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En cinq ans, l’immigration francophone à Sudbury a connu une croissance spectaculaire : le nombre de nouveaux arrivants est passé de 15 à 480 l’an dernier, selon d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).
En quelques années, la capitale du Nickel a changé de visage. Sudbury n’est plus seulement une destination secondaire pour les immigrants francophones. De plus en plus, elle devient leur premier point d’ancrage au Canada.
Avant, les gens venaient à Ottawa, Toronto ou Montréal, puis ils découvraient Sudbury, explique d’emblée Gouled Hassan, coordonnateur au Contact interculturel francophone de Sudbury.
Maintenant, on a des personnes qui, avant même de quitter leur pays d’origine, décident de venir s’installer à Sudbury, ajoute-t-il.
Cette nouvelle dynamique soulève toutefois une question : les services en français sont-ils capables de suivre le rythme ?
Les réalités du terrain
Selon les données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), le nombre de résidents permanents d’expression française qui ont choisi Sudbury est passé de 15 en 2020 à 35 en 2021, puis à 130 en 2022, avant d’atteindre 300 en 2024 et 480 en 2025.
À l’échelle ontarienne, la part de Sudbury dans l’immigration francophone est ainsi passée de 0,44 % à 2,47 % en cinq ans.
Mais derrière ces chiffres, ce sont aussi les organismes francophones qui voient leur rôle évoluer.

La hausse des données s’explique par plusieurs facteurs, notamment la désignation de Sudbury comme communauté francophone accueillante en 2019, la présence d’établissements postsecondaires et différents programmes fédéraux spécifiques aux communautés rurales et du Nord.
Photo : Centre de santé communautaire du Grand Sudbury
Au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury (CSCGS), les services d’établissement accompagnent aujourd’hui un nombre grandissant de personnes, principalement en provenance de pays d’Afrique subsaharienne.
La hausse de demandes a amené l’organisme à revoir sa structure pour mieux répondre aux parcours variés des nouveaux arrivants.
Chaque personne arrive avec son histoire, son expérience et ses propres défis. Il faut donc être capable d’avoir une approche adaptée aux besoins de chacun, explique Francis Semou, coordonnateur des services en établissement.
Dans les dernières années, le CSCGS a notamment renforcé son équipe et développé de nouvelles collaborations avec des partenaires locaux.
Malgré l’augmentation des besoins, Francis Semou estime que les services réussissent encore à répondre à la demande actuelle.
C’est de plus en plus exigeant, mais nous arrivons à canaliser et à satisfaire les demandes dans un délai correct, affirme-t-il.
Un réseau qui doit s’adapter
À l’échelle du Nord de l’Ontario, cette croissance pousse aussi le réseau de services francophones à revoir sa capacité d’accueil.
Thomas Mercier, directeur du Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario, rappelle que plusieurs années de travail ont permis de bâtir un écosystème de services solides à travers la région.

Thomas Mercier est le directeur du Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Chris St-Pierre
La hausse des nouveaux arrivants survient toutefois dans un contexte où les organismes doivent composer avec des ressources plus limitées qu’il n’y paraît.
Selon lui, même en l’absence de compressions directes aux services francophones, l’absence d’augmentation des budgets combinée à l’inflation représente une pression importante sur le terrain.
Dans les faits, c’est une quasi-réduction parce qu’on a la même enveloppe budgétaire, mais il y a eu de l’inflation.
Cette réalité est particulièrement visible dans certains secteurs, notamment la formation linguistique, l’accès au logement et l’employabilité.
Thomas Mercier rappelle toutefois que les services francophones du Nord ont développé une forte capacité d’adaptation au fil des années.
Pour lui, le défi sera maintenant de maintenir cette capacité alors que les volumes d’immigration continuent d’augmenter.
Miser sur la régionalisation
La situation observée à Sudbury reflète un défi partagé par plusieurs communautés francophones en région, qui voient leur population immigrante augmenter chaque année.
Pour Aïssatou Sonko, directrice de l’immigration francophone à la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), le défi est maintenant de s’assurer que les communautés disposent des outils nécessaires pour accompagner cette croissance.
Selon elle, les besoins ne sont pas les mêmes partout au pays. Les grands centres urbains, comme Ottawa ou Toronto disposent généralement d’un réseau de services plus développé, alors que les communautés rurales et du Nord doivent souvent composer avec une offre plus limitée.
Ce qu’on observe, c’est qu’il y a des disparités en matière de destinations choisies par les nouveaux arrivants, indique-t-elle.

Sudbury attire de plus en plus d’immigrants francophones dès leur arrivée au Canada. (Photo d’archives)
Photo : soumise par Sudbury Wolves Sports and Entertainment
Pour la directrice, l’une des solutions passe par une meilleure régionalisation de l’immigration.
L’objectif serait de mieux répartir les nouveaux arrivants à travers le pays, plutôt que de concentrer la majorité des admissions dans les grands centres.
Mais pour que cette stratégie fonctionne, les communautés qui souhaitent accueillir davantage d’immigrants doivent aussi avoir la capacité de les soutenir, que ce soit en matière de logement, d’emploi, d’éducation ou de services d’établissement.
Au niveau de l’intégration et de la rétention de ces nouveaux arrivants, il faut aussi s’assurer que tout l’écosystème contribue, conclut-telle.


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