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OPINION. Treize pour cent des répondants d’un récent sondage font de l’environnement leur principale priorité.[1] Attendent-ils la nomination de M. Steven Guilbault à titre d’environnementaliste en chef du Québec? Peut-être avons-nous tout simplement oublié l’héritage de nos devanciers?
Au cours des douze mille dernières années, nous avons vécu sous l’ère géologique appelée holocène caractérisée par une exceptionnelle stabilité climatique. Avant cette ère, les humains vivaient dans de rudes conditions de vie. Des études sur l’ADN des populations mondiales[2] ont permis aux scientifiques d’affirmer que nous descendons probablement tous «de seulement 2000 individus» rescapés qui ont vécu il y a environ cent mille ans dans la région subsaharienne. Bref, nous sommes les survivants d’une espèce qui a frôlé l’extinction et cette survie, nous la devons en grande partie à la stabilité climatique de l’holocène.
Le développement de l’agriculture de subsistance, de production et de négoce a été la principale transformation de la planète. Pourtant, la civilisation maya[3] (2600 av. J.-C. à 1520 ap. J.-C), qui a connu des périodes de prospérité, a disparu pour avoir, entre autres raisons, surexploité les sols et les ressources naturelles dont elles disposaient.
Avec l’avènement de la révolution industrielle (1760), nous avons acquis la capacité de transformer les combustibles fossiles en sources d’énergie peu dispendieuses et efficaces, d’effectuer le captage et la transformation de l’azote de l’atmosphère en produits chimiques, de fabriquer des fertilisants par l’utilisation des énergies fossiles et de réaliser d’immenses progrès dans le domaine de la préservation de l’hygiène et de la santé publique, de la médecine et des environnements urbains viables[4]. Ces progrès ont entraîné l’aménagement et l’exploitation de vastes régions jusqu’alors inexplorées, provoquant une déforestation sans précédent[5] : en 2011, la moitié des forêts de la Terre avait été rasée. Mais ce développement économique et social a aussi favorisé une explosion démographique : en 1800, la population de la planète était d’un milliard d’habitants.
Dans les années 1950, nous sommes entrés dans l’ère humaine (anthropocène) en désignant l’homme comme «le principal agent de transformation de la planète». Cette ère se traduit par une augmentation exponentielle des courbes de croissance de la consommation d’eau douce, du nombre d’automobiles, de la déforestation, de l’exploitation des ressources marines, de l’utilisation d’engrais chimiques, du taux de CO2 et de méthane dans l’atmosphère, etc. S’est ainsi façonnée une société contemporaine structurée sur le mythe de la croissance illimitée qui a permis à nos dirigeants d’hypothéquer l’avenir d’une manière qu’aucune génération ne l’a fait auparavant.
Nous, les survivants du noyau des 2000 batailleurs pour la survie de notre espèce, nous sommes, aujourd’hui, interpellés par les créanciers de la Nature qui frappent à notre porte sous la forme de désastres écologiques : le changement climatique, la réduction de la couche d’ozone, l’usage intensif des sols destinés à l’agriculture, à l’élevage, à l’exploitation des forêts, l’utilisation inconsidéré de l’eau douce, la dégradation de la biodiversité, l’acidification des océans, la teneur de l’atmosphère en aérosols, la pollution chimique, etc. Ces créanciers de la Nature pointent directement le «destin de l’humanité et de la biodiversité tout entière», même si, au regard de l’instance C-40 cities[6], il se fait de remarquables interventions environnementales.
Autant nous sommes des survivants qui avons bénéficié de la stabilité climatique depuis 12 000 ans, autant le continuum de la vie nous rappelle que les générations futures ont des droits[7]. Ces droits réfèrent à l’ensemble des obligations et des responsabilités des générations présentes envers celles qui n’existent pas encore. Il s’agit de préserver leur capacité à vivre dans un environnement sain et à bénéficier de ressources équitables. Ce principe d’équité intergénérationnelle doit dépasser nos vues patentées en fonction de l’échelle du temps d’une seule génération et favoriser la plus large coopération pour sauver la planète.
En 2023, la députée new-yorkaise Alexandria Ocasio-Cortez soulignait son intérêt pour le Solarpunk : le Green New Deal (Pacte écologique)[8]. Ce Pacte contient «une combinaison de petites entreprises énergétiques et de réformes économiques». Au lieu de basculer dans la dystopie, les adeptes de ce mouvement prennent à bras-le-corps le problème du changement climatique. Convaincus qu’il n’y aura pas de fin du monde, ils travaillent à inventer un nouveau système économique reposant sur la solidarité. Ce faisant, les gens du Solarpunk nous renvoient une troublante image de nous-mêmes : il nous semble plus facile d’imaginer la fin de notre monde[9] que la fin d’un régime économique basé en priorité sur la recherche du profit, entraînant dans son sillage les désastres écologiques et les inévitables poursuites judiciaires par les victimes.
Nous, les rescapés d’une espèce qui a frôlé l’extinction, que décidons-nous pour sauver la planète?
Réjean Côté, Montréal, Drummondvillois d’origine et ancien gestionnaire de programme-cadre avec les Nations Unies.
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[1] Élections québécoises | L’environnement, sur la pointe des pieds
[2] Rockstrom, J, Klum, M. The human Quest Prospering Within Planetary Boundaries, Bokforkaget Langens-kiold, 2011.
[3] Effondrement de la civilisation maya classique — Wikipédia
[4] Vivre en Ville – la voie des collectivités viables
[6] Ce que nous faisons – Global Cities Hub
[7] Le droit des générations futures : fondement d’une justice environnementale intergénérationnelle – Informations juridiques
[8] Clive Thompson, Les mondes radieux du solarpunk, revue Courrier international, juin- juillet 2026.
[9] Nicolas Langelier, Ce qu’on trouve dans la cendre, Atelier 10, 2026
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