Deux réacteurs à eau pressurisée de 900 MWe chacun, soit 1 800 MWe à eux deux, dorment à Lemoiz, sur la côte de Biscaye. Presque achevés, jamais exploités, ils n’ont jamais injecté un kilowattheure dans le réseau. Les raisons de cet échec ne sont ni un défaut de conception ni un trou dans le budget : la violence et la politique ont décidé à la place des ingénieurs.
À retenir
- Deux réacteurs de 900 MWe, presque achevés, n’ont jamais été mis en service.
- Plus de 300 attentats et sabotages ont visé le projet entre 1978 et 1982.
- Cinq salariés d’Iberduero ont été tués pendant cette période.
- Un moratoire nucléaire a officiellement clos le projet en 1984.
Sommaire
Lemoiz dort depuis 1984 sur 170 hectares
Le site de la centrale d’Iberduero couvre environ 170 hectares, en bordure de la cala de Basordas. Selon eldiario.es, il reste sur place environ 1 000 t de fer et 8 millions de m³ de béton. Le chiffre est vertigineux, et il n’a qu’une source de presse : mieux vaut le lire comme un ordre de grandeur que comme un relevé de géomètre.
Le moratoire nucléaire de 1984 a officiellement clos le projet.
La chronologie exacte varie selon les sources. Les travaux ralentissent après l’élection du PSOE en 1982 et s’interrompent en 1983 ou en 1984, selon les versions. Le moratoire de 1984 tranche ensuite, et la fiche de référence retient le 1er avril 1984 comme date de mise à l’arrêt. Le foncier a suivi un chemin tout aussi lent : le PNV a négocié en 2017 avec le gouvernement de Mariano Rajoy la cession des terrains, et l’exécutif de Pedro Sánchez l’a concrétisée en 2019.
Plus de 300 attentats, cinq salariés tués
L’ETA a mené plus de 300 attentats et sabotages contre le projet. Les premiers morts tombent en mars 1978 : Andrés Guerra et Alberto Negro, victimes d’une bombe, puis Ángel Baños en juin 1979, tué par un engin explosif dans la salle des turbines.
Le 29 janvier 1981, José María Ryan, ingénieur en chef de la centrale, est enlevé. Son corps est retrouvé le 6 février 1981, huit jours plus tard. Son successeur à ce poste, Ángel Pascual, est abattu le 5 mai 1982.
Au total, cinq salariés d’Iberduero ont été tués entre 1978 et 1982.
ETA ou décision politique : qui a arrêté Lemoiz ?
Le débat reste ouvert sur la part respective de l’ETA et de la décision politique. D’un côté, plus de 300 attaques et cinq morts, un climat dans lequel mener un chantier de cette taille relevait de l’épreuve de force. De l’autre, un chantier qui s’arrête après l’arrivée du PSOE au pouvoir et un moratoire qui l’achève sur le papier. Les références en ligne évoquent aussi l’opposition des écologistes, très présente autour du projet avant même les attentats les plus meurtriers.
Dans les deux lectures, l’obstacle vient de l’extérieur du chantier, pas de ses plans.
Aucune des sources consultées n’avance un problème technique ou un manque de financement pour expliquer l’arrêt. Une structure de cette ampleur, plantée au bord de l’eau, est devenue un monument involontaire : trop massive pour être ignorée, trop chargée de mémoire pour être démolie à la légère. Le lehendakari Imanol Pradales parle d’un héritage inconfortable et très complexe, et décrit Lemoiz comme l’évocation d’un passé de dictature, de terrorisme et de développement sauvage.
Des soles dans le béton : le plan présenté le 27 avril 2026
Le 27 avril 2026, sur place, le lehendakari a présenté officiellement le projet Sea Eight, ou Aquacría Basordas, du nom de la filiale. Il s’agit d’un élevage de soles sur environ 46 000 m², avec une production visée d’environ 3 000 t par an. Le montage est public-privé, pour 170 M€ sur dix ans et environ 200 emplois directs hautement qualifiés.
Le nom Sea Eight vient du « huitième océan », l’aquaculture pratiquée à terre. Le complexe doit couvrir tout le cycle, de l’éclosion et de l’élevage larvaire jusqu’à l’engraissement et à la préparation commerciale, avec des bâtiments de type écloserie, nurserie et engraissement, plus des installations de transformation et de logistique. Le promoteur n’est pas novice : Sea Eight, branche aquacole du groupe Atitlan, exploite déjà des élevages de soles à Gijón, à Cambados et au Portugal, à Torreira et Póvoa de Varzim.
Le calendrier est serré, mais biologique avant d’être politique. Les travaux de construction doivent démarrer en 2027, les premiers poissons arriver en 2029 et les premières soles commercialisables vers 2030, un horizon que certaines sources situent plutôt autour de 2031, en fonction des cycles biologiques de l’espèce. Avant tout cela, la réparation de la digue extérieure a été adjugée pour 2,5 M€, une pièce indispensable pour que le site fonctionne en bord de mer.
La mémoire n’est pas laissée de côté. Le lehendakari comme des représentants d’EH Bildu ont défendu l’idée d’un « souvenir » et d’une mémoire réparatrice, ce qui laisse penser que le futur site pourrait garder une trace de son histoire. Rien n’est encore fixé sur la forme de cette trace.
Rien n’est encore sorti de terre : les travaux de construction ne doivent démarrer qu’en 2027. Les 3 000 t annuelles représentent une capacité visée à pleine production, pas un volume déjà atteint. Entre l’enlèvement de José María Ryan en 1981 et les premiers poissons prévus en 2029, il se sera écoulé 48 ans.
Source : eldiario.es


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