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(NDLR. Ce texte a été rédigé avant que Charles Page annonce sa candidature aux élections provinciales sous les couleurs du Parti québécois.)
AVENTURE. Partis le 31 juillet pour une traversée du sentier des Émerillons, dans la forêt amazonienne, en Guyane française, Charles Page et les membres de son expédition ont dû rebrousser chemin devant une jungle extrêmement dense.
Avant de partir, le Drummondvillois savait qu’il se lançait dans l’inconnu le plus complet et qu’il sortait entièrement de sa zone de confort. C’est pourquoi il faisait partie d’un groupe de 10 personnes, comprenant notamment l’explorateur français reconnu Nico Mathieux.
«Ça a été une expédition qui a été, d’un bout à l’autre, excessivement difficile, témoigne Charles Page. On tentait de reproduire une traversée mythique, mais où la nature avait repris son plein pouvoir. Il n’y avait aucun chemin. On devait progresser dans une forêt chaotique et très dense. On a marché dans la boue du matin au soir.»
Transportant une pirogue, le groupe a parfois eu besoin d’autochtones locaux pour lui ouvrir un chemin à l’aide de scies mécaniques tant sur la terre que sur l’eau où plusieurs arbres s’étaient abattus dans la rivière. Toutes ces conditions ont fait en sorte que l’expédition a pris beaucoup de retard sur son itinéraire prévu. Alors qu’ils pouvaient enchaîner des dizaines de kilomètres chaque jour au début de l’expédition, la progression quotidienne s’est rapidement limitée à cinq kilomètres tout au plus.
«En réalité, on aurait certainement pu faire la traversée comme prévu, mais ça aurait pris plus de temps qu’anticipé. Comme c’était ma première expédition dans la jungle et qu’on était dans un groupe, tout le monde avait des enjeux quant à la date de retour. On a donc choisi de respecter le calendrier prévu et de trouver une alternative en faisant une boucle», explique-t-il.
Charles Page dit avoir vécu ses plus beaux moments d’émerveillement sur la rivière Ouaqui après avoir dû rebrousser chemin sur l’itinéraire initial. (Photo : Charles Page)C’est au cinquième jour, sur les 14 prévus au périple, que les explorateurs ont fait demi-tour afin de rejoindre une rivière plus au sud. Ainsi, pendant plusieurs jours, ils ont eu à ramer sur la rivière Ouaqui (ou Waki) afin de regagner leur point de départ en suivant le courant du cours d’eau. Malgré que l’objectif initial n’ait pas été atteint, Charles Page dit avoir ultimement accompli son premier but, qui était de découvrir la jungle.
«L’imprévu nous a réservé de belles surprises. La plus grande beauté et les plus beaux moments d’émerveillement ont été en pagayant sur la grande Ouaqui. J’ai des ampoules sur les mains, mais j’ai pu m’émerveiller de voir des caïmans, des loutres géantes, des perroquets aras, des tamarins à mains d’or et des singes. J’ai vu une faune et une flore incroyables dans une ambiance musicale», raconte l’aventurier.
Écrasante
Avant son départ, Charles Page savait qu’il allait devoir composer avec des conditions extrêmes dans la jungle. Sur place, il a rapidement constaté à quel point elles sont inconfortables et désagréables.
«Tu es toujours dans l’humidité, les vêtements sont mouillés en permanence. En raison de la chaleur tropicale, il fallait faire attention d’être bien hydraté. Heureusement, en dehors de piqûres et d’égratignures, il n’y a pas eu d’accidents. Personnellement, j’ai les pieds maganés d’avoir marché dans la boue durant des jours. Hormis ça, je reviens intact et c’est toujours le plus important. L’avoir vécu me donne un grand respect pour les aventuriers de la jungle et les peuples des Premières Nations qui y vivent. C’est profondément plus désagréable que d’escalader une montagne», rapporte celui qui a appris la tragédie ayant emporté dix alpinistes sur le mont Broad Peak la veille de son départ.
Le Drummondvillois dit avoir été le plus affecté par les moustiques et les fourmis qui l’ont piqué à maintes reprises. Le fait de dormir dans un hamac, qui représentait l’une de ses principales appréhensions avant l’expédition, s’est révélé comme l’endroit où il s’est le plus senti confortable. Il y était à l’abri des moustiques, des scorpions, des fourmis et des serpents.
Lorsque le groupe préparait ses campements en soirée, il a fréquemment découvert de ces insectes sous des feuilles ou même dans leurs hamacs. «Un soir, on se préparait à manger et un serpent est venu tout près. On a ensuite découvert qu’il était mortel», signale-t-il.
Les passages à travers les cours d’eau ont aussi apporté leurs craintes. Bien que la qualité de l’eau soit exceptionnelle, elle demeure très opaque. Il était donc très difficile de voir ce qui s’y trouvait. Les piqûres de raies ou les attaques de poissons agressifs, comme l’aymara et ses dents pointues, représentaient des risques réels.
Malgré ces éléments difficiles, Charles Page a pu aussi découvrir des endroits grandioses et d’une beauté incroyable.
«J’ai mis les pieds là où l’homme n’était jamais passé, dans une partie de la jungle la mieux préservée d’Amazonie. Il n’y avait pas de traces humaines. On a seulement parfois vu de vieux polissoirs dans les roches. C’était spécial de découvrir ça», souligne-t-il.
Charles Page se réjouit aussi d’avoir pu beaucoup apprendre de Nico Mathieux et créé des liens d’amitié. Cependant, il ne pense pas répéter l’expérience de sitôt. «Ça n’a pas été un coup de cœur. J’ai sincèrement trouvé ça très difficile. Dans la vie, j’ai appris à ne jamais dire jamais. Il est possible qu’éventuellement j’oublie les désagréments et que je me souvienne seulement de l’émerveillement, de l’immensité et du grandiose de cet univers. Ce n’est pas quelque chose qui m’a donné envie de planifier une autre traversée de la jungle comme lorsque j’ai escaladé mes premières montagnes», commente celui qui est ambassadeur pour l’équipementier Rab.
Revenu à Drummondville très tard le 17 août, Charles Page se considère privilégié d’avoir pu découvrir ce monde et est comblé par son expédition. «J’ai une immense appréciation de l’avoir vécue et que Nico m’ait offert l’opportunité de partir avec lui. Ce n’est pas le type d’aventure que tu peux faire sans connaissances. Tu ne peux pas partir seul; il n’y a pas d’agence de voyages pour ce genre d’expédition», conclut le Drummondvillois.
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