté est de montrer que le régime tient et que les frappes militaires sont inefficaces, puisqu'il parvient à renouveler sa direction. C'est autant une communication vers l'extérieur, que vers l'intérieur, pour montrer à la population qu'il n'y a pas de fragmentation du pouvoir et que celui-ci est toujours bien en place.
Combien de Belges se trouvent-ils vraiment au Moyen-Orient actuellement?Israël et les États-Unis ont cherché à affaiblir les capacités de riposte militaire iraniennes. Vu les sites et personnalités visés, ont-ils atteint leur objectif ?
Des figures importantes ont été tuées. Elles avaient une connaissance du fonctionnement de l'État et des moyens militaires, prenaient les décisions stratégiques. Donc oui, l'Iran perd des dirigeants "d'expérience".
De nouveaux responsables militaires vont arriver, qui auront moins d'expérience, mais qui, paradoxalement, seront peut-être plus dangereux, parce qu'ils sont plus radicaux.
Guerre contre l'Iran : quelles répercussions en Irak ? "Tout est possible"Il y a ce risque de voir la succession du guide être prise par une personne beaucoup moins ouverte à la négociation, qui refuserait tout compromis avec l'Occident. Parce que, paradoxalement, Khamenei était ouvert à la négociation.
C'est un jeu très hasardeux dans lequel se sont lancés Trump et Netanyahu, les résultats sont incertains. On pourrait imaginer une situation où un Iran encore plus dangereux émergerait à court ou moyen terme.
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