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Entre relation de confiance et dérive, où placer la limite entre enseignants et élèves ?

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Les relations entre enseignants et élèves reposent sur la confiance, l’écoute et les échanges. Cependant, à l’heure des réseaux sociaux et des communications numériques, la frontière entre proximité pédagogique et relation personnelle peut devenir difficile à tracer. Au Manitoba, une nouvelle directive provinciale vient préciser ces limites. Elle soulève aussi une question : pourquoi n’ont-elles pas clairement été définies auparavant?

Un enseignant qui recommande un livre à un élève, qui prend le temps de discuter de ses difficultés ou encore qui l’encourage à poursuivre ses études : ces interactions font partie intégrante de la vie scolaire.

La relation pédagogique ne se limite pas seulement à la transmission de connaissances, elle repose aussi sur la confiance et la capacité d’un enseignant à accompagner ses élèves. Mais où cette proximité doit-elle s’arrêter?

Cette question prend une nouvelle dimension depuis que le gouvernement manitobain a interdit les communications individuelles en ligne entre le personnel scolaire et les élèves sur des plateformes non surveillées. La mesure vise notamment à prévenir les situations d’inconduite professionnelle, dont certaines peuvent commencer par des échanges numériques inappropriés.

La ministre de l’Éducation et de l’Apprentissage de la petite enfance, Tracy Schmidt, a expliqué que cette initiative répondait à un problème observé dans plusieurs dossiers disciplinaires.

J'ai constaté qu’un schéma récurrent se dégageait de la plupart d’entre eux : des communications inappropriées entre le personnel enseignant ou scolaire et les élèves, a-t-elle affirmé.

La ministre a également insisté sur la nécessité de protéger les élèves tout en donnant des repères plus clairs aux enseignants. Ce que nous cherchons à faire aujourd’hui, c’est d’apporter de la clarté sur ce qui constitue une communication appropriée.

Obligations générales et situations complexes

Au Manitoba, le cadre juridique encadre déjà les relations entre personnel et élèves. Le chapitre 17 de la Loi sur les écoles publiques oblige les commissions scolaires à établir et à mettre en œuvre des lignes directrices écrites sur les interactions appropriées et inappropriées entre les élèves et le personnel.

Ces règles concernent notamment la formation du personnel, la reconnaissance des comportements problématiques, la prévention, le signalement et le traitement des plaintes. La loi permet également aux parents, aux élèves et au public de consulter les renseignements relatifs à ces politiques.

Le Code de déontologie de la Manitoba Teachers’ Society rappelle, pour sa part, que les enseignants doivent reconnaître l’existence de rapports privilégiés avec les élèves et s’abstenir de les exploiter à des fins personnelles.

Le problème tient donc moins à une absence totale de règles qu’à la difficulté de déterminer comment les appliquer à toutes les situations, notamment dans les communications numériques.

La définition légale de l’inconduite professionnelle est d’ailleurs volontairement générale, selon le gouvernement provincial. Celui-ci reconnaît qu’il serait impossible d’énumérer dans la loi tous les comportements susceptibles de constituer une faute, au risque de laisser certaines situations sombrer dans un flou juridique.

Si cette approche laisse une place à l’évaluation des faits, elle rend d’autant plus importantes les directives qui précisent les attentes professionnelles dans des situations concrètes.

Toujours utiliser des moyens de communication professionnels

Pour Joël Ruest, professeur à la Faculté d’Éducation à l’Université Saint-Boniface, la multiplication des moyens de communication a rendu les limites plus difficiles à maintenir.

Joel Ruest.

Joël Ruest souligne l’importance de maintenir une distinction claire entre les relations pédagogiques et les échanges personnels, en privilégiant les canaux de communication officiels des établissements scolaires.

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

On vit dans un monde qui est différent de celui d’il y a quelques années, explique-t-il, en évoquant les réseaux sociaux, les courriels et les téléphones personnels qui permettent désormais aux enseignants et aux élèves de rester en contact en dehors des cours.

Mon conseil aux parents, c’est de toujours utiliser des moyens de communication professionnels de l’école, dit Joël Ruest.

Il insiste notamment sur la nécessité de ne pas utiliser ses comptes personnels pour communiquer avec les élèves. L’objectif étant de maintenir les échanges dans un cadre professionnel et de permettre aux établissements de mieux les encadrer.

Le directeur adjoint de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM), Joel Mangin, défend une approche similaire. Il explique que la division travaillait déjà à l’élaboration d’une directive administrative sur les interactions appropriées avec les élèves, avant même l’annonce provinciale.

On avait déjà prévu de demander à notre personnel de ne pas utiliser des plateformes qui n’étaient pas approuvées par la DSFM, puis de ne pas communiquer avec des élèves par le biais des médias sociaux, précise Joel Mangin.

La division doit néanmoins réexaminer certaines pratiques à la lumière des nouvelles consignes provinciales.

L’exemple de Microsoft Teams illustre bien la difficulté de cette tâche. La plateforme est utilisée dans les écoles pour transmettre des documents, organiser des activités et communiquer des informations pédagogiques. Elle peut donc constituer un outil professionnel légitime, sans que tous les échanges qui y ont lieu soient automatiquement appropriés.

Joel Mangin explique que la DSFM permet les communications nécessaires au quotidien scolaire, comme un rappel concernant un jeu-questionnaire, tout en cherchant à éviter les échanges individuels. C’est l’interaction qui dépasse les limites professionnelles qui nous préoccupe, résume-t-il.

La transparence comme garde-fou

Pour le gouvernement manitobain, la réponse passe notamment par une plus grande transparence des communications.

Il n’y a jamais de raison pour que ces communications aient lieu dans un cadre privé, a affirmé la ministre Tracy Schmidt lors d'une conférence de presse, en précisant que les échanges devaient se dérouler sur des plateformes surveillées et, idéalement, avec la participation des parents.

Tracy Schmidt, ministre de l’Éducation et de l’Apprentissage de la petite enfance du Manitoba.

La ministre manitobaine de l’Éducation, Tracy Schmidt, affirme que la directive provinciale vise à clarifier les communications autorisées entre le personnel scolaire et les élèves afin de mieux protéger ces derniers.

Photo : Radio-Canada / Prabhjot Singh Lotey

Cependant, la ministre a reconnu que les enseignants ont de nombreuses raisons légitimes de communiquer avec leurs élèves. L’objectif annoncé n’est donc pas de supprimer les échanges nécessaires à l’apprentissage, mais d’encadrer les moyens utilisés et de rendre les communications plus transparentes.

La directive provinciale vient ainsi renforcer des principes professionnels déjà établis, tout en cherchant à réduire les différences d’interprétation entre les établissements.

Quant au défi de leur application au quotidien, elle soulève une nouvelle interrogation : comment permettre aux enseignants de maintenir des relations de confiance avec leurs élèves, sans laisser place à des échanges qui échappent au cadre scolaire ?

Même si la confiance est indispensable à l’éducation, les établissements scolaires ont la responsabilité de définir clairement les limites qui permettent de la préserver.

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