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Ils criminalisent les violences des lycéens français mais justifient la violence génocidaire à Gaza et la guerre d’extermination

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Il est des indignations qui ne relèvent pas de la morale, mais de la défense des intérêts de classe. Des indignations sélectives, calculées, distribuées selon la position sociale de ceux qui exercent la violence et les intérêts politiques de ceux qui la condamnent. En France, cette imposture trouve une expression particulièrement saisissante dans le discours de certains responsables politiques et éditorialistes, notamment ceux qui sévissent quotidiennement sur les plateaux de CNews et BFMTV.

Les mêmes milieux politiques et médiatiques qui s’étranglent d’indignation devant une poubelle incendiée par des lycéens trouvent des justifications aux opérations génocidaires israéliennes qui ont transformé Gaza en un immense champ de ruines. Ceux qui réclament une répression implacable contre des adolescents ayant brisé quelques vitrines invoquent la sécurité d’Israël pour relativiser des destructions massives et des crimes dont une commission d’enquête des Nations unies a conclu qu’ils constituaient un génocide.

Une vitre cassée provoque leurs imprécations. Des milliers de vies palestiniennes anéanties suscitent leur indulgence, voire leurs justifications. Une barricade dressée devant un lycée leur inspire des sermons sur la civilisation. Gaza dévastée leur inspire des dissertations sur les impératifs stratégiques d’Israël. La violence vénielle et résiduelle des lycéens serait une menace contre la République. La violence massive et systématique de l’armée israélienne serait une nécessité sécuritaire.

Cette contradiction n’est pas seulement morale. Elle est profondément politique. Elle révèle la fonction idéologique d’une partie de l’appareil médiatique français : criminaliser la contestation sociale lorsqu’elle surgit d’en bas, tout en légitimant la violence d’État lorsqu’elle s’exerce au service d’un ordre politique et géopolitique auquel les classes dominantes sont attachées.

Car derrière les grands discours sur la non-violence se dissimule une réalité autrement moins édifiante : ce n’est pas tant la violence qui scandalise ces gardiens de l’ordre bourgeois que la remise en cause de l’ordre qu’ils défendent.

Lorsque des centaines de milliers de soldats de l’armée israélienne, soutenus par un puissant appareil d’État et une partie de l’opinion publique israélienne, participent à une offensive militaire génocidaire contre les Palestiniens, détruisant leurs habitations, leurs hôpitaux, leurs écoles et les infrastructures indispensables à leur survie, certains responsables politiques et éditorialistes français, notamment sur les plateaux de CNews, invoquent les impératifs sécuritaires pour justifier ou relativiser ces violences meurtrières. Mais lorsque quelques lycéens français incendient une poubelle ou brisent une vitrine, ces mêmes défenseurs de l’ordre réclament aussitôt une répression implacable et des sanctions exemplaires. Voilà leur morale à géométrie variable : l’indulgence devant la dévastation d’un peuple, l’intransigeance devant une poubelle incendiée.

CNews : les procureurs de la jeunesse révoltée

Il suffit que quelques lycéens dressent des barricades, renversent des poubelles ou affrontent les forces de l’ordre pour que les plateaux de télévision se transforment en tribunaux d’exception. Sur CNews, où le commentaire politique privilégie fréquemment les thèmes de l’insécurité, de l’autorité et de l’ordre public, les violences survenues lors des mobilisations deviennent une occasion de réaffirmer la nécessité de la répression.

L’exemple d’Éric Zemmour (le fasciste, NDÉ)  est révélateur. Interrogé en octobre 2026 sur les violences accompagnant les manifestations lycéennes, il réclamait le rétablissement de la loi anti-casseurs de 1970 et appelait à punir sévèrement les auteurs des dégradations. Le message est limpide : face à la jeunesse révoltée, il faudrait davantage de répression, davantage de sanctions, davantage d’autorité.

La violence sociale, même marginale, devient le centre de gravité du débat. Les revendications disparaissent. Les causes de la colère s’effacent. Le manque de moyens dans l’éducation, la précarité étudiante, l’avenir professionnel incertain, les inégalités croissantes passent derrière les images de vitrines brisées. La mobilisation n’est plus analysée comme l’expression d’un antagonisme social. Elle est réduite à une succession de désordres publics.

CNews n’est pas une chaîne d’information. C’est une machine de propagande. Depuis 2019, elle cumule 27 rappels à l’ordre et 630 000 euros d’amendes. C’est le record absolu de l’audiovisuel français. Chiffres de la pétition arrêtés au 05/11/2026 à 20h48

Cette réduction est idéologiquement décisive. Elle permet de substituer à la question des rapports de classe celle de la délinquance. Le lycéen n’est plus un jeune confronté à la dégradation de ses perspectives d’avenir. Il devient un casseur. Le travailleur en lutte n’est plus un salarié contestant les conditions de son exploitation. Il devient un fauteur de troubles. La question sociale est ainsi expulsée du débat public au profit de la question sécuritaire. Et cette opération n’a rien de neutre. Elle contribue à délégitimer les mouvements sociaux en les identifiant à leurs manifestations les plus marginales. Elle permet de présenter l’État comme le garant naturel de la paix civile, alors même que les politiques qu’il conduit participent à la reproduction des inégalités et des antagonismes sociaux. Le jeune qui brise une vitrine serait violent. L’ordre social qui brise son avenir serait simplement réaliste. Voilà la première mystification.

Les défenseurs de l’ordre découvrent les vertus de la violence israélienne

Mais le plus révélateur apparaît lorsque ces mêmes milieux politiques et médiatiques français abordent la question israélo-palestinienne. La fermeté catégorique qui prévaut devant les violences des manifestations françaises cède alors la place à une étonnante compréhension des impératifs militaires israéliennes. La défense d’Israël devient un principe politique supérieur. La sécurité de cet État est invoquée pour expliquer, relativiser ou justifier des opérations dont les conséquences sur la population palestinienne sont pourtant dévastatrices.

Le contraste mérite d’être souligné. Quand il s’agit des violences commises dans les manifestations françaises, certains éditorialistes ne veulent entendre aucune justification. Les circonstances sociales ne devraient rien excuser. Les difficultés économiques ne devraient rien expliquer. La colère populaire ne devrait jamais déboucher sur la moindre atteinte aux biens. Mais lorsque la violence génocidaire est exercée par l’armée israélienne, le raisonnement change. On invoque les menaces sécuritaires, les attaques ennemies, les nécessités militaires, les intérêts stratégiques. Le contexte, interdit aux manifestants, redevient indispensable à l’État génocidaire israélien.

La violence d’en bas est arrachée à ses causes. Celle d’en haut est enveloppée dans ses justifications. Une poubelle incendiée serait un acte de barbarie. Un quartier de Gaza pulvérisé deviendrait une opération militaire à contextualiser. Cette différence de traitement n’est pas une simple maladresse rhétorique. Elle pose la question de la fonction politique du discours médiatique français.

Gaza : quand la violence génocidaire rencontre la raison d’État

À Gaza, il ne s’agit pourtant pas de violences occasionnelles ou de débordements isolés. Depuis octobre 2023, la population palestinienne a subi une campagne militaire prolongée, des bombardements massifs, des déplacements forcés, la destruction d’infrastructures essentielles et une catastrophe humanitaire d’une ampleur considérable. En septembre 2025, la Commission internationale indépendante d’enquête mandatée par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a conclu qu’Israël avait commis un génocide contre les Palestiniens de Gaza.

Les conclusions de la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU sur le territoire palestinien occupé sont sans appel : Israël a commis un génocide à l’égard des Palestiniens

Lorsqu’un responsable politique ou un éditorialiste français invoque indéfiniment les nécessités militaires sans examiner avec la même rigueur les conséquences infligées aux civils palestiniens, il transforme l’explication en légitimation. Lorsqu’il exige une condamnation immédiate des violences sociales françaises, mais multiplie les réserves devant les destructions de Gaza, il révèle une hiérarchie implicite dans l’application de ses principes. Le problème n’est donc pas seulement la solidarité politique avec Israël. Il est celui de ses limites morales et juridiques.

Les chiens de garde de l’ordre bourgeois

Pour comprendre cette contradiction, il faut dépasser l’indignation morale et examiner les rapports sociaux qui la produisent. Les médias dominants français ne constituent pas un univers extérieur aux rapports de classe. Ils évoluent au sein d’une société capitaliste où la propriété des moyens de production, la concentration économique et les intérêts des grandes entreprises exercent une influence considérable sur la production et la circulation de l’information. La concentration des médias entre les mains de puissants groupes économiques ne signifie pas que chaque journaliste obéisse mécaniquement à son propriétaire. Mais elle crée des structures de pouvoir, des dépendances et des orientations éditoriales qui méritent d’être analysées. Dans cette perspective, CNews constitue un objet d’étude particulièrement révélateur. Chaîne appartenant à la sphère médiatique du groupe Bolloré, elle accorde une place importante aux discours sur l’autorité, l’identité nationale, l’immigration, l’insécurité et la contestation des mouvements de gauche. Sa ligne éditoriale peut être interprétée comme participant à la défense d’une conception conservatrice de l’ordre social.

L’expression de « chiens de garde », empruntée à une tradition critique des intellectuels et des médias, désigne précisément cette fonction idéologique : présenter les intérêts particuliers des groupes dominants comme s’ils incarnaient l’intérêt général.

Le travailleur qui revendique une augmentation de salaire menacerait l’économie. Le gréviste qui bloque une entreprise prendrait la société en otage. Le lycéen qui affronte la police menacerait la République. Mais les contraintes économiques imposées aux salariés, les politiques d’austérité, les licenciements et les interventions coercitives de l’État seraient présentés comme les nécessités naturelles de la vie sociale.

L’exploitation ne serait pas une violence. Elle serait une relation économique. La précarisation ne serait pas une violence. Elle serait une adaptation du marché du travail. La répression ne serait pas une violence. Elle serait le maintien de l’ordre. Seule la résistance des dominés deviendrait véritablement violente.

L’idéologie dominante commence précisément là où la violence des rapports sociaux cesse d’être nommée, tandis que la résistance à ces rapports est immédiatement criminalisée.

La violence de classe ne porte pas toujours un uniforme

La bourgeoisie n’exerce pas sa domination uniquement par la contrainte policière. Elle la reproduit également à travers les mécanismes économiques, les institutions politiques et les représentations idéologiques.

Dans une perspective marxiste, l’État ne peut être compris comme un arbitre parfaitement neutre placé au-dessus des classes sociales. Il intervient dans une société structurée par la propriété privée des moyens de production, l’exploitation du travail salarié et la concurrence entre intérêts antagonistes. La violence de classe ne se réduit donc pas aux coups de matraque ou aux interventions policières. Elle se manifeste dans les conditions matérielles imposées aux travailleurs : licenciements, dégradation des protections sociales, précarité, difficultés d’accès au logement, réduction des services publics. Ces phénomènes ne sont pas juridiquement équivalents à des violences physiques. Mais ils produisent des souffrances considérables et contribuent à la reproduction de rapports de domination.

Lorsque les travailleurs se mobilisent contre ces conditions, leur contestation devient immédiatement visible. Elle interrompt la circulation, perturbe la production, bloque les établissements, remet en cause l’autorité patronale ou gouvernementale. C’est alors que les défenseurs de l’ordre découvrent la violence. Non dans les rapports sociaux qui produisent la colère, mais dans la colère elle-même. Non dans les mécanismes qui dégradent l’existence des travailleurs, mais dans les gestes par lesquels ceux-ci manifestent leur refus. La violence structurelle demeure invisible parce qu’elle est incorporée au fonctionnement ordinaire de la société capitaliste. La violence contestataire devient spectaculaire parce qu’elle interrompt ce fonctionnement. Cette asymétrie est au cœur de la reproduction idéologique du capitalisme. Elle explique pourquoi une partie du commentaire médiatique s’attache davantage aux désordres provoqués par les mouvements sociaux qu’aux contradictions économiques violentes qui les engendrent.

L’ordre bourgeois ne se présente jamais comme un rapport de domination. Il se présente comme la paix. Et toute contestation de cette « paix » bourgeoise devient une violence.

La propriété capitaliste sanctifiée, la vie palestinienne relativisée

La comparaison entre les violences marginales des manifestations françaises et les destructions massives de Gaza révèle également la place centrale occupée par la propriété dans l’imaginaire politique bourgeois. Une vitrine brisée constitue une atteinte immédiatement identifiable à la propriété. Elle possède un propriétaire, une valeur marchande, un coût de remplacement. La société capitaliste dispose d’un langage précis pour décrire cette atteinte : dégradation, vandalisme, pillage, destruction. Mais les conséquences humaines d’une politique économique ou d’une guerre ne se laissent pas réduire à une simple comptabilité marchande.

À Gaza, les destructions ne concernent pas seulement des bâtiments. Elles frappent les conditions matérielles de l’existence collective : logements, écoles, hôpitaux, réseaux d’approvisionnement, infrastructures sanitaires, lieux de mémoire. Elles atteignent la possibilité même pour une population de vivre, de travailler, de se soigner, d’éduquer ses enfants et de reproduire son existence sociale. Une vitrine peut être remplacée. Une marchandise peut être reproduite. Une infrastructure peut être reconstruite. Mais les vies détruites ne peuvent être restituées. C’est pourquoi la disproportion entre certaines indignations médiatiques et la gravité des violences qu’elles prétendent juger mérite une critique radicale.

Lorsqu’une atteinte limitée à la propriété suscite une condamnation plus immédiate qu’une destruction massive de vies humaines palestiniennes, la hiérarchie des réactions publiques interroge les valeurs effectivement privilégiées.

La question n’est pas de nier la légitimité de la protection des biens. Elle est de refuser que cette protection devienne un absolu moral lorsque la contestation vient d’en bas, tandis que la protection des personnes serait subordonnée aux calculs stratégiques lorsqu’une armée alliée exerce la violence. La vitrine devient sacrée parce qu’elle représente la propriété. La vie palestinienne est relativisée parce qu’elle se trouve prise dans les rapports de puissance.

Dans cette mécanique idéologique, la figure de l’ennemi intérieur occupe une place essentielle. Le lycéen révolté, le travailleur gréviste, le militant radical, le manifestant qui refuse de se soumettre aux injonctions de l’autorité peuvent être successivement présentés comme des menaces contre la cohésion nationale. Cette représentation permet de déplacer le conflit du terrain social vers celui de l’ordre public. Au lieu d’examiner les intérêts antagonistes qui traversent la société, on oppose les travailleurs respectueux des lois aux perturbateurs. Au lieu d’interroger les conditions matérielles qui nourrissent les mobilisations, on exige le rétablissement de l’autorité. Au lieu de discuter des revendications, on réclame des sanctions. Les discours sécuritaires récurrents de CNews peuvent être analysés dans ce cadre. Ils contribuent à une représentation du monde où la stabilité sociale apparaît comme une valeur supérieure, tandis que les formes conflictuelles de contestation sont fréquemment envisagées sous l’angle de la menace.

Mais ce schéma idéologique se complique lorsqu’il s’agit d’Israël. L’État israélien n’est pas présenté comme un perturbateur de l’ordre international par ceux qui défendent ses opérations militaires génocidaires. Il est présenté comme un État menacé qui cherche à restaurer sa sécurité.

La violence change alors de signification. En France, elle troublerait l’ordre. En Israël et dans les territoires palestiniens occupés, lorsqu’elle est exercée par l’armée israélienne, elle est présentée comme une réponse au désordre. Le même principe d’autorité permet ainsi de condamner la contestation sociale intérieure et de défendre la puissance militaire de l’allié sioniste.

Ce n’est pas nécessairement une coordination consciente entre tous les acteurs concernés. C’est une cohérence idéologique possible entre des discours qui privilégient la stabilité des institutions, l’autorité de l’État et la sécurité des puissances alliées occidentales. Et c’est cette cohérence qui mérite d’être dévoilée.

Leur indignation a une classe, leur morale a un camp

Les défenseurs autoproclamés de la civilisation aiment présenter leurs condamnations de la violence comme l’expression d’une morale universelle. Mais une morale universelle ne saurait dépendre du statut social de l’auteur de la violence ni de la puissance militaire de l’État qui l’exerce. Elle ne saurait être inflexible devant un lycéen et accommodante devant une armée génocidaire. Elle ne saurait être impitoyable devant une vitrine brisée et hésitante devant des quartiers palestiniens réduits en poussière. Elle ne saurait condamner sans appel une barricade et multiplier les explications devant les destructions massives d’un territoire occupé, Gaza et la Cisjordanie.

Il ne s’agit pas d’affirmer que les violences commises dans les manifestations seraient toujours légitimes. Certaines portent atteinte aux personnes et aux biens et peuvent être condamnées. Il s’agit de refuser l’inversion des proportions.

Les violences occasionnelles des mouvements sociaux français ne sauraient être érigées en scandale civilisationnel par ceux qui relativisent simultanément les crimes de masse commis contre la population palestinienne.

Car la question fondamentale n’est pas seulement celle de la violence. Elle est celle du pouvoir de définir la violence légitime. Qui possède ce pouvoir ? Qui impose les mots ? Qui sélectionne les images ? Qui décide qu’une poubelle incendiée constitue une menace majeure contre la « démocratie », tandis que des bombardements massifs peuvent être analysés comme des opérations de sécurité ? Dans une société capitaliste, cette capacité à imposer les catégories du débat public constitue un enjeu central de la lutte idéologique.

La classe dominante ne se contente pas de contrôler les ressources économiques. Elle dispose également de moyens considérables pour influencer les représentations sociales, définir les normes de respectabilité et orienter les frontières de l’acceptable.

La violence contestataire est ainsi susceptible d’être criminalisée non seulement pour ce qu’elle détruit matériellement, mais pour ce qu’elle conteste politiquement.

La violence étatique, au contraire, peut être légitimée non seulement pour ce qu’elle prétend protéger, mais pour l’ordre qu’elle contribue à maintenir. Leur indignation n’est donc pas toujours proportionnelle à la gravité de la violence. Elle est proportionnelle au danger que cette violence représente pour les intérêts dominants.

Les moralistes de la vitrine et les avocats des ruines

Il faut finalement poser la question dans toute sa brutalité. Que vaut la morale d’un responsable politique français qui réclame des sanctions exemplaires contre des adolescents ayant commis des dégradations, mais qui se montre infiniment plus indulgent envers les opérations d’une armée israélienne accusée de génocide ?

Que vaut l’universalisme d’un éditorialiste français qui invoque la civilisation devant une poubelle incendiée, mais les nécessités stratégiques devant Gaza dévastée ? Que vaut la défense des droits humains lorsqu’elle devient subordonnée aux intérêts diplomatiques des États puissants occidentaux ?

Le problème n’est pas que ces responsables politiques et commentateurs français condamnent les violences lycéennes. Le problème est que certains appliquent à ces violences une rigueur morale qu’ils ne manifestent pas avec la même constance devant les crimes commis contre les Palestiniens. Cette contradiction révèle les limites d’une morale politique qui prétend s’élever au-dessus des rapports de classe et des intérêts géopolitiques, mais qui demeure profondément traversée par eux.

Les lycéens français qui contestent l’ordre social sont sommés de respecter scrupuleusement la loi. Les États alliés (États-Unis et Israël) qui exercent une violence militaire massive bénéficient de discours invoquant les nécessités de la sécurité. Les premiers doivent répondre de leurs gestes. Les seconds trouvent des défenseurs prêts à expliquer leurs opérations meurtrières. Les premiers sont accusés de menacer la civilisation. Les seconds sont présentés comme ses protecteurs.

C’est cette inversion idéologique que le discours marxiste permet de mettre à nu. Car derrière les proclamations sur la non-violence se profile une question autrement plus décisive : celle de la violence constitutive des rapports de domination, de son exercice par les États et de sa légitimation par les appareils idéologiques.

La bourgeoisie française ne condamne pas la violence en tant que telle. Elle condamne prioritairement celle qui menace son ordre et peut justifier celle qui contribue à le préserver. Voilà pourquoi une vitrine brisée peut susciter des torrents d’indignation tandis que les ruines de Gaza donnent lieu, chez certains commentateurs, à d’interminables plaidoyers sur la sécurité d’Israël. Voilà pourquoi les violences marginales de la jeunesse révoltée peuvent être transformées en péril national, tandis que les violences massives exercées par un État allié occidental sont enveloppées dans le langage de la nécessité. Voilà pourquoi certains procureurs de la contestation sociale deviennent les défenseurs de la raison d’État.

Une vitrine brisée les scandalise parce qu’elle trouble l’ordre bourgeois. Gaza dévastée trouve chez eux des justifications parce que sa destruction est présentée comme relevant de la défense d’un ordre géopolitique allié. Et c’est là que réside la contradiction fondamentale. Non dans une simple incohérence morale, mais dans la fonction politique de cette morale.

Leur indignation a une classe. Leur universalisme a des frontières. Leur non-violence a des exceptions. Et leurs exceptions révèlent les intérêts que leurs sermons prétendent dissimuler.


Source : les7duquebec.net

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