Une vigne plantée ce printemps ne donnera pas la moindre grappe utilisable l’an prochain. Il faut compter environ trois ans avant la première vendange, et plusieurs années supplémentaires avant d’obtenir une qualité régulière, capable d’entrer dans un assemblage sérieux. Pourtant, en France, des dizaines de milliers d’hectares de vignes adultes, parfois plantées depuis des décennies, sont arrachés volontairement chaque année.
Le vignoble français produit plus qu’il ne s’en vend.
À retenir
- La consommation de vin en France a chuté de 70% en soixante ans, passant de 120 litres à 40 litres par habitant et par an.
- Un dispositif d’aide à l’arrachage définitif offre 4 000€ par hectare pour retirer les vignes du marché et réguler la surproduction.
- Arracher une vigne détruit irréversiblement un terroir : le sol tassé et les racines pulvérisées ne se reconstituent pas rapidement, empêchant toute replantation future pendant plusieurs années.
Sommaire
Un marché qui ne suit plus la production
En 60 ans, la consommation de vin des français a chuté de 70%, passant de plus de 120 litres par an et par habitant, à moins de 40 litres en 2020. Aujourd’hui, la France consomme 24,4 millions d’hectolitres de vin par an, soit environ 36 litres par habitant. La désaffection touche surtout les nouvelles générations, moins portées sur la table de tous les jours.
Les caves débordent, les prix décrochent.
Pour sortir des surfaces du marché, un dispositif national d’arrachage définitif a été ouvert fin 2024, avec une aide forfaitaire de 4000€/ha à l’arrachage définitif de parcelles, dans la limite des 120 millions d’euros de crédits alloués par le ministère de l’Agriculture au plan de réduction du potentiel viticole. À la clôture du guichet, 5 418 demandes d’aides à l’arrachage définitif de vigne pour une surface de 27 461 hectares ont été enregistrées par FranceAgriMer. Un nouveau round a suivi, avec cette fois un total de 32 500 ha au niveau national visé pour le budget disponible. Cumulées, ces deux vagues approchent la barre symbolique des 30 000 hectares de ceps arrachés en deux campagnes.
Ce qui se passe, concrètement, dans la parcelle
Sur le terrain, l’opération n’a rien d’une cueillette. Une pelle mécanique ou un treuil vient extraire chaque cep avec sa souche, la partie racinaire qui ancre le pied de vigne depuis parfois plus de trente ans. Le fil de palissage est décroché, les piquets métalliques ou en bois arrachés à leur tour et empilés en bordure de rang.
Les ceps sont ensuite rassemblés en andains avant d’être broyés ou brûlés sur place.
Une fois le bois évacué, la parcelle passe au sous-soleur, un outil qui fissure le sol en profondeur pour casser les anciennes racines et décompacter la terre. C’est seulement à ce stade que le terrain redevient, techniquement, une surface agricole comme une autre. L’opération complète, du premier cep sorti au dernier passage d’engin, se boucle souvent en une seule journée de tracteur pour une parcelle de taille moyenne.
Ce que devient le coteau, une fois la vigne partie
La suite dépend de chaque exploitant, mais les trajectoires se ressemblent. La parcelle part en jachère, se transforme en prairie pour du pâturage, ou bascule sur une culture annuelle plus simple à conduire. Ce basculement change le visage d’un coteau : les murets de pierre sèche perdent leur fonction, les chemins d’exploitation cessent d’être entretenus au même rythme, et la main-d’œuvre saisonnière mobilisée chaque automne pour les vendanges n’a tout simplement plus de raison d’être appelée.
Un paysage viticole vit aussi de ces allers-retours entre rangs de vigne et parcelles ouvertes.
Un capital qu’on ne redémarre pas comme une machine
Un cep entretenu produit pendant plusieurs décennies, souvent bien au-delà de trente ou quarante ans. Arracher revient donc à effacer, en une journée de chantier, un demi-siècle de taille, de travail du sol et de sélection du matériel végétal. Le geste est volontaire, encouragé par l’aide publique, mais il n’a rien d’anodin sur le temps long d’une exploitation.
Le sol tassé par les engins, les racines détruites au sous-soleur, ne se remettent pas en état du jour au lendemain. Et l’adhésion au dispositif a un prix administratif : l’adhésion au dispositif implique l’impossibilité d’obtenir des autorisations de replantation correspondantes aux surfaces en vignes arrachées, ainsi que la renonciation à toute nouvelle autorisation de plantation pendant plusieurs campagnes viticoles à venir. Un terroir ne se remet pas en route comme une machine qu’on rallume, il se replante, se laisse pousser, et attend de nouveau ses trois premières années avant la moindre récolte.
Sources : draaf.nouvelle-aquitaine.agriculture.gouv.fr | reussir.fr


3 day_ago
26



























.jpg)






French (CA)