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Loin du silence des cliniques classiques, le ronronnement d’une machine à coudre accueille les patients de la All Nations Healing House à Williams Lake, l’un des rares centres de santé primaire pour les Premières Nations en Colombie-Britannique.
Marge Noisecat appuie délicatement sur la pédale. Sur la ceinture qu’elle confectionne, des points de finition évoquent des empreintes de pattes d’oiseaux. Un colibri y est aussi brodé, symbole de sagesse, de force et de courage. Et l’oiseau préféré de sa mère.
Chaque mardi, cette aînée secwépemc passe la journée au centre de santé autochtone, ouvert en 2022. Elle vient coudre, rire, discuter et transmettre ses connaissances, mais aussi se faire soigner. Elle préfère éviter l’hôpital, pourtant situé à quelques rues de là.
Toutes les villes devraient avoir une place comme ça!, lance-t-elle.

À Williams Lake, à quelque 550 kilomètres au nord de Vancouver, la All Nations Healing House propose une autre façon d’aborder la santé : des soins primaires, mais aussi des activités culturelles, des soins traditionnels, de l’accompagnement et un espace où les patients peuvent simplement se sentir à l’aise.
Ici, la santé dépasse le cadre clinique pour offrir un environnement sécuritaire face au racisme dénoncé dans le rapport In Plain Sight il y a six ans. Et le modèle fait des petits : près d’une quinzaine de ces centres sont en voie d'ouvrir pour corriger les inégalités en santé publique et offrir des soins culturellement sécuritaires.
Le choix d'implanter ce centre pionnier à Williams Lake, une ville nichée dans une vallée au bord d'un immense lac, s'est imposé comme une évidence. Établie sur le territoire ancestral des Secwépemc (Shuswap), la municipalité compte plus de 24 % d’habitants autochtones.
Elle est aussi marquée par une longue histoire de méfiance envers le système de santé.
D’aussi loin que je me souvienne, il y a un véritable racisme à l’égard des Premières Nations dans la ville, affirme Connie Jasper, directrice des services de santé du gouvernement national Tŝilhqot’in, dont les bureaux sont à Williams Lake.
« Nous entendions dire qu’au service des urgences de l’hôpital, beaucoup de gens avaient le sentiment d’avoir été traités injustement et qu’il y avait un certain racisme. »
Pour de nombreux membres des Premières Nations, l’hôpital traditionnel reste un lieu marqué par des heures d’attente anxieuse et un racisme systémique persistant.
Publié il y a près de six ans, le rapport d'enquête In Plain Sight levait le voile sur une réalité brutale : 84 % des Autochtones de la Colombie-Britannique déclaraient avoir subi du racisme et de la discrimination directe dans le réseau de la santé.

Ce racisme constitue un frein majeur à la consultation préventive. Par peur d'être jugés ou ignorés, les patients retardent leurs soins de routine, ce qui détériore gravement leur état au fil du temps. Résultat : les membres des Premières Nations sont 80 % plus susceptibles de devoir se rendre aux urgences et leur taux d'hospitalisation pour des causes évitables demeure près de trois fois supérieur à celui du reste de la population.
Il a toujours été évident qu’il y avait du racisme dans le système de santé, et plus largement dans un système prédominant blanc, constate avec gravité Wayne Wallace, directeur exécutif de la Régie de la santé des Premières Nations (FNHA).
C’est triste qu’il ait fallu un rapport officiel pour qu'on nous écoute, mais maintenant, nous pouvons pointer le problème du doigt avec précision et agir. Notre mandat est clair : transformer le système.
Né de ce constat amer, le modèle du centre de santé comme la All Nations Healing House s’impose aujourd’hui comme un pas essentiel en parallèle à la transformation du milieu de santé.
Cet article est le premier d’une série consacrée à la décolonisation du système de santé en Colombie-Britannique.


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