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Fukushima : des « communautés microbiennes inattendues » sous les réacteurs !

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Alors que ses réacteurs ont été irréparablement endommagés en 2011, la tristement célèbre centrale de Fukushima est en cours de de démantèlement. Il y a quelques mois, une enquête traitait d’une explosion des cas de cancer chez les jeunes dans la région mais il faut savoir qu’une autre étude datant d’il y a deux ans est passé assez inaperçue. Cette dernière concernait une prolifération de microbes dans les déchets radioactifs présents sous les réacteurs.

Des bactéries ne présentant aucune résistance particulière à la radioactivité

Pour rappel, la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a été gravement endommagée par un séisme en mars 2011, puis par un tsunami dévastateur à l’origine de la fusion de trois réacteurs. Depuis, le traitement des déchets radioactifs et le démantèlement de la centrale sont en cours. Toutefois, les répercutions sur la santé publique sont aussi d’actualité. En effet, une enquête parue en septembre 2025 traitait d’une explosion des cas de cancer de la thyroïde, ainsi que des actions en justice menées par les victimes malgré le déni des autorités nippones et des responsables de la société en charge de la centrale, TEPCO.

Avec le temps, l’actualité autour de la centrale de Fukushima est logiquement de moins en moins abondante. Toutefois, certaines recherches n’ont pas fait grand bruit dans les médias, notamment une étude parue dans la revue Applied and Environmental Microbiology en 2024. Pilotés par l’Université Keio à Tsuruoka (Japon), ces travaux ont démontré que durant la période d’abandon de la centrale, avant le début du démantèlement, de l’eau s’est infiltrée dans les déchets radioactifs toujours présents sous les réacteurs, possiblement à l’origine d’une prolifération de nombreux microbes.

Les biologistes ont réalisé des prélèvements dans l’eau hautement radioactive de la salle abritant la piscine de suppression de pression de la centrale. Avant les analyses, les chercheurs s’attendaient à découvrir des espèces résistantes aux radiations, comme ce fut auparavant le cas à Tchernobyl. Pourtant, les experts ont étonnamment retrouvé diverses espèces de bactéries dont aucune  n’apparaissait dans la liste de celles résistantes à la radioactivité. Ainsi, la survie et la prolifération de ces microbes représentait une énigme pour les scientifiques.

microbes FukushimaCrédit : Kanai et al., Applied and Environmental Microbiology., 2024

La formation d’un biofilm protecteur

Au fil de leur enquête, les auteurs ont découvert que le mélange de l’eau destinée à refroidir les réacteurs avec celle provenant de la mer a généré un biofilm, c’est à dire une communauté de micro-organismes formant une surface adhésive et protectrice. Or, ce biofilm présent sur les parois métalliques de la salle aurait constitué une protection supplémentaire contre les radiations. Par ailleurs, étant donné que la présence de microbes peut gêner le nettoyage dans le cadre du démantèlement, les biologistes ont également analysé plus en profondeur les bactéries retrouvées, afin d’identifier celles causant le plus de corrosion. L’objectif était de les cibler en priorité afin d’empercher la dégradation des métaux lors du démantèlement.

« Ces communautés bactériennes présentaient une diversité inférieure à celle des échantillons environnementaux prélevés dans la préfecture de Fukushima. On suppose que les communautés bactériennes de l’eau de la chambre torique proviennent d’un environnement mixte composé de groupes microbiens marins naturels et de groupes bactériens présents dans les biofilms et les boues générés en milieu artificiel. », peut-on lire dans l’étude.

Les chercheurs se sont donc intéressés à un autre élément, à savoir le fait que de nombreux microbes retrouvés dans la fameuse salle prospèrent aussi dans l’océan. Ainsi, il est possible que les vagues du tsunami de 2011 soient à l’origine du transport de ces bactéries ou encore, que certaines de leurs adaptations au milieu marin leur permettent également de survivre et proliférer dans des déchets radioactifs, au sein d’un réacteur nucléaire à l’arrêt.

Yohan Demeure

Rédigé par Yohan Demeure

Licencié en géographie, j’aime intégrer dans mes recherches une dimension humaine. Passionné par l’Asie, les voyages, le cinéma et la musique, j’espère attirer votre attention sur des sujets intéressants.

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