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La destruction par les flammes de l’église de Saint-Simon, dans la nuit de dimanche à lundi, ébranle la communauté artistique du Nouveau-Brunswick. Au-delà de sa fonction religieuse, l’édifice était notamment prisé pour son acoustique exceptionnelle.
L’église de Saint-Simon était chère au cœur du pianiste Carl Philippe Gionet. L’artiste multidisciplinaire bien connu de la région se trouvait à Caraquet lors de l’incendie. Il s’est rendu sur les lieux lundi matin pour constater les dégâts avec plusieurs autres résidents du village.

Carl Philippe Gionet s'est rendu sur les lieux de l'incendie de l'église de Saint-Simon le lundi 24 août 2026.
Photo : Carl Philippe Gionet
Le piano à queue de M. Gionet se trouvait dans l’église depuis 2020. Lorsqu'il est arrivé sur les lieux de l'incendie, l'église en proie aux flammes était encore debout, mais à la toute fin, l'arrière de l'édifice où se trouvait son piano s'est effondré sous ses yeux, a-t-il raconté lundi après-midi en entrevue à l'émission L'heure de pointe, d'ICI Acadie.
De voir le bâtiment comme ça disparaître c’est sûr que c’est vraiment une onde de choc.
Matthieu Girard, directeur général du Festival acadien de Caraquet, était lui aussi bouleversé par la nouvelle. Ça représente un choc, une perte, un lieu où le festival présentait des concerts. Ça représente surtout les gens de Saint-Simon, puis les festivaliers de Caraquet. Toute notre communauté est très soudée les uns les autres pis, la perte d’une église à Saint-Simon, c’est triste, c’est une horreur, confie-t-il.
On se lève ce matin et on a l’impression qu’une partie de notre histoire s’est envolée.
Une résonance particulière à la musique
Matthieu Girard a redécouvert cette église en 2024 quand il a pris la barre du Festival acadien. C’était une église excessivement belle à l'intérieur, comme un peu majestueuse. Puis c’était un grand grand plaisir d'écouter des concerts dans cette salle-là, on sentait justement que c’était un joyau, dit-il.

Le groupe Troiselle en performance dans l'église de Saint-Simon lors du Festival acadien de Caraquet en 2024.
Photo : Matthieu Girard
Lors des résidences artistiques Musique sur mer en Acadie, Carl Philippe Gionet avait l’habitude de travailler dans cette église qu’il décrit comme un espace où il pouvait collaborer avec de jeunes artistes tout en profitant d'une acoustique exceptionnelle.
Parce que, justement, les musiciens professionnels, notre métier c'est aussi de jouer avec l’acoustique naturelle, mais on a très rarement l’occasion de pouvoir le faire dans des salles pendant plus que le temps du soundcheck, du récital, ensuite il faut partir, mentionne-t-il.
Y'avait comme une caisse de résonance naturelle dans l’église en plus de la beauté esthétique du bâtiment.
Carl Philippe Gionet souligne la façon remarquable dont le son pouvait voyager jusqu'à l’arrière et sur les côtés de l’édifice : une espèce de stéréo naturelle qui est très difficile à reproduire avec nos moyens techniques modernes parce que ce sont un peu des accidents de construction.
Les caissons de chaque voûte permettaient au son de se rediffuser dans l'espace, précise M. Gionet. Associé au plancher en érable, ce bois dur agissait comme une véritable caisse de résonance. Parce que c’est un peu, en gros, les éléments qui font les instruments de musique si vous voulez, précise-t-il.
Un type de salle unique pour des concerts classiques
Carl Philippe Gionet garde en mémoire la luminosité singulière et l’architecture de la voûte qui rendait l’édifice unique, selon lui. Le fait aussi que c’est au centre du village en arrivant de tous les côtés, c'était un peu suspendu dans le temps.

Érigée entre 1910 et 1920, l’église de Saint-Simon a été construite par l’architecte Nazaire Dugas. (Photo d'archives)
Photo : Matthieu Girard
Le pianiste souligne le travail du comité et des paroissiens qui ont préservé le lieu pendant des années. L’église était intacte, donc y avait quelque chose de très magique là-dedans. Il n'y avait pas beaucoup de vitraux, c'était une lumière très chaleureuse, très naturelle. C’est vraiment la combinaison de ces éléments-là qui font en sorte que c'est quelque chose qui sera irremplaçable, c’est sûr, regrette-t-il.
Ces lieux-là font partie de notre histoire, puis le fait de pouvoir continuer à les faire vivre d’une autre façon réussit justement à garder ces lieux-là vivant d’une autre façon, donc je pense qu’on perd encore une fois un jalon important.
Non seulement l’acoustique était exceptionnelle et le lieu aussi est exceptionnel parce que le village de Saint-Simon c’est un endroit assez spécial au bout de la baie, entouré d'huîtres, il y a quelque chose d’assez magique là-dedans. Donc je pense que chaque bâtiment comme ça c'est une perte pour la population en Acadie en général, déplore M. Gionet.
Avec des informations de Félix Arseneault et de l’émission L'heure de pointe.


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