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L’État a créé un dispositif pour remplacer chaque professeur absent : un jour de classe sur cinq n’a toujours personne devant les élèves

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Attention, les chiffres qui suivent risquent de vous mettre mal à l’aise si vous avez des enfants scolarisés dans le secondaire. Chaque rentrée, les mêmes promesses reviennent sur la table : plus de moyens, plus de remplaçants, moins de classes livrées à elles-mêmes. Pourtant, derrière les discours rassurants, un rapport récent de la Cour des comptes vient rappeler une réalité têtue, celle d’un système de remplacement des professeurs absents qui, malgré des investissements considérables, continue de laisser des milliers d’élèves sans enseignant devant eux. Un problème qui ne date pas d’hier, mais qui semble résister à toutes les réformes engagées ces dernières années.

À retenir

  • En 2024, environ 9 % des heures de cours en collège n'ont pas été assurées, un taux bien supérieur à l'objectif de 3 % fixé par la loi de finances.
  • Seulement 10 % des absences de courte durée font l'objet d'un remplacement, contre 96 % pour les absences longues et près de 80 % dans le premier degré.
  • La Cour des comptes recommande une nouvelle cible de 36 % de remplacement des absences courtes d'ici 2026, via une meilleure gestion des viviers de remplaçants et une revalorisation des heures supplémentaires.

Un dispositif coûteux qui rate sa cible

Sur le papier, l’ambition était claire : garantir qu’aucun professeur absent ne laisse une classe sans encadrement. Pour y parvenir, l’État a mis en place le pacte enseignant, un dispositif reposant sur des heures supplémentaires proposées aux enseignants volontaires pour couvrir les absences de leurs collègues. L’objectif affiché était ambitieux : remplacer 20,5 % des absences de courte durée dès l’année scolaire 2023-2024. Un chiffre qui paraît modeste, et pourtant, même ce seuil n’a pas été atteint, malgré une progression réelle de six points par rapport aux années précédentes.

La Cour des comptes ne mâche pas ses mots dans son rapport publié fin 2025 : en 2024, près de 9 % des heures de cours n’ont tout simplement pas été assurées dans les collèges publics. La cause principale reste, sans surprise, le non-remplacement des enseignants absents. Un chiffre d’autant plus frappant qu’il dépasse largement la cible fixée par la loi de finances, qui prévoyait de ramener ce taux à 3 %. En 2022 déjà, l’écart entre l’objectif et la réalité s’élevait à 5,7 %, preuve que le problème s’installe dans la durée plutôt que de se résorber.

Pourquoi les absences courtes échappent au système

C’est là que se cache la véritable faille du dispositif. Les absences longues, celles qui dépassent quinze jours, sont plutôt bien gérées : le taux de remplacement atteignait 96 % selon les données de 2018-2019. Logique, puisque l’administration a le temps d’organiser un remplacement, de trouver un contractuel ou de réorganiser les emplois du temps. Le problème surgit avec les absences courtes, celles de quelques jours seulement, souvent imprévisibles, liées à un arrêt maladie ou une formation de dernière minute.

Pour tenter d’y voir plus clair, l’État a créé en 2023 un outil de suivi baptisé SI-RCD, instauré par décret et précisé par un arrêté ministériel daté du mois d’août de la même année. Son rôle : mesurer précisément l’efficacité des remplacements de courte durée. Résultat des courtes premières analyses transmises au Sénat : seulement 10 % de ces absences auraient effectivement fait l’objet d’un remplacement, et ce, malgré un triplement du taux de couverture depuis l’année de référence 2022-2023. Une progression réelle, donc, mais qui part de si bas qu’elle ne suffit toujours pas à combler le vide laissé devant les élèves.

Un précédent rapport de la Cour des comptes, publié en 2021, donnait une image tout aussi révélatrice de l’ampleur du phénomène : sur 2,5 millions d’heures de cours manquées pour cause d’absence courte, seules 500 000 heures avaient été remplacées, soit environ un cinquième du total. Autrement dit, à l’époque déjà, quatre absences courtes sur cinq ne trouvaient aucun enseignant remplaçant. C’est précisément ce ratio, une absence sur cinq couverte, qui a inspiré l’idée d’un jour de classe sur cinq sans personne devant les élèves, une image qui résume bien la mécanique défaillante du système.

Des classes sans professeur, des élèves qui décrochent

Derrière ces pourcentages se cache une réalité très concrète, vécue chaque semaine dans les collèges. Une salle de permanence bondée, une heure d’étude improvisée, parfois même un simple mot sur la porte annonçant l’absence du professeur sans aucune solution de remplacement. Pour les élèves, ces heures perdues ne sont jamais anodines : elles s’accumulent au fil de l’année scolaire et finissent par creuser des écarts de programme difficiles à rattraper, notamment dans les matières où la progression pédagogique est linéaire, comme les mathématiques ou les langues.

La situation contraste fortement avec ce qui se passe dans le premier degré. À l’école primaire, le remplacement des professeurs des écoles fonctionne nettement mieux, avec près de 80 % des absences couvertes dès le premier jour. Une différence qui s’explique en partie par une organisation plus centralisée et par la présence de brigades de remplaçants dédiées, un luxe que le secondaire peine encore à s’offrir à grande échelle.

Ce que préconise la Cour des comptes pour combler les trous

Face à ce constat, la Cour des comptes ne se contente pas de pointer les défaillances : elle formule des recommandations pour redresser la barre. Le pacte enseignant fixe désormais un nouvel objectif, plus ambitieux, avec une cible de 36 % de remplacement des absences courtes d’ici 2026. Un cap qui suppose une mobilisation accrue des enseignants volontaires, mais aussi une meilleure anticipation des besoins grâce aux données collectées par le système SI-RCD.

Parmi les pistes évoquées figurent également une revalorisation plus incitative des heures supplémentaires, une gestion plus fine des viviers de remplaçants par académie, et un suivi renforcé des absences de longue durée, dont le taux de remplacement s’est pourtant dégradé depuis 2019, contrairement à ce que l’on pourrait attendre. La Cour insiste enfin sur la nécessité de mesurer les résultats dans la durée, plutôt que de se satisfaire d’une progression ponctuelle qui masquerait la persistance du problème de fond.

Au fond, ce dossier illustre un paradoxe bien français : celui d’un État capable de créer des dispositifs, des indicateurs et des objectifs chiffrés, sans toujours parvenir à transformer ces outils en résultats tangibles pour les élèves. Alors que la rentrée bat son plein dans les établissements, la question reste entière : combien de temps encore faudra-t-il pour qu’une salle de classe vide devienne l’exception plutôt que la norme ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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