Une intelligence artificielle initialement conçue pour détecter des cratères d’impact sur Mars vient de repérer 73 caldeiras volcaniques sous-marines inconnues jusqu’ici — triplant potentiellement le nombre total de ces structures recensées sur Terre. Une découverte cruciale alors que l’éruption de Hunga Tonga en 2022 a rappelé la puissance destructrice de ces volcans cachés sous les océans.
Ce que vous allez apprendre
- Comment un algorithme conçu pour Mars a permis de scanner les fonds océaniques et filtrer 87 000 formations suspectes jusqu’à 73 caldeiras probables
- Pourquoi ces caldeiras sous-marines représentent un risque volcanique largement sous-estimé
- Où se situent la majorité de ces nouvelles découvertes — et pourquoi ce n’est pas là où on l’attendrait
Un danger caché sous les vagues
La majeure partie de l’activité volcanique terrestre se déroule sous l’océan, là où les plaques tectoniques s’écartent, entrent en collision et glissent les unes sous les autres, permettant au magma de remonter former des volcans sur le fond marin. La plupart de cette activité consiste en éruptions basaltiques relativement douces le long des dorsales océaniques — mais les caldeiras, ces vastes dépressions formées quand un volcan vide sa chambre magmatique et s’effondre sur lui-même, peuvent produire des événements bien plus violents : éruptions massives, tsunamis, ondes de choc et panaches de cendres.
L’éruption de la caldeira Hunga Tonga-Hunga Ha’apai en 2022 a servi d’avertissement brutal : elle a généré des ondes de pression atmosphérique détectées jusque dans l’espace, des tsunamis majeurs et des dégâts à des milliers de kilomètres de distance. Avant cette nouvelle étude, moins de 30 caldeiras sous-marines étaient recensées dans le monde — une lacune de connaissance considérable pour évaluer les risques.
Crédit : Verolino et al., Commun. Earth Environ. , 2026Un algorithme martien appliqué aux fonds océaniques
Une équipe dirigée par le volcanologue Andrea Verolino de l’Université Paris-Saclay a adapté un algorithme initialement conçu pour détecter des cratères d’impact sur Mars, l’appliquant cette fois aux cartes bathymétriques qui enregistrent la topographie des fonds marins.
L’algorithme a d’abord signalé 87 435 formations possibles. Après application de filtres successifs et inspection manuelle des candidats restants, l’équipe a réduit cette liste à 78 caldeiras probables — dont cinq déjà connues, confirmant la fiabilité de la méthode. Les 73 restantes constituent des découvertes entièrement nouvelles, ce qui triplerait potentiellement le nombre total de caldeiras sous-marines connues si ces résultats sont confirmés.
Des caldeiras là où on ne les attendait pas
L’analyse de leur répartition géographique révèle une surprise. Seules huit des structures nouvellement découvertes se situent au niveau des dorsales médio-océaniques — les frontières classiques entre plaques tectoniques. Neuf autres ont été identifiées dans des arcs volcaniques. Mais la grande majorité — 61 sur 73 — a été découverte dans des contextes tectoniques internes, comme des chaînes de monts sous-marins, loin des limites de plaques traditionnellement associées à l’activité volcanique.
Sept de ces caldeiras nouvellement identifiées ont été signalées comme cibles prioritaires pour de futures explorations, leur emplacement, leur profondeur et leur forme suggérant une importance particulière pour la compréhension des risques volcaniques sous-marins.
Une base pour évaluer les risques futurs
L’étude ne détermine pas si l’une de ces caldeiras est actuellement active — mais des recherches récentes montrent que même des volcans considérés éteints peuvent discrètement se recharger en magma et redevenir actifs. Cette cartographie constitue donc une base essentielle pour l’évaluation future des risques volcaniques sous-marins, plutôt qu’un inventaire mondial définitif. Les chercheurs prévoient d’affiner leur méthode à mesure que des données bathymétriques de plus haute résolution deviendront disponibles.
L’étude est publiée dans Communications, Earth & Environment.


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