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Les Parisiens passent au-dessus chaque jour : sous leurs pieds se cache une station de métro abandonnée depuis près d’un siècle

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Un quai carrelé, des panneaux indicateurs vissés dans le vide, l’écho sourd des rames qui passent sans jamais s’arrêter. La station Haxo, enfouie sous le boulevard Sérurier dans le 19e arrondissement, détient un record absolu dans l’histoire du métro parisien : construite en 1921, elle n’a jamais accueilli le moindre voyageur. Pas un seul. Cent ans d’existence souterraine, strictement fantôme depuis sa naissance. Chaque jour, des centaines de milliers de Parisiens circulent à quelques mètres au-dessus sans même le soupçonner.

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À retenir

  • Une station de métro construite mais jamais utilisée : aucun voyageur depuis 1921
  • Pourquoi un projet techniquement achevé est resté scellé sous terre pendant un siècle
  • Paris abrite 13 stations fantômes aux destins très différents, dont certaines devenues studios de cinéma

Sommaire

  1. Une station construite pour ne jamais servir
  2. Le Paris souterrain que personne ne voit
  3. Ces fantômes ont une seconde vie
  4. Comment l’approcher, ne serait-ce qu’une fois

Une station construite pour ne jamais servir

Haxo se trouve sur la voie de raccordement entre les lignes 3 bis, à la station Porte des Lilas, et 7 bis, à la station Place des Fêtes. L’idée de départ était rationnelle, presque banale : dans les années 1920, l’objectif était de relier les deux stations par une navette, qui ne verra finalement jamais le jour. Un projet de correspondance technique, pensé à une époque où Paris cherchait à densifier son réseau à toute vitesse.

La complexité des travaux et les coûts supplémentaires ne trouvèrent pas leur justification dans la faible fréquentation attendue sur cette partie de la ligne. Pas assez utile, pas assez rentable en somme, pour donner vie à cette station, dont l’ouverture fut d’abord repoussée avant d’être complètement abandonnée. Le chantier était pourtant quasiment achevé. Un simple service de navette, sans arrêt, fut lancé à partir de 1921, mais rapidement abandonné par manque de voyageurs et, par ricochet, de rentabilité.

Ce qui distingue Haxo de toutes les autres stations désaffectées de la capitale, c’est son degré radical d’inachèvement. La station n’a jamais vu passer un seul voyageur, et ses accès extérieurs n’ont même jamais été construits. Conséquence directe : elle n’a pas de sortie en surface. Tout se passe sous terre, dans un couloir condamné du métro. Une station sans porte d’entrée. Sans escaliers vers le ciel. Un espace qui n’a existé, depuis le premier jour, que pour lui-même.

Le Paris souterrain que personne ne voit

Ce patrimoine invisible et mystérieux compterait 13 stations parisiennes fermées, des espaces souterrains inaccessibles du grand public et qui racontent une part d’histoire. Parmi elles, toutes ne partagent pas le même destin que Haxo. Certaines ont au moins connu l’effervescence d’une inauguration, le bruit des foules, avant d’être condamnées. La station Arsenal, par exemple, a été ouverte le 17 décembre 1906 lors du prolongement de la ligne 5, puis fermée le 2 septembre 1939 en raison de la mobilisation des employés de la CMP pour la Seconde Guerre mondiale. À Arsenal, les métros passent mais ne s’arrêtent jamais. Inaugurée en 1906, cette station a été effacée des plans. Les quais, aujourd’hui recouverts d’une épaisse couche de poussière noire, n’accueillent plus de voyageurs depuis huit décennies.

Le mécanisme de la fermeture en masse est daté avec précision. La plupart de ces stations, fermées en septembre 1939, n’ont jamais été remises en service. À Paris, la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris, ancêtre de la RATP, avait manqué de personnel. La guerre a gelé le réseau, et ce gel n’a jamais vraiment fondu. Les stations trop proches les unes des autres, jugées dispensables, ont simplement disparu des plans, comme on efface un nom sur une liste. Alors que l’arrêt n’est plus marqué depuis septembre 1939, c’est seulement dans les années 1970 que la station Champ-de-Mars disparaît du plan du métro. Trente ans à figurer nulle part.

Ces fantômes ont une seconde vie

Les stations n’ont pas toutes sombré dans le néant complet. Arsenal, jamais rouverte car trop proche des stations voisines, est utilisée par la RATP pour la formation des agents du département de maintenance des équipements électroniques. Elle sert à des tests d’équipements lumineux, d’aménagements ou de décors. Une station-laboratoire, invisible du commun des mortels.

La voisine d’infortune de Haxo, la station Porte des Lilas-Cinéma, a suivi une trajectoire plus lumineuse. Elle deviendra un lieu bien connu des cinéphiles : une station dédiée aux tournages de films ou de publicité, qui servira notamment de décor pour Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Les panneaux et les noms des stations sont à chaque fois réadaptés selon les films. Par exemple, « Tuileries » pour Paris je t’aime, « Abbesses » pour Amélie Poulain ou encore « Gare de l’Est » pour Une époque formidable. Environ cinq films s’y tournent par an. Un studio souterrain à ciel fermé, à deux pas de la vraie ligne en service.

Haxo, elle, reste dans un entre-deux. Station fantôme au sens pur du terme, un quai sans public, un lieu uniquement visible depuis des trains de service. Elle sert surtout de terrain de jeu pour les grapheurs et d’espace pour stocker les rames du métro hors des heures de circulation. Loin du glamour d’un plateau de cinéma. Une anecdote la distingue pourtant : elle fut utilisée comme plateau de tournage pour un film d’horreur dans les années 1980. Logique, finalement, pour un endroit où personne n’a jamais mis le pied.

La frustration du passionné de patrimoine est réelle : ces stations fantômes n’apparaissent pas sur les plans de la RATP et sont inaccessibles au grand public. Pour accéder exceptionnellement à Arsenal, il faut être accompagné de personnels de la RATP pour des raisons de sécurité. Quant à Haxo, la station, qui ne dispose d’aucun accès extérieur, reste depuis un siècle la seule du réseau à n’avoir accueilli aucun voyageur. Seules exceptions : quelques visites organisées par des associations.

La station est un passage quasi obligé des balades nocturnes de passionnés et des ferrovipathes organisées par l’association ADEMAS, accessibles à tous lors des Journées du Patrimoine. C’est là, une ou deux fois par an, que le mur entre le Paris visible et le Paris enfoui se lézarde un instant. On peut la visiter ponctuellement lors des Journées du Patrimoine, en métro Sprague-Thomson. Un wagon d’époque, une voie que personne n’emprunte jamais en temps normal, et soudain la station surgit : carrelage intact, quais vides, silence de cathédrale à vingt mètres sous l’asphalte du 19e.

La RATP a été interrogée à plusieurs reprises sur l’avenir de ces espaces. En 2014, Nathalie Kosciusko-Morizet, alors candidate UMP à la mairie de Paris, avait proposé de transformer les points d’arrêt désaffectés en « lieux de convivialité ». Un projet que la RATP juge toujours « irréaliste », en raison des nombreuses règles de sécurité en vigueur dans les tunnels. Une fusion des lignes 3 bis et 7 bis est pourtant envisagée, qui utiliserait les voies existantes pour former une nouvelle ligne. Haxo pourrait alors ouvrir après le creusement d’un accès depuis la voie publique. Un siècle d’attente pour peut-être, enfin, accueillir son premier passager.

Sources : outgomag.com | france3-regions.franceinfo.fr

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