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TRIBUNE - Dans son hommage à Edgar Morin, Emmanuel Macron invite à « penser complexe » et à pratiquer le « courage de la nuance ». Or, au même moment, il légifère sur la fin de vie avec la certitude du gestionnaire, trahissant la leçon de Morin comme celle de son autre maître, Paul Ricœur, analyse le politiste Laurent Frémont*.
* Entrepreneur social, Laurent Frémont enseigne l’histoire des idées politiques à l’Institut catholique de Paris et le droit constitutionnel à Sciences Po.
C’est l’une des plus jolies fables de la Ve République finissante. Le disciple fervent penché sur les manuscrits du grand philosophe, l’assistant éditorial dévoué, l’héritier d’une pensée subtile qui aurait éclairé chaque arbitrage de l’Élysée. Voilà des années que l’on nous sert ce roman de formation, dont la morale est claire : si Emmanuel Macron lit Ricœur, c’est qu’Emmanuel Macron pense ; l’énarque banquier est aussi un homme de réflexion. Nul n’a jamais songé à en vérifier la prémisse, tant elle arrange tout le monde. Reste qu’à l’heure où l’exécutif pousse l’« aide à mourir » avec un zèle quasi missionnaire, on aimerait savoir ce qu’il subsiste vraiment du maître dans cette ardeur constante pour la mort provoquée. Car, s’il fallait résumer Ricœur d’un mot, ce serait le doute. Et s’il fallait résumer la manière dont son…


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