NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Frank Furedi a été trotskiste, communiste, libertaire anti-étatiste, anti-wokiste et enfin orbaniste. Un expert du grand écart ? Non, un fidèle de la liberté, et un fidèle du peuple, répond-il ! Ce Canado-Hongrois est désormais à Bruxelles pour défendre le populisme: «la démocratie en action». Portrait d’un aventurier-sociologue.
Un nouveau front souverainiste s’ouvre à Bruxelles. Le 23 septembre, le sociologue canado-hongrois Frank Furedi annonçait la création de Freedom and Sovereignty Initiative-Europe, un think tank au service d’une Europe des nations. De quoi fournir des arguments aux partisans d’une autre Union Européenne, qui défende ses frontières, respecte ses démocraties, s’affranchisse du malthusianisme écolo et cesse enfin de saper la liberté d’expression. Une soirée de lancement est annoncée à Bruxelles le 14 octobre. Mais l’UE est-elle réformable ? Nul ne peut préjuger de l’efficacité d’une telle initiative intellectuelle visant à rectifier la trajectoire du paquebot bureaucratique européen. C’est, quoi qu’il advienne, l’occasion d’aller à la rencontre de Frank Furedi pour l’interroger sur son œuvre prolifique, son parcours – celui d’un ex-trotsko devenu compagnon de route du parangon de l’anticommunisme Viktor Orbán – et bien sûr converser sur son dernier livre : In Defence of Populism[1] (Plaidoyer pour le populisme).
Populiste toi-même !

Populiste : le mot, à connotation péjorative, est généralement utilisé par les ennemis de la chose. Malgré une littérature universitaire pléthorique, il n’y a pas de consensus sur sa définition. Du reste, personne, ni aucun parti ne se revendique du populisme. Le populiste, c’est l’autre ! Dans son livre, Frank Furedi visite le catalogue d’insultes niché dans les publications académiques et les déclarations politiques. C’est sans limites. Le « virus populiste », raciste et xénophobe, infecte l’Occident. C’est une nouvelle pandémie. D’où le cordon sanitaire, vital pour ostraciser les partis concernés. Quant au vulgum pecus séduit par les sirènes populistes, les électeurs de Donald Trump, par exemple ? « Des déplorables » (Hillary Clinton, 2016), « des détritus » (Joe Biden, 2024).
Frank Furedi assimile le populisme à un état d’esprit plutôt qu’une idéologie : « Le populisme est engagé dans une opération de sauvetage culturel. Il s’agit de préserver un mode de vie. Ce mouvement se définit par son aspiration à la solidarité ; il ressortit à un registre pré-politique qui valorise la famille, la communauté, le legs du passé, la nation. Les peuples refusent d’être considérés comme des masses sans instruction, irrationnelles et indignes de confiance. Ils veulent que leur voix soit entendue. En quoi ils montrent une disposition positive pour la vie publique. Le populisme incarne la démocratie en action. Voilà pourquoi j’ai écrit ce livre. Il me paraît crucial de préserver cette impulsion démocratique. »
Or, l’idéologie postnationale de l’UE vient bousculer la conception de la citoyenneté, au fondement de l’exercice démocratique. Dans son Substack intitulé « Roots and Wings » (« Des racines et des ailes »), Furedi qualifiait récemment le drapeau européen d’antipatriotique. Mais où se situe la loyauté de cet universitaire d’origine hongroise ayant vécu au Canada et mené carrière au Royaume-Uni ? « Émotionnellement, je suis hongrois, c’est ma langue préférée. Intellectuellement, je suis plutôt anglais. Je ressens une forte loyauté envers ce pays d’autant que ma femme et mon fils sont anglais, tout comme mes amis. Le seul dilemme survient quand l’Angleterre et la Hongrie s’affrontent au football. Je soutiens toujours la Hongrie. »
Sa famille quitte la Hongrie quand il a neuf ans
Sa famille quitte Budapest en 1956. Frank a 9 ans. « Mon père dirigeait le 5e district des conseils de travailleurs[2] à Budapest. Ma grande sœur faisait venir des vivres de la campagne pour soutenir la révolte étudiante. Une fois le soulèvement maté par les Soviétiques, il était impensable qu’on reste en Hongrie. » Ils trouvent refuge à Montréal. Furedi y passe douze ans, mais conservera peu de liens avec le Canada hormis un passeport qui lui confère la double nationalité. Après une licence à McGill (Montréal), il poursuit ses études à Londres : un master, puis un doctorat à l’École des études orientales et africaines. Sa thèse porte sur la révolte des Mau Mau au Kenya.
Péter Magyar célèbre la victoire de son parti Tisza aux élections législatives, Budapest, 12 avril 2026 (C) Alexander Ryumin/TASS/SipaLes années de formation se doublent d’un militantisme très seventies au sein de groupuscules d’extrême gauche antistaliniens. De schismes en recalibrages théoriques, il finit par fonder le Revolutionary Communist Party. Avant de définitivement disparaître en 1996, le RCP évolue vers des positions libertaires anti-étatistes et lance ce qui deviendra Spiked, un média numérique en première ligne du combat culturel contre le wokisme. À contre-courant du malthusianisme écologiste, Spiked plaide pour une société d’abondance et revendique un humanisme radical, d’où sa devise « Humanity is underrated » (« L’humanité est sous-estimée »).
Bad boys and girls
Pendant 30 ans, Furedi enseigne la sociologie à l’université du Kent où il est maintenant professeur émérite. Mais depuis 2022, son camp de base se trouve à Bruxelles. Il y dirigeait le Mathias Cornivus Collegium Brussels (MCC Brussels), un think tank créé dans le cadre des relations houleuses entre Viktor Orbán et l’UE. « Un jour, à Londres, je rencontre Balázs Orbán, conseiller politique de Viktor Orbán, alors Premier Ministre. Vu la virulence des attaques de l’UE, je lui suggère de créer un think tank à Bruxelles. Vous pourriez vous en charger ? » me dit-il. Furedi relève le défi et embauche une poignée de chercheurs dans divers domaines, arts, politique, sciences sociales, une équipe qu’il qualifie de « bad boys and girls ». Objectif : scruter et documenter ce qui se passe dans les institutions européennes, organiser des conférences, inviter des chercheurs, élargir le cercle de réflexion.
Prôner l’Europe des nations en plein quartier européen, près du rond-point Schuman, au cœur du réacteur, n’est pas une promenade de santé. « Comme dans un film hollywoodien, on passe notre temps à esquiver les embûches. Les bourgmestres socialistes de Bruxelles annulaient nos conférences, prétextant des menaces à l’ordre public. Nous avons eu des problèmes constants avec les antifas. Nous avons subi les attaques des ONG qui ont tout fait pour nous exclure du registre de transparence de l’UE[3]. Il faut se battre sans arrêt. Mais c’est une bonne expérience, on développe toutes sortes de tactiques », raconte non sans gourmandise cet homme de 79 ans qui ne déteste pas la bagarre.
Le changement de régime consécutif aux élections hongroises de mai 2026 ne va pas lui simplifier la vie. Le nouveau Premier ministre Péter Magyar a juré d’en finir avec le système Orbán et n’a pas attendu pour agir. Son parti Tisza, majoritaire au Parlement, a modifié la Constitution pour destituer le président de la République proche du Fidesz. Le 6 juillet, la télévision nationale a suspendu ses programmes et diffusé ce message sur un fond d’écran noir : « Les médias de service public ne devraient pas mentir. Nous demandons pardon de vous avoir menti toutes ces années. » Le 22 juillet, c’est le procureur général qui était poussé à la démission. « C’est une chose de placer des gens à soi lors d’une alternance démocratique. C’en est une autre de saccager la constitution, d’humilier ses opposants, commente Furedi. Quand Orbán a apporté des changements à la constitution, c’était au terme de plusieurs mois de consultations. Ce qui se déroule actuellement en Hongrie ressemble à une purge – sans aucune réaction de l’UE, soit dit en passant. »
Le 3 septembre, Furedi démissionnait de son poste de directeur de MCC Brussels. « Le gouvernement hongrois a fait pression sur les deux conglomérats qui nous finançaient. Mon staff n’a pas été payé. Ils nous ont coupé les vivres, façon de se faire bien voir de l’UE. » Ni une, ni deux, Furedi reprend les armes et lance FSI Europe. La quasi-totalité de son équipe continue le boulot bénévolement en attendant de nouveaux mécènes.
Rat de bibliothèque
Quelle est la vraie nature de Furedi ? Agitateur politique ou sociologue de bibliothèque ? « Jamais je ne délaisserai l’écriture ; c’est ce que j’aime le plus. Mais m’impliquer sur le terrain nourrit ma réflexion. Le combat entre les blocs populiste et antipopuliste est, plus que jamais, au cœur de la vie politique européenne. » C’est précisément le propos de son dernier ouvrage. Sa bibliographie est en prise directe avec son temps. À preuve quelques-uns des titres de ses 26 livres : La guerre contre le passé : pourquoi l’Occident doit se battre pour son histoire ; Comment la psychologie sape notre humanité ; Réapprendre à tracer des frontières ; La Culture de la peur ; Le Pouvoir de la lecture, de Socrate à Twitter ; Parents paranos.
Quel thème traverse son œuvre ? « Je suis plutôt connu pour mes travaux sur la peur et le risque. Mais un éditeur m’avait fait remarquer que le thème de l’autorité apparaissait dans la plupart de mes écrits. Il m’a suggéré d’y consacrer un livre[4]. Lequel n’a pas eu grand succès. Mais c’est la chose la plus importante que j’ai accomplie. À une époque où la société perçoit l’autorité de manière négative, il fallait explorer cette question. Ce thème imprègne mes écrits sur l’éducation, l’identité, le rapport à l’histoire, la confiance dans les institutions ». L’œuvre de Furedi est traduite dans le monde entier. Pas en France. Avis aux éditeurs !
[1] In Defence of Populism, Polity Press, mai 2026.
[2] Les conseils de travailleurs coordonnaient les grèves pendant la révolte de 1956.
[3] Qui répertorie les lobbyistes et groupes de pression. Y figurer offre un accès institutionnel indispensable pour s’informer des décisions prises au sein de l’UE.
[4] Authority : A Sociological History, Cambridge University Press, 2013.


3 hour_ago
52


























.jpg)






French (CA)