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Il est possible d’entraîner son nez pour retrouver un odorat perdu

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Il est possible de récupérer un odorat perdu grâce à une exposition répétée et régulière à des odeurs. Dans le cadre du congrès de l’Acfas, qui se déroule cette semaine à l’Université du Québec à Trois-Rivières, le professeur d’anatomie Johannes Frasnelli a présenté lundi les résultats de recherches qui démontrent comment la plasticité des zones cérébrales consacrées à l’olfaction permet une telle récupération.

La perte de l’odorat a des conséquences importantes sur la qualité de vie, car elle « diminue entre autres le plaisir de manger, voire le bien-être général », a souligné d’entrée de jeu le Dr Axel Renteria, professeur et chirurgien sinonasal au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, lors de la conférence.

Selon deux études effectuées en Allemagne et en Suède, environ 15 % de la population présente une hyposmie (une réduction de l’odorat) et 5 % une anosmie (une absence d’odorat). Ces déficits de l’odorat peuvent notamment survenir à la suite d’une sinusite chronique ou d’une infection des voies respiratoires supérieures comme la COVID-19 (ce qu’on appelle un trouble de l’odorat postviral), mais aussi d’un traumatisme craniocérébral ou en raison de l’âge.

« Il y a néanmoins une bonne nouvelle, parce qu’il y a la possibilité d’une récupération spontanée », dit M. Frasnelli.

Trois facteurs peuvent prédire un tel événement. Le premier est la cause du trouble de l’odorat : les personnes qui ont perdu l’odorat à la suite d’une infection virale ont plus de chances de se rétablir spontanément (30 %) que celles qui ont subi un traumatisme craniocérébral (10 %). Le second est l’âge du patient : la situation des plus jeunes est plus susceptible de s’améliorer. Le troisième facteur est le temps écoulé depuis le début des symptômes : si celui-ci se compte en semaines, la probabilité d’une récupération spontanée est plus élevée que si les symptômes datent de quelques années.

Mais il ne s’agit pas d’une loi immuable : M. Frasnelli cite le cas d’une femme qui a vu soudainement son odorat s’améliorer après huit ans, sans toutefois revenir à la normale.

Réentraîner le cerveau

Lors d’études effectuées sur des rongeurs, on avait observé une augmentation de leur sensibilité olfactive après qu’on les eut exposés à des odeurs « de façon répétée, mais non continue ». Le chercheur allemand Thomas Hummel a tenté la même expérience chez des individus qui avaient perdu l’odorat à la suite d’une infection des voies respiratoires supérieures. Il leur a présenté quatre odeurs de façon répétée pendant 12 semaines. Cet entraînement a alors accru leur sensibilité aux odeurs qu’on leur avait présentées — et a amélioré leur fonction olfactive générale.

« Des études ultérieures ont montré que le choix et le nombre d’odeurs qui étaient présentés lors de l’entraînement n’avaient pas vraiment d’importance [sur le résultat de l’entraînement] », a par ailleurs indiqué M. Frasnelli.

Plus récemment, son équipe a testé un entraînement olfactif intensif auprès d’étudiants universitaires venus au laboratoire. On leur demandait alors de détecter et de classer différentes odeurs leur étant présentées à différentes intensités pendant 20 minutes.

Après six semaines d’un tel entraînement, on a mesuré différentes caractéristiques de leur odorat. On a alors entre autres observé que leur seuil de détection et leur mémoire olfactive s’étaient améliorés par rapport aux étudiants qui avaient suivi un entraînement visuel plutôt qu’olfactif. De plus, ils présentaient une augmentation de l’épaisseur corticale du gyrus frontal inférieur droit et du cortex entorhinal droit, deux structures cérébrales jouant un rôle dans le traitement des odeurs.

Des nez « musclés »

Le chercheur a également étudié des personnes qui effectuaient une formation de 18 mois en sommellerie à l’Institut du tourisme et d’hôtellerie du Québec. L’expérience n’a pas révélé de grandes différences entre les performances olfactives avant et après la formation. « L’entraînement olfactif semble surtout fonctionner quand les participants ont un défi à relever. Une exposition passive ne marche pas vraiment », a noté M. Frasnelli.

Par contre, l’imagerie par résonance magnétique a mis en lumière une plus grande taille du bulbe olfactif et une plus grande épaisseur du cortex entorhinal droit de ces étudiants, comparativement à ce qui a été observé chez des employés en administration de l’ITHQ, qui ont servi de population contrôle.

Ces résultats concordaient avec des observations effectuées dans des études antérieures qui avaient montré une augmentation du volume du cortex orbitofrontal des parfumeurs et du cortex entorhinal droit des maîtres sommeliers par rapport à des contrôles. « L’augmentation du volume de ces structures cérébrales impliquées dans le traitement de l’olfaction et le nombre d’années d’expérience étaient corrélés positivement », a souligné le scientifique.

Les chercheurs ont également découvert que « des stimulations gustatives et visuelles modulaient la perception olfactive, avec un effet amplificateur particulièrement marqué avec le goût », ce qui démontre qu’on peut « augmenter l’olfaction par la stimulation d’autres canaux sensoriels ». « La stimulation multisensorielle s’avère même supérieure à l’entraînement classique », a indiqué M. Frasnelli.

Pour sa part, le Dr Renteria a affirmé qu’un entraînement olfactif de trois mois (à raison de deux séances par semaine, lors desquelles on exposait les patients à quatre odeurs différentes) améliorait l’odorat chez plusieurs patients. Lorsqu’il ajoutait à cet entraînement une irrigation nasale de corticostéroïdes pour diminuer l’enflure et améliorer la respiration, les patients connaissaient une amélioration supplémentaire. L’adjonction de suppléments d’oméga-3, qui favorisent la réplication des cellules, permettait un gain additionnel. Et l’administration d’un quatrième traitement, soit l’injection d’une solution de plasma concentré en plaquettes dans la muqueuse nasale, entraînait de nouveaux progrès. « Et ces progrès stimulaient les patients à continuer leur entraînement olfactif », a souligné le spécialiste.

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