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Une nouvelle cohorte d’élus municipaux prend d’assaut les réseaux sociaux pour « jazzer » la politique de proximité. Micro miniature en main, elle concocte des capsules vidéo à la sauce « influenceuse » pour donner un enrobage plus convivial au pouvoir municipal – et ça clique avec le public.
Maquillage, éclairage, cadrage : action !
Dans un studio improvisé à même un bureau du vénérable hôtel de ville de Québec, la conseillère Elainie Lepage jette un dernier coup d’œil à ses notes avant d’appuyer sur le bouton rouge de son téléphone. Le conseil municipal a eu lieu quelques jours plus tôt et il est maintenant temps, pour cette ancienne attachée de presse de Bruno Marchand, de souligner les « bons coups de la semaine ».
« C’est vendredi et c’est maintenant la capsule des bonnes nouvelles », commence la conseillère élue il y a à peine deux mois. Pendant 1 minute et 49 secondes, elle énumère les affaires qui concernent son district : ici, les décisions prises au conseil municipal ; là, les initiatives citoyennes mises en branle ou arrivées à terme, l’ouverture d’un nouveau commerce dans le quartier ou le rayonnement d’une enseigne locale à Dubaï…
« J’essaie, en moins de deux minutes, de partager des bonnes nouvelles qui n’ont pas rayonné, explique Mme Lepage. C’est un peu une façon de contrer le cynisme parce que des bonnes nouvelles, il y en a plein, mais, c’est dur d’y avoir accès. Depuis que Facebook a banni l’information sur les réseaux sociaux, la désinformation a pris énormément de place – et il y a un vide à combler. »
Les capsules, courtes, adoptent les « codes des réseaux sociaux » avec un montage vif, des apartés, des clins d’œil – et même, parfois, un bêtisier lorsque le maire fait irruption à l’improviste pendant le tournage.
« Ça marche vraiment bien, ajoute la conseillère, qui dit avoir vu « le pire des réseaux sociaux » lorsqu’elle gérait les comptes du maire. C’est vraiment du positif qui en découle : les gens m’en redemandent, ça me met même un peu de pression pour livrer chaque semaine ! »
Déjouer le décorum austère du conseil
À Crabtree, une municipalité d’à peine 4000 personnes bordée par la rivière Rouge et située à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Joliette, le nouveau maire a lui aussi pris l’habitude d’apparaître sur les fils d’actualité de sa population dans de petites vidéos centrées sur l’action de la ville et sur la vie de la communauté.
« Le conseil municipal, avec son décorum un peu rigide, ça peut être un peu intimidant, estime Étienne Dupuis, au deuxième rang des plus jeunes maires de l’histoire de la municipalité. Je me fais un devoir de rendre ça le plus accessible possible aux gens. »
Dans ses capsules de deux minutes ou moins filmées par sa conjointe, il met les Crabtreens et les Crabtreennes au parfum des affaires courantes. Avec un ton sympathique et un langage simple, il explique les choix qui ont guidé l’élaboration du budget, l’état d’avancement des dossiers qui mijotent au conseil ou à quelles fins la municipalité sollicite des subventions au nom jargonneux, comme le « Programme d’aide pour le développement des transports actifs dans le périmètre urbain ».
« Ou le TAPU, pour les intimes, résumait le maire dans une vidéo publiée le 4 décembre. Si je vous traduis ça en bon français, ça veut dire qu’on a fait une demande de subvention qui va s’ajouter à celle qu’on a déjà pour la réfection de la 6e Rue. Si on l’obtient, ça va nous permettre de sécuriser la piste cyclable. »
La population salue cette façon de rendre la poutine administrative plus digeste et terre à terre. « Les gens m’en parlent souvent et me remercient, constate Étienne Dupuis. Je pense que le monde apprécie que j’explique des choses sérieuses, mais sans nécessairement me prendre au sérieux. »
Un outil pédagogique pour Catherine Fournier
Ce contact direct avec les internautes, sans fard ni langue de bois, « humanise » la politique, de l’avis de la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, en plus de permettre d’éduquer la population sur une gouvernance municipale, peut-être plus mal comprise que mal aimée.
« Depuis que je suis au municipal, dit-elle, je constate à quel point encore la politique à notre palier est moins comprise et moins connue. Je vois de plus en plus de gens qui se désengagent, qui se désintéressent de la chose publique parce qu’ils trouvent ça parfois trop compliqué. Ils ne sentent pas que ça leur est accessible et, pour cette raison-là, souvent, ils n’écoutent juste plus le débat public. »
La portée des capsules que Catherine Fournier scénarise elle-même et que son équipe publie sur les réseaux sociaux a de quoi faire l’envie de bien des stars du Web. Une vidéo sur le coût galopant des infrastructures a intéressé plus de 300 000 personnes sur Facebook. Une autre sur le processus d’approvisionnement de Longueuil a attiré près de 80 000 regards sur Instagram. Une autre sur la stratégie d’habitation de la ville a récolté près de 400 000 vues sur ces deux plateformes.
Catherine Fournier cumule plus de 100 000 d’abonnés sur les médias sociaux. Le succès de ses capsules tient certes à sa popularité, mais aussi au besoin qu’elles viennent combler.
« J’avais envie de donner des outils aux gens. C’est symptomatique des journalistes et des élus : comme nous baignons dans la politique, on tient parfois pour acquis que tout le monde maîtrise ça autant que nous, alors que ce n’est pas tout le monde qui part du même endroit. »
« Il faut se mettre dans les souliers des gens et leur parler de ce qui les touche, estime pour sa part Elainie Lepage, qui, à l’instar de la mairesse de Longueuil, utilise un seul et même compte pour ses publications personnelles et professionnelles.
« C’est un choix, précise la conseillère de Québec. Au municipal, on est vraiment proche du monde, alors moi, que les gens me croisent à l’épicerie quand je suis cernée jusqu’ici en train de gérer mon fils qui fait une crise de bacon, ça fait partie de ma vie. Ça fait aussi en sorte que les gens peuvent plus facilement s’associer à leur représentante politique. »
Ces résumés de l’actualité municipale livrés dans un style emprunté aux influenceurs et aux influenceuses sont aussi propices à joindre la jeunesse, croient autant Étienne Dupuis qu’Elainie Lepage.
« Il faut parler aux jeunes là où ils se trouvent et ça, c’est largement sur les réseaux sociaux, estime le maire de Crabtree. C’est un peu utopique de penser qu’à 20 ans, la priorité d’un jeune, c’est d’assister au conseil municipal du lundi soir. »
« Il y a beaucoup de trentenaires qui veulent s’engager, mais qui n’ont pas la télé, qui n’achètent pas les journaux et qui ne savent pas par où commencer. Quand l’information vient à eux sur les réseaux sociaux, c’est plus facile. »
Une capsule à la fois, ces jeunes élus informent leur population – et tentent de prouver, sans prétention, que la politique municipale n’est pas condamnée à être ennuyeuse comme un bonnet de nuit.
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