Une crise historique vaut bien un néologisme. Jusqu’ici, Weingraben était un village autrichien proche de la frontière hongroise, riche d’une longue histoire et peuplé d’environ 350 habitants. Désormais, pour beaucoup, c’est une nouvelle facette du fameux Röstigraben qui oppose Alémaniques et Romands sur à peu près tout, et en l’occurrence sur la vigne et le vin. La consommation chute brutalement. Mondial, le phénomène a déjà gagné le pays, et même la Suisse romande. Il ne faiblira pas. Conséquence de cette crise: dans les cantons du Valais, de Vaud et de Genève, les cuves sont pleines et les prix s’effondrent.
Au moment où les vignerons récoltent un millésime précoce mais prometteur, beaucoup savent déjà qu’ils ne rentreront pas dans leurs frais. Certains ne recevront même rien, pour la deuxième année consécutive. Ils ne tiendront plus très longtemps. Les encaveurs sont eux aussi en difficulté. Ils se font la guerre sur un marché où leurs produits les moins chers ne peuvent plus concurrencer les vins importés. Depuis une année, et avec le soutien du ministre de l’Economie, Guy Parmelin, les Romands tentent de ressusciter une vieille idée teintée de protectionnisme: conditionner les droits d’importation à l’achat de raisin suisse.
Lire aussi: La crise historique du vin suisse aggrave le «Weingraben» entre Alémaniques et RomandsComme la viande, une vingtaine de produits agricoles bénéficient de pareille protection. La proposition pourrait passer pour légitime. Mais elle a rapidement indigné les négociants. Très organisés, d’intraitables marchands alémaniques ont répondu à de paresseux agriculteurs romands que travailler valait mieux que demander de l’aide. L’affaire semble à ce point enterrée que dans une interview accordée au Temps, Guy Parmelin, résigné, a préféré plaider pour l’exportation: «Si nous pouvons convaincre un million d’Indiens de boire du chasselas avec une croix suisse sur la bouteille, nous aurons déjà fait un bout de chemin.»
Lire aussi: Le président Guy Parmelin sur la crise du vin: «Si nous parvenons à une solution, elle ne sauvera pas tout le monde»Manifestement, la piste indienne ne convainc personne. Pire, elle fâche vignerons et encaveurs. Aujourd’hui, c’est en Suisse alémanique que résident les meilleures chances d’exportations pour les producteurs romands. Il sera toujours plus aisé de séduire ceux qui apprécient les vins italiens ou autrichiens que de convertir ceux qui ne boivent pas. Pour reconquérir les marchés perdus de Zurich, Bâle ou Berne, les Romands devront sillonner le pays et parler la langue des Alémaniques, sur le fond comme sur la forme. Sur le fond, il faudra les comprendre et leur livrer ce qu’ils aiment. Sur la forme, leur dialecte se décline en trois groupes et plusieurs dizaines de parlers qui ne connaissent pas d’orthographe standardisée. Il a malgré tout une étrange forme de beauté. Viu Glück!
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