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«Il faut garantir une diversité de population sur l’ensemble du territoire»: à Genève, la mixité sociale reste à construire

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Publié le 04 août 2026 à 05:31. / Modifié le 04 août 2026 à 06:17. 3 min. de lecture

Dans un marché immobilier frappé par une pénurie historique, en particulier à Genève, les logements neufs sont extrêmement recherchés, mais présentent parfois des défauts inattendus.

Cette enquête a pu être réalisée grâce à l’aide de la bourse Jordi pour le journalisme, attribuée par la Fondation Liliane Jordi.
Cette bourse veut encourager un journalisme de qualité en permettant à un ou une journaliste de consacrer du temps à une enquête ou un reportage.

  • A Genève, de nouveaux quartiers mixtes connaissent des tensions entre générations et catégories sociales autour de l’usage des espaces communs.

  • Une chercheuse française souligne que les classes supérieures tirent le plus de profit symbolique de la mixité, tandis que les enfants de milieux populaires y gagnent moins.

  • L’objectif d’une vraie mixité reste difficile à atteindre: la plupart des quartiers genevois récents n’appliquent pas encore la règle des tiers entrée en vigueur en 2018.

Les derniers arbres de l’esplanade du quartier de La Forêt, à quelques pas de la Servette, à Genève, viennent d’être plantés. Nous sommes à l'été 2024, moins d’un an après l’emménagement des derniers habitants. Des riverains de plusieurs catégories se côtoient dans cet espace commun nouvellement verdoyant: des locataires de logements subventionnés, des copropriétaires, les seniors d’un bâtiment médicalisé, un kiosquier ou encore des employés de crèche.

Rapidement, des conflits d’usage arrivent. Excédés par le bruit, des seniors empoignent des enfants, s’attirant les foudres de parents. Des éducatrices en pause sont sommées d’aller fumer ailleurs. Des copropriétaires organisent des rondes pour distribuer des amendes dans le parking visiteur.

Hostilité intergénérationnelle

Les mécontents relaient leurs mésaventures à Thibaut Lauer, cofondateur de l’association Interstices. L’association, créée en 2021, fait de la médiation «préventive ou pure» au pied d’immeubles sa raison d’être.

La mission associative – «donner à des publics fragilisés une plus grande place dans la participation à la vie de quartier» – n’empêche pas les problèmes de voisinage dans ces nouveaux quartiers dits «mixtes», reconnaît Thibaut Lauer. «Entre publics aînés et jeunes, les conflits sont assez importants autour des espaces partagés».

Même constat dans le quartier de Pont-Rouge (Lancy) inauguré en 2024. «Au début, nous avons connu des tensions liées notamment à des nuisances sonores, reconnaît Odile Magnenat, coordinatrice de quartier engagée par la commune. C’est un quartier piéton, où de nombreux enfants jouent dans les cours d’immeuble qui résonnent.» L’arrivée de la maison de quartier et de différents aménagements dans l’espace public, à l’instar d’un city-stade, ont contribué à l’apaisement des lieux.

La géographe doit composer avec une mixité inéquitable: 80% de LUP (logements d’utilité publique) et 20% de PPE (propriétés par étage). Pour promouvoir la cohésion, l’existence des espaces communs est donc clé, note Odile Magnenat. «Le travail porte ses fruits et les riverains se disent plutôt satisfaits.»

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Eviter les ghettos pauvres ou riches

Dans les faits, il faut encore lutter pour éviter le phénomène des ghettos de pauvres et de riches, souligne Antonio Hodgers. «Sous mon prédécesseur, la loi générale sur les zones de développement (LGZD) était rédigée de sorte à ne pas mettre de logement social dans les quartiers aisés. Par contre, dans les zones de développement, on inscrivait 70% de social dans les projets. La gauche avait accepté cela à l’époque pour permettre de créer des LUP, mais ce n’est pas de la vraie mixité sociale qu’on voit dans les quartiers inaugurés ces dernières années. Il faut garantir une diversité de population sur l’ensemble du territoire.»

Me Mark Muller, ex-conseiller d’Etat (PLR) à l’origine de la réglementation fustigée par son successeur, acquiesce: «Sur le principe, je suis plutôt favorable à la mixité. Plainpalais, les Eaux-Vives ou Carouge, par exemple, sont des quartiers conviviaux parce qu’il y a ces mélanges de populations. Que cette notion soit désormais inscrite dans la loi est une bonne chose.»

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Règle des trois tiers

Joanie Cayouette-Remblière, chargée de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), souligne les limites de ce modèle de développement: «Certains pensaient naïvement qu’il suffisait de mettre les individus en coprésence pour créer du lien social. Ce que j’observe sur le terrain, c’est que les personnes d’origines diverses n’interagissent pas tellement.»

Constat contre-intuitif: «Les classes supérieures tirent le plus de profit de la mixité, souligne la chercheuse. Elles bénéficient d’un capital symbolique, se convainquant qu’elles ont contribué à quelque chose d’honorable. Ce qui est moins vrai pour les enfants de milieux populaires, qui ont moins accès aux classes moyennes et supérieures à l’école ou dans leurs interactions.»

Comment renforcer la cohésion sociale dans les futurs plans localisés de quartiers genevois? Antonio Hodgers souligne que la plupart des nouveaux logements construits à Genève ces dernières années n’incorporent pas la fameuse règle des tiers entrée en vigueur en 2018 – des parts équitables de logements sociaux, de loyers libres et de propriétés par étage (PPE) dans tout projet des zones en développement. En effet, les logements récents ont été conceptualisés avant le changement de loi. La vraie mixité, au sens pratique, est donc encore à développer dans les nouveaux quartiers.

Lire aussi: Aménagements piétons et démolition d’immeubles: à Genève, des quartiers populaires face au spectre de la gentrification
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