Sur les rives d’un fjord d’Alaska vit depuis 1957 la quasi-totalité des habitants de Whittier, réunis sous le même toit à Begich Towers.
Deux cent soixante-douze habitants. Un seul immeuble. C’est à peu près tout ce qu’il faut savoir pour comprendre Whittier, cette petite ville nichée au fond d’un fjord du Prince William Sound, à environ 100 kilomètres au sud-est d’Anchorage. Whittier, en Alaska, compte environ 272 habitants, dont la plupart vivent dans les Begich Towers. Pas un quartier, pas un lotissement : un immeuble de quatorze étages, planté au bord de l’eau comme un phare de béton face aux montagnes.
L’histoire commence pendant la Seconde Guerre mondiale. Craignant une invasion japonaise, l’armée américaine construit ici un port stratégique, accessible uniquement par un tunnel ferroviaire percé à travers la montagne Maynard. Le bâtiment qui deviendra Begich Towers, lui, sort de terre un peu plus tard : les premiers travaux datent de 1956, quand la construction visait à loger le personnel militaire fraîchement arrivé. À l’origine, on l’appelle Hodge Building. L’armée l’abandonne en 1960, avant qu’il ne soit racheté par la ville de Whittier en 1972.
À retenir
- Pourquoi 272 personnes ont choisi de vivre sous le même toit dans un fjord d’Alaska ?
- Quel est cet unique tunnel qui isole complètement la ville la nuit ?
- Comment une ado documente cette vie extraordinaire et devient virale sur internet ?
Sommaire
- Un immeuble qui contient une ville entière
- Un seul tunnel pour sortir du fjord
- Vivre sans jamais sortir, ou presque
Un immeuble qui contient une ville entière
Ce qui frappe, ce n’est pas la hauteur du bâtiment, plutôt banale pour une tour urbaine, mais tout ce qu’elle abrite. Les habitants profitent du fait que l’immeuble constitue quasiment la ville entière, avec un centre de santé, un poste de police, une poste, une église, une aire de jeux et une épicerie, tout sous le même toit. Ajoutez à cela un salon de coiffure, une laverie et même un jardin intérieur, et vous obtenez une sorte de mini-cité verticale où l’on peut théoriquement vivre sans jamais croiser le vent glacial du dehors.
L’école, elle, se trouve dans un bâtiment séparé, mais reliée par un tunnel souterrain. L’établissement accueille aujourd’hui une cinquantaine d’élèves âgés de 3 à 18 ans. Une seule école, tous niveaux confondus, sous le même toit administratif que le reste de la ville. On imagine mal, en France, un maire capable de croiser chaque matin la totalité de ses administrés dans le hall d’un immeuble. Ici, c’est le quotidien.
Le maire actuel, Dave Dickason, vit lui-même dans la tour avec sa famille. Sa fille Jenessa, âgée de 18 ans, a d’ailleurs commencé à documenter cette vie particulière sur les réseaux sociaux, où ses vidéos ont rassemblé des millions de vues. Preuve que la curiosité pour ce mode de vie dépasse largement les frontières de l’Alaska.
Un seul tunnel pour sortir du fjord
Whittier n’est reliée au reste du continent que par une route, elle-même conditionnée par un tunnel unique en son genre. Le tunnel Anton Anderson, aussi appelé Whittier Tunnel, mesure 2,5 miles (environ 4 kilomètres) et constitue le seul accès terrestre à la ville. Il s’agit du plus long tunnel routier d’Amérique du Nord, fonctionnant en voie unique partagée entre trains et véhicules. Concrètement : impossible de rouler dans les deux sens en même temps, et impossible de croiser un train à l’intérieur.
Le système est réglé comme une horloge, littéralement. Depuis la saison estivale 2026, les véhicules quittant Whittier sont généralement libérés à l’heure pile, tandis que ceux entrant depuis le côté Bear Valley/Anchorage partent à la demi-heure. Rater son créneau, c’est attendre le suivant. Et l’hiver, la marge de manœuvre se resserre encore : par temps de gel, la circulation se limite à une fenêtre de cinq minutes seulement.
La nuit, tout s’arrête. Pas de circulation possible entre la fermeture du soir et la réouverture du matin. Whittier se retrouve alors littéralement coupée du monde par la route, un peu comme une île qui refermerait son unique pont chaque soir. Ce détail change tout pour les habitants : impossible de partir sur un coup de tête après 23 heures, impossible non plus pour les secours extérieurs d’arriver avant l’aube en cas de pépin. Le tunnel a été ouvert à la circulation automobile en 2000, ce qui a facilité l’accès à la ville et dopé le tourisme, transformant Whittier en porte d’entrée vers les croisières et excursions du Prince William Sound.
Vivre sans jamais sortir, ou presque
La combinaison immeuble unique et tunnel unique produit un effet rare : celui de pouvoir traverser des mois entiers sans vraiment affronter l’extérieur. Entre l’approche « tout sous un même toit » de Begich Towers et les tunnels souterrains, les habitants de Whittier peuvent éviter de mettre le pied dehors pendant de longues périodes, parfois même des années s’ils le souhaitent. En plein hiver, quand les vents peuvent atteindre des vitesses impressionnantes et que la neige s’accumule sur les pentes environnantes, cette architecture n’a rien d’un caprice : c’est une réponse directe à un climat qui ne pardonne rien.
Certains habitants voient dans ce mode de vie un vrai choix, presque philosophique. « On n’a pas besoin de tous ces grands magasins, on n’a pas besoin de toutes ces prétendues commodités d’une grande ville », résumait le maire Dave Dickason. D’autres, arrivés de Californie, d’Hawaï ou même de Guam, décrivent leur installation comme un vrai choc culturel, transformé au fil des années en attachement sincère pour ce coin de fjord isolé.
La ville accueille aussi un flux touristique sans commune mesure avec sa population permanente. Chaque été, elle voit passer plus de 700 000 visiteurs, venus profiter des croisières glaciaires et du kayak dans le Prince William Sound. De quoi transformer, quelques mois par an, ce village-immeuble en point de passage animé, avant que le tunnel ne referme ses portes sur l’hiver suivant et que les 272 habitants ne retrouvent leur tranquillité verticale.
Sources : alaska.org | alaskaroadtrip.com


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