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Ils sont arrivés d’Asie et d’Afrique, vivent par milliers en liberté autour de Paris et personne n’en parle

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Un cri strident dans le parc de Sceaux. Puis un autre, plus perçant, depuis les frondaisons du parc Montsouris. Vert vif, bec rouge, queue longue : une silhouette qui ne ressemble à aucun oiseau européen fend l’air au-dessus du périphérique. Entre 12 000 et 15 000 perruches à collier vivent en Île-de-France en 2025, et pourtant leur présence reste l’un des secrets les mieux gardés de la faune francilienne.

À retenir

  • Une cinquantaine de perruches se sont échappées d’Orly en 1974 et ont prospéré en toute discrétion
  • La population a explosé : 1 000 individus en 2008, 15 000 en 2025, avec un doublement depuis 2021
  • Ces oiseaux asiatiques supportent mieux le froid qu’on ne l’imagine et colonisent méthodiquement le cœur de Paris

Sommaire

  1. Tout a commencé à Orly, en 1974
  2. Une croissance qui laisse les experts sans mots
  3. Paris dans une tendance européenne, mais loin derrière Londres
  4. Fléau ou colocataire acceptable ?

Tout a commencé à Orly, en 1974

La perruche à collier (Psittacula krameri) est une espèce originaire de la zone subtropicale, de l’Afrique de l’ouest au sous-continent indien. Son arrivée en banlieue parisienne ne doit rien au hasard ni à la migration. En 1974, une cinquantaine de ces oiseaux, importés pour le commerce des animaleries, se seraient échappés de leurs caisses à l’aéroport d’Orly. Un conteneur mal fermé, une trentaine de secondes d’inattention : voilà le point de départ de toute une saga naturelle.

Dans les années 1970, l’exotisme était en vogue, et nombreux étaient les citadins à vouloir posséder des perruches en cage. La demande avait gonflé les importations légales depuis l’Asie et l’Afrique. Le trafic aérien fit le reste. Un incident similaire aurait eu lieu en 1990 à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle : de nouvelles perruches, échappées de leurs conteneurs, seraient venues renforcer les colonies franciliennes. Deux évasions, cinquante ans de conséquences.

La suite ressemble à une prise de pouvoir lente et méthodique. Les événements fondateurs de la population actuelle se sont passés principalement dans les années 1990 dans les aéroports d’Orly et Roissy-Charles-de-Gaulle, même s’il y avait déjà des cas de reproduction à partir des années 1970. Le premier couple nicheur dans Paris n’a été trouvé qu’en 2008. Vingt-huit ans pour passer de fugitives à résidentes permanentes de la capitale.

Une croissance qui laisse les experts sans mots

Cette population a presque doublé depuis 2021, où l’on comptait environ 8 000 individus selon la Ligue pour la Protection des Oiseaux. Pour mesurer l’ampleur du phénomène : en 2008, Paris ne comptait qu’un peu plus de 1 000 individus. En moins de deux décennies, la colonie a été multipliée par quinze. Si une entreprise affichait cette courbe de croissance, elle ferait la une de l’économie.

L’espèce se reproduit très bien en ville : les couvées comportent de 2 à 6 œufs et l’espérance de vie de l’oiseau en captivité est d’environ 30 ans. Ajoutez à cela leur flexibilité alimentaire remarquable : venant de pays aux températures élevées, ces perruches ont surpris par leur résistance à l’hiver francilien. Leur adaptation repose notamment sur leur flexibilité alimentaire, consommant divers fruits, bourgeons, graines et même des déchets alimentaires urbains. La ville, avec ses arbres fruitiers ornementaux et ses mangeoires bien garnies par les promeneurs bienveillants, leur offre un garde-manger permanent.

On peut désormais considérer que l’espèce occupe la grande majorité du territoire urbain et péri-urbain de l’Île-de-France. Les concentrations les plus notables se trouvent dans les parcs de Montsouris, Sceaux et Vincennes. Mais l’espèce n’apprécie pas les forêts et les zones agricoles et fréquente donc peu la Seine-et-Marne et les plaines de l’Essonne et des Yvelines. Elles ont choisi l’urbain, comme nous.

Paris dans une tendance européenne, mais loin derrière Londres

La France n’est pas seule dans ce cas. Des populations férales existent dans toute l’Europe de l’Ouest, notamment en Angleterre, en Espagne, en Italie, en Allemagne, aux Pays-Bas et en France. En France, on trouve des populations de perruches à collier à Lille, Marseille, Nice, Toulouse, Montpellier, Nancy. La perruche à collier est devenue, presque discrètement, un oiseau urbain continental.

Londres reste néanmoins dans une catégorie à part. La plateforme de monitoring européenne ParrotNet recense plus de 50 000 perruches à Londres, environ 12 000 à Bruxelles, 1 500 au cœur d’Amsterdam ou encore un millier à Madrid. À l’échelle de Paris, 15 000 individus peut sembler modeste. Mais le rythme de doublement observé depuis 2021 change complètement la perspective : si la tendance se maintient, l’Île-de-France pourrait rejoindre les chiffres londoniens d’ici une ou deux générations d’oiseaux.

Cette croissance s’accompagne d’une extension spatiale des lieux de nidification : alors que la colonisation de la métropole parisienne s’est faite à partir des deux sites d’introduction principaux, on observe désormais la perruche à collier jusque dans l’hyper-centre de la métropole, qu’elle colonise par le sud. Le mouvement est centripète, méthodique, inexorable.

Fléau ou colocataire acceptable ?

L’espèce est classée EEE (Espèce Exotique Envahissante) et figure à ce titre dans la base de données européenne DAISIE. Le label fait peur, les conséquences réelles sont plus nuancées. Les recherches ont démontré que les perruches ne semblent pas entrer en compétition directe avec les autres espèces pour la nourriture, et bien qu’elles nichent dans des cavités, les études montrent un impact très limité.

Reste la question sonore, qui agace les riverains des grands parcs bien plus que la compétition écologique. Leurs cris stridents, particulièrement au lever et au coucher du soleil, peuvent constituer une véritable pollution sonore pour les riverains des grands parcs urbains. Un concert dont personne n’a demandé le programme. Alors que cet oiseau est spontanément apprécié pour son exotisme, un retournement de valeur s’opère à mesure que sa population augmente et qu’il devient commun. La rareté génère le charme ; l’ubiquité crée le voisinage.

L’écologue François Chiron, spécialiste des oiseaux, avait confirmé au Monde que « même si c’est l’espèce d’oiseau introduite la plus présente actuellement en Europe, elle ne semble pas être une menace pour l’avenir de l’avifaune. » Les chercheurs estiment d’ailleurs que cette menace reste marginale comparée à d’autres facteurs bien plus préoccupants, comme la perte d’habitat due à l’urbanisation.

Les usagers des parcs et jardins de la région se sont en majorité bien accommodés de la présence de la perruche à collier, et nombreux sont ceux qui viennent nourrir les oiseaux notamment en période hivernale quand ceux-ci sont moins farouches. Ce faisant, ils accélèrent probablement la dynamique qu’ils admirent : nourrir ces oiseaux, c’est financer l’expansion d’une colonie qui n’en avait pas besoin. L’ironie écologique du promeneur bien intentionné.

Sources : researchgate.net | lpo.fr

L'équipe Sciencepost

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