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Hoya à la découverte de l’argile sauvage

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Pour plusieurs, la terre argileuse est synonyme de chaussures souillées et de terrains glissants, mais, pour la céramiste Alice Douet, qui est le visage derrière l’entreprise Hoya, il s’agit d’une véritable mine d’or à ciel ouvert.

Inspirée par une formation intensive de trois jours au Kamouraska auprès du céramiste Julien Mongeau, elle s’est lancée dans un projet de recherche de longue haleine pour redonner ses lettres de noblesse à l’argile locale.

Pour moi, revenir à l’essence de mon métier et travailler avec la terre de chez nous, c’était important.

Alice Douet travaille sur son tour.

Alice Douet fait de la poterie depuis maintenant dix ans.

Photo : Radio-Canada / Marguerite Morin

Cette démarche, qui s’inscrit dans une volonté de délaisser les mélanges industriels, vise à cartographier et à comprendre le potentiel artistique des sols de sa région.

Une démarche écoresponsable et réglementée

L’aspect durable est aussi au cœur de sa démarche. Toutefois, pas question pour Alice Douet de creuser n’importe où, puisqu’au Québec, la Loi sur la qualité de l’environnement protège rigoureusement les milieux humides.

Toute l’argile qu’on trouve dans le fleuve, dans les rivières, on n’est pas censé la prendre […] Même prendre un kilo dans la rivière, c’est interdit, parce que ça modifie le trajet de la rivière et ça peut impacter les animaux qui vivent dedans, soutient Mme Douet.

Une entreprise de poterie de l’Estrie a d’ailleurs été sur la sellette pour avoir prélevé de l’argile dans un ruisseau.

Pour respecter les écosystèmes, l’artisane se tourne plutôt vers l’argile terrestre, souvent mise au jour lors de projets d’excavation résidentielle ou de travaux de jardinage.

Des instruments de porterie.

Incursion dans l'atelier de la céramiste Hoya de Saint-Ulric.

Photo : Radio-Canada / Marguerite Morin

De la boue à la poterie : un travail de patience

Transformer une terre brute en un objet délicat, comme une poterie, demande plusieurs semaines de travail minutieux.

Le processus commence par un séchage complet de la matière, suivi d’un broyage à la masse pour la réduire en poudre. Cette dernière est ensuite réhydratée afin d’obtenir un mélange homogène, qui lui passera à travers cinq tailles de tamis différents pour éliminer les roches et le sable.

La dernière étape, et non la moindre, consiste à déterminer la température de cuisson idéale à l’aide d’un petit four de test.

Contrairement aux argiles industrielles, l’argile sauvage réserve des surprises. Qu’elle soit bleue, grise ou rouge, une fois cuite, elle va finir dans les tons de rouge orangé, lance Alice Douet en rigolant.

Bien que ces objets s’avèrent parfois trop poreux pour un usage alimentaire, ils possèdent une valeur esthétique unique, pour y mettre des fleurs ou tout autre objet.

Des mains façonne de l'argile.

Alice Douet façonne habituellement ses pièces, comme celle-ci, avec de l'argile industrielle.

Photo : Radio-Canada / Marguerite Morin

Appel à la contribution citoyenne

Le peu de données gouvernementales sur la composition argileuse des sols agricoles en Matanie complexifie la recherche.

Pour pallier ce manque de données, Mme Douet lance un appel à la population locale lors de sa résidence à la Halte de création à la Place des Rochelais à Matane, qui se déroulera du 7 au 19 août. Elle invite les citoyens à identifier les zones argileuses sur leurs terrains et à lui en apporter un échantillon d’environ un kilo pour ses tests.

Comment reconnaître l’argile ?

Alice Douet donne quelques indices pour reconnaître l’argile :

  • un sol très glissant lorsqu’il pleut
  • une terre compacte qui garde l’empreinte d’un coup de pelle
  • une texture qui s’apparente à de la pâte à modeler gluante
  • souvent de couleur grise dans la région

Si les personnes m’amènent leur argile, je vais pouvoir faire des tests, la caractériser, la tester, voir si elle est [malléable], si elle peut être utilisable au tour, si elle se défait, si elle fond, décrit Alice Douet.

De l'équipement d'artisanat sur une tablette dans un atelier.

L'atelier d'Alice Douet est situé à Saint-Ulric en Matanie.

Photo : Radio-Canada / Marguerite Morin

Plus qu’une simple quête de matière première, ce projet est une invitation à poser un regard neuf sur notre environnement, selon Alice Douet. Je veux montrer qu’on peut en faire de belles choses, qu’il faut aimer nos sols et notre environnement, conclut l’artisane.

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