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La question qui sert de titre à cet article implique pour moi de répondre d’emblée
Si l’on pense que « finir le travail » serait détruire totalement le régime iranien, je pense que la réponse est non : Trump n’entend pas détruire totalement le régime iranien, car il ne veut pas procéder à un véritable changement de régime. Ce n’est jamais ce que ses propos ont impliqué. Je l’ai écrit plusieurs fois : il voulait un changement de régime façon Venezuela, et espérait trouver au sein du régime quelqu’un qui accepterait de s’entendre avec les Etats-Unis. Il a parlé d’unconditional surrender, reddition inconditionnelle, parce qu’il attendait de ce quelqu’un une acceptation totale des décisions américaines. Il n’a, bien sûr, trouvé personne pour remplir ce rôle.
Raisonner dans ces termes impliquait d’ignorer tout à la fois ce qu’est le chiisme duodécimain, et ce qu’est le régime iranien. Le chiisme duodécimain, je dois le répéter, considère qu’il y a un imam caché et que cet imam caché réapparaîtra en rédempteur dans un moment d’apocalypse destructrice du monde des infidèles. Mourir en martyr est dans ces conditions désirable (un martyr dans l’islam, un shahid, est quelqu’un qui meurt en menant le djihad, et pour le chiisme duodécimain, mener le djihad est faire avancer la venue de l’apocalypse). En soi, les dirigeants iraniens n’ont pas peur de mourir s’ils meurent en martyrs, pratiquer la reddition serait, par contre, pour eux, honteux et déshonorant, tout comme céder quoi que ce soit aux ennemis infidèles. Pratiquer la takiya (mentir pour se protéger), et entraîner l’ennemi dans des négociations inutiles pour l’égarer, est une forme de djihad : les dirigeants iraniens ont pratiqué la takiya pendant plus de cent jours, du 8 avril au 17 juillet, et cela n’aurait jamais dû arriver.
Le 8 avril, l’armée américaine avait presque gagné la guerre. Trump ne voulait pas faire totalement tomber le régime. Celui-ci avait bloqué la circulation dans le détroit d’Ormuz en frappant des navires qui tentaient de le traverser, et en faisant monter le prix des assurances. Trump avait mis en place un blocus. Il aurait pu frapper le régime de manière décisive et en finir. L’armée américaine demandait, je l’ai dit, quinze jours de plus, et voulait frapper les lignes de chemin de fer, les ponts et les centrales électriques. Trump a refusé.
Vance semble l’avoir convaincu que négocier pouvait permettre d’aboutir à un accord : c’était stupide, mais Vance est isolationniste, partisan de l’apaisement, et anti-israélien, donc sa position n’était pas surprenante. Prudemment, Trump avait dit que si Vance échouait, ce serait la faute de Vance, et Vance a échoué. Il avait pourtant fait des efforts. Il s’était mis à plat ventre et il s’était humilié. Il avait contribué à rédiger un memorandum of understanding qui était, peu ou prou, un acte de capitulation pour les Etats-Unis.
Cet acte de capitulation n’était pas suffisant pour les dirigeants iraniens. Ils voulaient une humiliation américaine plus complète. Ils voulaient que les navires passant le détroit répondent à leurs exigences, suivent la route qu’ils leur avaient demandé de prendre et paient un tribut. Les Etats-Unis ont dit que les navires n’avaient pas à obéir aux dirigeants iraniens. Des navires ont emprunté une autre route et ont été frappés par l’Iran.
Trump a réagi en frappant l’Iran. Les Iraniens ont frappé les émirats du Golfe et des bases américaines en Jordanie, en prenant bien soin de ne pas frapper Israël, car ils savent que s’ils le font, Israël réagira en détruisant le régime.
Trump a fini par frapper davantage et reprendre la guerre.
Vance s’est senti humilié et a tenu des propos anti-israéliens et imprégnés d’antisémitisme latent, ce qui l’éloigne maintenant de la possibilité d’être le candidat républicain en 2028 (il y a un mois, il avait, dans les sondages, vingt pour cent d’avance sur Rubio : cette avance a aujourd’hui totalement disparu). Trump, lui, poursuit son action militaire.
Il ne décide cependant pas de frappes décisives.
Quasiment toutes les frappes touchent la rive nord du golfe arabo-persique et du détroit d’Ormuz, et Trump semble vouloir surtout mettre le régime iranien hors d’état d’empêcher la circulation dans le détroit. Il fait frapper des ponts : ceux qui mènent vers le détroit et vers Bandar Abbas, la principale base iranienne en bordure du détroit, pas ceux qui permettent d’acheminer ce qui vient de Russie par la mer Caspienne, et il ne fait pas frapper les voies de chemin de fer qui mènent vers la Chine. Le prix du pétrole remonte peu à peu. Les frappes iraniennes sur les émirats et sur les bases américaines en Jordanie se poursuivent, et il y a des morts américains : le régime iranien, en plus de cent jours, a eu le temps de sortir ses missiles enfouis par les bombardements américains, et le temps aussi de recevoir une aide russe et chinoise qui permet des frappes plus précises, et Trump paie le lourd prix de négociations vaines.
Je pense, au risque de me tromper (mais c’est aussi l’avis de nombre d’experts militaires américains) que Trump finira par détruire davantage de ponts (et entre autres des ponts qui mènent vers la mer Caspienne), et finira par détruire aussi des voies de chemin de fer, une ou deux centrales électriques. Je pense donc qu’il frappera davantage ailleurs en Iran, ce qui sera nécessaire pour rétablir pleinement la circulation dans le détroit d’Ormuz, mais je pense qu’il n’ira pas jusqu’à détruire totalement le régime, non. Je l’ai dit : il n’entend pas aller jusque-là. Et détruire totalement le régime maintenant serait de toute façon plus dur que si Trump avait poursuivi les frappes après le 8 avril. Trump sait, en supplément, que la guerre désormais est impopulaire aux Etats-Unis, et son but sera, sitôt pensera avoir suffisamment affaibli le régime iranien et rétabli la circulation dans le détroit d’Ormuz pour que le prix du pétrole baisse, de s’occuper de la situation intérieure aux Etats-Unis.
Trump sait qu’il est lui-même impopulaire présentement : sa cote de popularité n’a jamais été aussi basse depuis le début de son second mandat. Ceux qui votent Trump veulent des opérations militaires courtes, décisives et clairement victorieuses, pas un oscillement entre actions militaires non décisives et négociations vaines (et Trump, en ce moment encore, n’a pas renoncé à négocier, il ne cesse de le dire). Peut-être devra-t-il frapper les milices Houthies au Yémen, qui menacent maintenant de fermer le Bab el-Mandeb (par lequel passe 12 % du fret maritime mondial et 7 % des exportations de pétrole du Proche-Orient). Mettre les milices Houthies hors d’état de nuire aurait dû être fait depuis longtemps, et l’armée américaine en a les moyens depuis tout aussi longtemps. Ne pas l’avoir fait a des conséquences qui étaient prévisibles (et je le dis, si les frappes opérées avant le 8 avril avaient été plus destructrices, il n’y aurait pas eu de blocage du détroit d’Ormuz, et pas de menaces de fermeture du Bab el-Mandeb aujourd’hui, quand on fait la guerre, ce doit être pour gagner). Il faudrait aussi que Trump décide de détruire le site nucléaire de la montagne de la Pioche avant de crier victoire : ce sera difficile car ce site se trouve sous cent mètres de granit (ce qui le met à l’abri des bombes GBU-57), mais ce n’est pas impossible, et c’est absolument indispensable : c’est là que le régime iranien a placé les centrifugeuses qui lui restent, et une large part de l’uranium enrichi. Trump a dit que l’armée américaine allait s’en occuper : elle doit s’en occuper.

L’aspect positif de la situation en cet instant est que Trump a profondément affaibli le régime iranien et l’a empêché d’accéder à l’arme nucléaire, pour des années. Si le régime iranien est plus affaibli encore dans quelques jours et ne peut plus bloquer le détroit d’Ormuz, si les milices Houthies ne peuvent plus menacer de bloquer le Bab el-Mandeb, si le site de la montagne de la Pioche est détruit et ajouterai-je, si le régime iranien ne peut plus frapper les émirats du Golfe, l’Arabie Saoudite et la Jordanie, la situation sera plus positive encore.
L’aspect négatif que, quand bien même tout cela se ferait, un régime abominable sera très affaibli, mais restera en place, et ne renoncera pas à chercher à se doter de l’arme nucléaire, à financer le terrorisme islamique (et en priorité le Hezbollah) et à menacer Israël.
Cela signifiera que les émirats du Golfe et l’Arabie Saoudite resteront prudents et ne prendront pas le risque d’être ouvertement hostiles à ce régime : émirats du Golfe et Arabie Saoudite ont été frappés, les Etats-Unis ne les ont pas protégés de manière optimale, et ils voient que le régime iranien ne tombera sans doute pas (sauf s’il s’écroule de l’intérieur).
Cela signifiera que le Hezbollah, le Hamas et les milices Houthies, sans doute, survivront. Cela signifiera que le Liban ne retrouvera sans doute pas la liberté, et qu’Israël devra rester sur le pied de guerre.
Cela signifiera que les Etats-Unis n’auront pas entièrement gagné la guerre, faute d’une action courte, décisive et clairement victorieuse.
Ce qu’on doit dire est que si Kamala Harris avait gagné, cela aurait été pire, et que si un Démocrate devait gagner en 2028, ce serait un désastre, car on sait d’avance ce qu’ils feraient : ils sont désormais pris en main par des communistes qui ne disent pas leur nom et s’appellent Democratic Socialists of America.
Si hypothèse peu probable, mais pas impossible les Républicains gagnaient les élections de novembre (l’impopularité de Trump devrait rendre cette perspective inimaginable, mais le glissement du Parti Démocrate vers l’extrême gauche change un peu la donne, car l’extrême gauche fait peur à nombre d’Américains, même s’ils sont électeurs démocrates), je pense que Trump devra frapper à nouveau le régime iranien, et aura, pour le faire, les mains plus libres qu’aujourd’hui.
Si hypothèse, hélas, plus probable, les Démocrates gagnent en novembre, Trump devra aussi frapper le régime iranien mais aura les mains moins libres, car il ne pourra pas obtenir de budget supplémentaire pour agir.
Si Trump veut rester dans l’histoire comme celui qui aura libéré le Proche-Orient d’un régime abominable, il devrait finir pleinement le travail et détruire totalement le régime iranien.
L’armée américaine est la plus puissante et la plus technologiquement avancée du monde, et elle peut faire le nécessaire. Il faudrait pour qu’elle fasse le nécessaire que Trump décide de faire le nécessaire.
Il veut laisser une marque dans l’histoire. Fera-t-il le choix espéré par les chefs de l’armée américaine, qui ne peuvent s’exprimer car ils sont tenus par le devoir de réserve, mais qui sont en relation avec les généraux Jack Keane et Keith Kellogg. Fera-t-il le choix espéré aussi par l’essentiel des commentateurs conservateurs américains, de Lee Smith à Mark Levin ? Je voudrais le penser. Pour le moment, j’en doute. Mais il est possible que j’aie tort de douter.
© Guy Millière pour Dreuz.com. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.






























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