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Goldnadel : «Cette commission d’enquête qui dérange tant la gauche»

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FIGAROVOX/CHRONIQUE - En dénonçant l’« agressivité » de la commission parlementaire sur l’audiovisuel public, les médias de gauche révèlent leur indulgence pour un système subventionné et peu habitué à rendre des comptes, malgré ses dérives criantes, regrette notre chroniqueur.

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il vient de publier Vol au-dessus d’un nid de cocus (Fayard, 2025). Il est également président d’Avocats sans frontières.


Le Monde de ce samedi fait feu sur la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public et son rapporteur, Charles Alloncle, coupables selon le quotidien d’agressivité à l’égard de la vénérable et par lui vénérée institution radiophonique. Remarquons dès l’abord que le journal avait fait moins cas de la combien plus belliqueuse attitude du député insoumis Aurélien Saintoul lorsqu’il cherchait pouilles dans une commission d’investigation antérieure à ce que les férus d’astronomie médiatique nomment la galaxie Bolloré. Il est vrai, pour tenter de défendre Le Monde, que l’audiovisuel public et ses membres n’ont pas été accoutumés à la critique acérée et que leur épiderme est tendre. La noblesse journalistique subventionnée peut ressentir une manière de crime de lèse-majesté.

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Les deux semaines qui viennent de s’écouler ont permis des révélations désagréables au plan financier ou médiatique et le rapporteur Alloncle fait montre d’un esprit de transparence sans tempérance qui confine, dans l’esprit prude et sensible de la gauche médiatique, à la crudité pornographique. C’est ainsi, sur le plan financier, et dans un contexte de quasi-faillite publique, que les Français savent désormais que les salariés de Radio France bénéficieraient en moyenne de 14 semaines de congés payés par an, contre seulement 5 semaines pour la majorité de leurs concitoyens. Ils savent à présent qu’avec une moyenne de 72 000 euros, les salariés de France Télévisions figurent parmi les 9 % des Français les plus riches. Une trentaine de directeurs dépassent les 200 000 euros annuels, soit davantage que le président de la République. Plus de cinquante cadres bénéficient aussi de voitures de fonction, parfois avec chauffeur, pour des avantages en nature dépassant 30 000 € par an.

Delphine Ernotte n’a pu que reconnaître lors de son audition que ces niveaux de rémunération pouvaient choquer, mais a cru pouvoir les justifier par ce qu’elle a nommé « l’histoire salariale » de France Télévisions, qu’elle avoue avoir du mal à réformer. Un esprit caustique serait tenté de parler de privilèges indus défendus par une caste syndicale omnipotente dans la Maison ronde. À ce sujet, et sans que l’auteur de cette chronique feigne l’indifférence, on apprenait la semaine dernière que, pour la première fois, le syndicat Force ouvrière de France Télévisions – très attaché au pluralisme – était arrivé en tête aux élections professionnelles. Allié désormais au syndicat CFE-CGC, il a fait perdre son pouvoir historique à une CGT qui régnait jusque-là en maître.

Les Français savent à présent qu’en pleine crise du Covid, France Télévisions avait dépensé 1,5 million d’euros en frais de réception. La présidente Delphine Ernotte a cru devoir justifier ces dépenses en affirmant qu’il s’agissait notamment de plateaux-repas destinés aux journalistes et techniciens, selon ses mots solennels et émouvants, « en première ligne » durant la pandémie. Sauf que le rapporteur, pertinent mais peu diplomate, a cruellement observé l’indécence de cette image guerrière quand on sait que les soignants n’avaient jamais bénéficié de tels avantages dans des circonstances autrement plus pénibles et périlleuses.

Il semble être dans l’ADN de la gauche médiatique ou politique de ne pas accepter pour elle-même ce qu’elle accepte pour ses adversaires.

Mais l’information, sinon la plus importante, du moins la plus choquante qui aura été révélée pendant les débats, relative aux finances d’une entreprise publique en état de quasi-faillite, concerne les frais de déplacement au Festival de Cannes de la présidente de France Télévisions et de sa suite, avec des chambres d’hôtel facturées 1 700 € la nuit. La présidente a cependant estimé que ces dépenses (réglées par des sociétés de production en lien avec l’entreprise) se justifiaient par le travail accompli sur place. Les Français, désormais édifiés, apprécieront. La semaine dernière, ce furent les membres de France Inter à être sur la sellette. Et ici encore, leur manque d’habitude à devoir rendre compte, malgré leur statut de personnel public, a pu apparaître comme une épreuve cruelle.

La directrice de France Inter, Sibyle Veil, n’a pas vu de problème à ce qu’un journaliste qualifie sur ces antennes le Hamas de « mouvement de libération ».

Certaines émissions de France Inter ont été investiguées par la commission. C’est ainsi que dans Zoom Zoom Zen, ce que j’ai coutume d’appeler un humoriste de service public à sens inique a fait rire l’assemblée en affirmant que « des femmes blanches mériteraient de prendre leur pétée (sic) avec un Antillais ». Interrogée par le rapporteur sur cette déclaration qu’un esprit chagrin pourrait considérer à la fois comme sexiste et raciste – s’il s’agissait d’autres chromatismes –, la direction s’est réfugiée derrière l’humour avec compréhension. On remarquera à ce stade que Tex et Michel Leeb ont disparu depuis longtemps de la télévision. Le premier a été exclu de France 3 pour une blague sur les femmes battues, le second ne pourrait plus imiter l’accent africain pour plaisanter. Humour à sens inique, donc.

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Une autre figure de France Inter et de Zoom Zoom Zen a été mise en question, en la personne de Mahaut Drama. Celle-ci a participé à un débat organisé par Mediapart intitulé : « Comment lutter contre l’extrême droite ? ». Dame Drama y a appelé à « prendre les armes » et à mener une « révolution » en cas de victoire pourtant démocratique de Marine Le Pen. La direction n’y a pas vu de danger de partialité avérée malgré les strictes obligations d’objectivité prévues dans le cahier des charges particulier d’une station publique subventionnée. Dans un esprit philosophique assez équivalent, il a été relevé que Bertrand Rutily avait relayé sur X : « La jeunesse emmerde le Front national ». Il se trouve que M. Rutily est accessoirement directeur des antennes et de la production de France Inter, et était jusqu’en 2023 conseiller municipal EELV, et que le rapporteur, avec son esprit chagrin, doute de sa neutralité administrativement requise.

À lire aussi Goldnadel : «L’affaire Sarkozy révèle une faillite judiciaire et une faillite de l’audiovisuel public»

Une question qui me tient, sans doute excessivement, à cœur a également été abordée. Il s’agit de la question israélo-palestinienne. La directrice de France Inter n’a pas vu de problème à ce qu’un journaliste qualifie sur ces antennes le Hamas de « mouvement de libération ». Il est vrai, sans vouloir le défendre, qu’à l’instar de l’AFP, ce mouvement pourtant classé officiellement terroriste n’est jamais nommé comme tel sur Inter, mais, plus aimablement, « islamiste ». Tous les bilans victimaires invérifiables que ce Hamas a diffusés durant le conflit ont été relayés à chaque heure par la radio publique sous couvert de sa « Défense civile », sans qu’elle précise qui se cachait derrière. Tant et si bien que j’ai été conduit à écrire à plusieurs reprises que jamais, dans l’histoire de l’information, la propagande d’un mouvement terroriste n’aura été diffusée aussi abondamment qu’impunément dans un conflit.

Le rapporteur, excessivement suspicieux sans doute, s’est également posé à voix haute la question de savoir comment la responsable de la revue de presse d’Inter, Nora Hamadi, aurait l’objectivité requise pour sélectionner les articles, alors qu’elle a manifesté ouvertement sa sympathie admirative pour les messages de Rima Hassan quelques jours après le 7 octobre. Je pourrais multiplier ad nauseam les multiples et graves manquements relevés par le rapporteur, mais, précisément, je ne veux pas indisposer mon lecteur. Je ne puis cependant, pour l’anecdote éclairante, m’empêcher de relayer ce message, d’abord nié puis admis, publié sur Slash TV, prisé de la jeunesse, et qui vise à obtenir des fonds pour le Comité de soutien à Adama Traoré. Retour et fin sur l’article du Monde. Il est parfaitement cohérent idéologiquement : même indulgence pour La France insoumise, même soutien de l’immigration massive et même hostilité à l’État d’Israël, notamment. Tout cela fait lien. La grande différence, c’est que personne ne m’oblige à acheter Le Monde.

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