Les tempêtes ne font pas que grignoter les côtes. À Tuvalu, entre 1971 et 2014, elles ont contribué à un gain net de 73,5 hectares de terres, soit +2,9 % de la superficie du pays. Sur la même période, la mer montait localement deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Le constat vient de l’université d’Auckland, qui a passé au crible les 101 îles de l’archipel.
Le pays qu’on disait condamné a grandi.
À retenir
- Tuvalu a gagné 73,5 hectares de terres entre 1971 et 2014, soit une augmentation de 2,9 % de sa superficie
- Les cyclones apportent sables et graviers qui s’accumulent sur les rivages, agrandissant 73 des 101 îles de l’archipel
- La montée locale du niveau marin était deux fois plus rapide que la moyenne mondiale, atteignant 3,9 mm par an
Sommaire
Une nation-symbole passée au peigne fin
Tuvalu, c’est 9 atolls dispersés dans une zone océanique environ 5 fois plus vaste que la Nouvelle-Zélande, pour à peine 26 km² de terres émergées. Le pays est le quatrième plus petit du monde. Seules 11 de ses îles abritent une population permanente, et deux seulement dépassent 600 habitants. Sa position de symbole mondial de la « nation engloutie » tient à cette fragilité apparente.
Le géomorphologue Paul Kench et ses collègues Murray Ford et Susan Owen ont donc comparé les rivages de chaque île, sans échantillonnage. Ils ont croisé des photos aériennes de 1971 et 1984 avec des images satellites prises entre 2004 et 2015, pour mesurer l’évolution entre 1971 et 2014. Leurs résultats ont paru en février 2018 dans Nature Communications.
Côté océan, la menace n’a rien d’imaginaire. Le niveau marin local a grimpé de 3,9 ± 0,4 mm par an sur la période, soit le double de la moyenne mondiale. Au marégraphe de Funafuti, cela représente environ 15 centimètres cumulés depuis 1971, la moitié d’une règle d’écolier.
Ce que les cyclones déposent sur les rivages
Le bilan est net : 8 atolls sur 9 ont gagné du terrain.
Près des trois quarts des îles se sont agrandies, 73 sur 101 d’après les auteurs, avec des croissances allant de moins de 1 % à 113 % selon les cas. Mais les trajectoires divergent : environ 27 % des îles ont au contraire rétréci, surtout les plus petites, faites essentiellement de sable. Le seul atoll en perte, Nanumea, a cédé moins de 0,01 % de sa surface. Le solde global reste donc positif, sans que l’ensemble de l’archipel progresse d’un même mouvement.
Le mécanisme avancé fait intervenir les événements extrêmes, comme le cyclone Bebe en 1972. Ces tempêtes arrachent au récif des sables et des graviers que les vagues viennent ensuite reposer sur les rivages. Selon Paul Kench, ces processus pourraient expliquer l’expansion des îles plus grandes, composées de sable et de graviers mêlés.
Les îles de sable, plus petites, sont plus susceptibles d’avoir été déstabilisées. Elles n’offrent pas la même résistance que les îles graveleuses, et c’est là que se concentrent les pertes.
Le chercheur résume l’idée en une phrase : on imagine les atolls comme des formes figées, vouées à être submergées, alors qu’ils sont des objets géologiques dynamiques. Les îles se déplacent sur leur platier corallien, se décalent et se remodèlent, plutôt que de couler comme un objet posé sur l’eau.
Ce que l’étude ne dit pas
Il serait faux d’en conclure que la montée des eaux fait grandir les îles. Ce sont les tempêtes qui apportent le sédiment, pas le niveau de la mer, et les auteurs le rappellent : le niveau marin n’est qu’un facteur parmi d’autres, à côté de l’apport de sédiments et du régime des vagues. La période étudiée s’arrête en 2014, et l’évolution depuis n’entre pas dans cette analyse.
L’étude ne traite ni l’eau douce ni les submersions.
Les auteurs écrivent que ces îles « persisteront » comme lieux habitables au cours du siècle. Ils projettent une trajectoire très différente de celle qu’on annonce d’ordinaire, et jugent que la perte de terres a peu de chances de provoquer à elle seule un exode de la population. Ils reconnaissent toutefois que l’habitabilité dépend de plusieurs facteurs, et leurs travaux plaident pour une adaptation qui tienne compte de la diversité des types d’îles.
Sur les 101 îles, une seule a totalement disparu des cartes : 0,08 hectare, sur le récif de l’atoll de Nukufetau. Les auteurs relèvent ce fait comme l’un des trois traits marquants de leurs données, à côté de la hausse globale et de l’hétérogénéité des évolutions.
Sources : nature.com | islandtimes.org


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