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En vivant à l’heure d’été tout l’hiver dès 1968, les Britanniques ont littéralement changé ce qui se passait sur leurs routes à la tombée de la nuit

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Pendant trois ans, le Royaume-Uni a refusé de reculer ses pendules en octobre. L’expérience, baptisée British Standard Time (BST), maintenait GMT+1 toute l’année. Elle s’est déroulée entre le 27 octobre 1968 et le 31 octobre 1971, selon les dates généralement retenues. Le Transport and Road Research Laboratory (TRRL) en a tiré un bilan chiffré : environ 2 700 tués ou blessés graves en moins sur les deux premiers hivers.

Ce chiffre est spectaculaire, mais il demande à être lu de près.

À retenir

  • Le Royaume-Uni a gardé GMT+1 toute l’année de 1968 à 1971.
  • Le TRRL estime à environ 2 700 tués ou blessés graves en moins sur deux hivers.
  • Le matin devient plus dangereux, le soir plus sûr, surtout au nord de l’Écosse.
  • Les Communes rejettent le BST en décembre 1970 par 366 voix contre 81.

Sommaire

  1. Moins de victimes le soir, plus de blessés le matin
  2. Le 2 décembre 1970, les députés tournent la page
  3. Ce que le chiffre de 2 700 dit, et ce qu’il ne dit pas

Moins de victimes le soir, plus de blessés le matin

Le BST n’est pas sorti de nulle part. Une enquête menée pendant l’hiver 1959-1960 auprès de 180 organisations nationales avait révélé une légère préférence pour GMT+1 toute l’année, mais on s’était contenté d’allonger la durée de l’heure d’été à titre d’essai. Une nouvelle enquête, en 1966-1967, a conduit le gouvernement de Harold Wilson à lancer l’expérience. L’heure d’été existait déjà depuis la loi de 1916, qui avait avancé les horloges d’une heure du 21 mai au 1er octobre pour soutenir l’effort de guerre.

Avancer l’heure légale en hiver ne crée pas une minute de lumière en plus : cela déplace le jour du matin vers la fin d’après-midi. Les premiers calculs du TRRL ont montré que davantage de personnes étaient blessées le matin, dans l’obscurité, et moins l’après-midi, avec plus de lumière. Ces estimations de 1970 s’appuyaient sur les données d’hivers antérieurs pour établir la comparaison. Le solde net penche du bon côté : 2 700 tués ou blessés graves évités sur deux hivers.

Une région fait exception : le nord de l’Écosse, où le bilan se dégrade.

Pour mesurer l’ampleur, 2 700 personnes, c’est de quoi remplir 54 autocars de 50 places. Ramenée à chacun des deux hivers, la moyenne tombe à 1 350 victimes évitées. Le laboratoire lui-même jugeait ses estimations de 1970 imprécises, et il vaut mieux les lire comme un ordre de grandeur que comme un compteur exact.

L’expérience a démarré peu après la loi de 1967 sur l’alcool au volant, qui a pu réduire les accidents à elle seule. La réanalyse de 1989, qui en tient compte, aboutit à des résultats concordants « broadly », c’est-à-dire dans les grandes lignes, avec ceux de 1970.

Le 2 décembre 1970, les députés tournent la page

Les Communes enterrent l’expérience le 2 décembre 1970 : 366 voix contre 81.

Le texte soumis aux députés devait rendre le BST permanent. En cas de rejet, le pays reviendrait à l’heure de Greenwich le 31 octobre 1971, date prévue pour la fin de l’essai. Le score de 366 contre 81 est sans appel, alors que le solde routier de l’expérience penchait en sa faveur. Plus de 30 députés s’étaient inscrits pour prendre la parole, dont six pour un premier discours.

Chaque camp avait ses arguments. Les milieux d’affaires y voyaient l’avantage d’une heure alignée sur celle de l’Europe de l’Ouest, tandis que les postiers et les ouvriers de l’entretien des routes jugeaient les longues matinées sombres néfastes pour leur travail. Consultées, les collectivités locales se partageaient ainsi : 64 % sans avis tranché, 28 % pour revenir à l’ancien système et 8 % seulement pour le BST.

Les sondages cités par le ministre de l’Intérieur dessinaient un pays partagé : 50 % des personnes interrogées voulaient rester en BST en plein hiver, contre 41 %. En Écosse, 61 % souhaitaient revenir à GMT.

Les images les plus fortes venaient du nord. Un député écossais a évoqué des phares encore allumés à 9 h 40 et affirmé qu’au milieu de décembre « il est 10 h 15 avant de voir une lueur de jour ». Ces témoignages concernaient d’abord le nord de l’Écosse, la seule région où les statistiques d’accidents avaient empiré.

Ce que le chiffre de 2 700 dit, et ce qu’il ne dit pas

Un autre sujet d’inquiétude revenait dans les débats : la sécurité des enfants. Les députés ont évoqué une hausse « surprenante et triste » des accidents d’enfants entre 18 h et 19 h. Un solde statistique se défend mal face à un cas précis qu’on peut raconter. Parmi les premiers discours de la séance figuraient ceux des élus des Hébrides occidentales et de Ross and Cromarty, deux circonscriptions du nord de l’Écosse.

L’épisode n’a jamais quitté le débat britannique. La bibliothèque de la Chambre des communes lui consacre les pages 12 à 14 d’une note sur le Daylight Saving Bill 2010-11. On y retrouve l’évaluation du TRRL, la réanalyse de 1989 et le vote de décembre 1970.

En France, les pendules reculent d’une heure dans la nuit de samedi à dimanche.

Les Britanniques ont tranché ce même arbitrage entre lumière du matin et lumière du soir dès 1970. Leur horloge est revenue à GMT le 31 octobre 1971, après trois hivers d’essai.

Sources : researchbriefings.files.parliament.uk | hansard.millbanksystems.com

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