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À 25,9 milliards de km de nous file depuis 1977 une sonde de la NASA à laquelle chaque commande mettra en novembre une journée entière à parvenir

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Une sonde de la taille d’une petite voiture s’apprête à franchir une frontière que personne n’avait jamais atteinte auparavant. Lancée en 1977, Voyager 1 va bientôt se trouver si loin de la Terre qu’un simple ordre radio mettra une journée entière à l’atteindre, puis autant pour que la confirmation nous revienne. Un vertige cosmique à la portée de tous.

À retenir

  • Mi-novembre 2026, Voyager 1 franchira la distance d'un jour-lumière, soit environ 25,9 milliards de kilomètres de la Terre, après 49 ans de voyage depuis son lancement le 5 septembre 1977.
  • Seule l'antenne DSS-43 de Canberra peut communiquer avec la sonde, et un aller-retour de commande nécessite désormais 48 heures.
  • Faute d'énergie suffisante, il ne reste plus que deux instruments scientifiques actifs à bord, et toute communication devrait cesser vers 2036.

Un jour-lumière de distance : le cap inédit que Voyager 1 s’apprête à franchir

Il faut d’abord se figurer l’ampleur du chiffre. Un jour-lumière correspond à environ 25,9 milliards de kilomètres, soit 173,14 unités astronomiques ou encore 16,1 milliards de miles pour nos amis anglo-saxons. Début octobre 2026, Voyager 1 se trouvait déjà à 25,72 milliards de kilomètres de chez nous, la lumière mettant alors 23 heures, 52 minutes et 30 secondes pour effectuer le trajet retour.

Autant dire que le compte à rebours est presque terminé. La NASA a fixé le franchissement de ce fameux jour-lumière à la mi-novembre 2026, un jalon qui aura demandé exactement 49 ans, 2 mois et 13 jours de voyage depuis le décollage du 5 septembre 1977. Cinq décennies de route ininterrompue pour parcourir une distance que l’esprit humain peine franchement à se représenter.

Pour mettre cette prouesse en perspective, Voyager 1 filera alors 5,6 fois plus loin que Neptune. Et pourtant, malgré cette distance proprement vertigineuse, la sonde n’aura parcouru que 0,0027 % du chemin qui la sépare de Proxima Centauri, notre étoile voisine la plus proche. De quoi relativiser nos ambitions interstellaires.

Autre détail amusant pour les curieux : cette distance d’un jour-lumière, Voyager 1 l’atteindra aussi par rapport au Soleil, mais un peu plus tard, fin janvier 2027. La sonde file en effet à près de 61 000 km/h, une vitesse de croisière qu’elle conserve sans changement de trajectoire depuis son survol de Saturne en novembre 1980.

Quarante-huit heures pour un aller-retour : quand la lumière elle-même devient trop lente

Suzanne Dodd, responsable du projet Voyager au Jet Propulsion Laboratory, résume la situation de façon limpide : un jour-lumière, c’est la distance à laquelle une commande envoyée depuis la Terre met 24 heures pour atteindre la sonde. Mécaniquement, la réponse mettra elle aussi 24 heures pour nous revenir. On arrive donc à un aller-retour complet de 48 heures, rien que pour dire bonjour.

Ce délai n’a rien d’anecdotique pour les équipes du JPL. Chaque instruction envoyée à Voyager 1 doit être pensée à l’avance, sans possibilité de correction en temps réel. Impossible de réagir à un imprévu en quelques secondes comme on le ferait avec un satellite en orbite terrestre. Ici, chaque échange ressemble davantage à une lettre envoyée par la poste qu’à un appel téléphonique.

Pour compliquer encore un peu les choses, une seule antenne sur Terre est assez puissante pour envoyer des commandes aux sondes Voyager : la DSS-43, un gigantesque réflecteur de 70 mètres de diamètre installé à Canberra, en Australie, et intégré au réseau Deep Space Network. Sans elle, aucune commande ne peut partir vers les confins du système solaire.

Or cette antenne a justement traversé une longue période de travaux de modernisation, restant hors service une bonne partie du temps entre mai 2025 et février 2026. Autant dire que la fenêtre de communication avec Voyager 1 s’est retrouvée sérieusement restreinte, juste avant ce rendez-vous symbolique avec le jour-lumière.

Une sonde vieille de 49 ans toujours à l’écoute malgré des signaux à bout de souffle

Faire tenir un engin électronique aussi longtemps relève presque de l’exploit d’ingénierie. Mais le temps finit toujours par imposer ses choix. En avril 2026, les ingénieurs du JPL ont dû couper l’instrument LECP, actif presque sans interruption depuis le lancement de 1977, simplement pour économiser le peu d’énergie qu’il reste à bord.

Kareem Badaruddin, responsable de mission Voyager au JPL, l’a confirmé : il ne reste plus que deux instruments scientifiques en fonctionnement sur la sonde, le magnétomètre et le sous-système d’ondes plasma. Les autres ont progressivement été éteints, un à un, au fil des années, comme on ferme les pièces d’une maison pour limiter sa consommation.

La cause de cette sobriété forcée est connue depuis longtemps : les générateurs thermoélectriques à radioisotopes de Voyager 1 perdent environ 4 watts de puissance chaque année. Un déclin lent mais inexorable, qui devrait finir par empêcher toute communication avec la Terre vers 2036.

Ce franchissement du jour-lumière arrive donc à un moment particulier, presque crépusculaire, de la mission. Lancée le 5 septembre 1977, Voyager 1 s’apprête à franchir vers novembre 2026 environ 25,9 milliards de kilomètres, soit un jour-lumière, un palier où un simple aller-retour radio demande déjà 48 heures entières.

Voyager 1 continue donc d’avancer, silencieuse et increvable, bien au-delà de ce qu’imaginaient probablement ses concepteurs au moment du lancement. Chaque watt économisé repousse un peu l’échéance finale, chaque commande envoyée depuis Canberra traverse un vide presque inconcevable avant d’atteindre son destinataire. Un dernier souffle technologique qui continue, patiemment, d’écrire l’histoire de l’exploration spatiale.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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