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En faisant pousser 4,1 millions de tonnes de blé en plein désert en 1992, les Saoudiens ont littéralement vidé des nappes que la pluie avait mis des millénaires à remplir

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Le royaume a récolté près de 4,1 millions de tonnes de blé en 1992, dans un pays presque entièrement aride. L’eau qui a servi à cultiver blé, fruits et légumes était enfouie depuis des milliers d’années.

Le besoin national, lui, plafonnait à 1,2 million de tonnes.

Ce surplus a fait de l’Arabie saoudite le sixième exportateur mondial de blé, selon la FAO, au début des années 1990. En 1980, le pays importait 500 000 tonnes nettes. En 1992, il en exportait plus de 2 000 000 tonnes nettes. Le pays produisait alors plus de trois fois ce que ses habitants consommaient.

À retenir

  • L’Arabie saoudite a produit 4,1 millions de tonnes de blé en 1992, dépassant de trois fois sa consommation nationale.
  • Chaque tonne de blé saoudien coûtait 480 dollars à l’État en 1992, soit 4,8 fois le prix du marché mondial de 100 dollars.
  • La production de blé prélevait plus de 13,5 milliards de mètres cubes d’eau par an dans des aquifères fossiles non renouvelables.

Sommaire

  1. Un blé payé trois fois le cours mondial
  2. 13,5 milliards de mètres cubes tirés d’un capital fossile
  3. Décret n° 335 : le royaume referme le robinet

Un blé payé trois fois le cours mondial

Tout part d’une décision politique du début des années 1980 : atteindre l’autosuffisance en blé. Le prix garanti par l’État était de 3 500 riyals la tonne au départ, puis de 2 000, puis de 1 500, et l’organisme public des silos (le GSFMO) rachetait tout le grain. Les agriculteurs touchaient environ trois fois le cours mondial, et les engrais et équipements leur étaient cédés sous leur valeur de marché. La production est passée de presque rien avant 1980 à environ 4 millions de tonnes en 1992.

Pour l’État, 480 dollars la tonne en 1991/92 environ, contre 100 au cours mondial.

Chaque tonne coûtait donc près de 4,8 fois le prix du marché. Le blé saoudien est entièrement irrigué, et selon le magazine MEED, il faut plus de 1 000 mètres cubes d’eau pour produire une tonne de blé dans le royaume. Sous le soleil du désert, irriguer un hectare demande deux à trois fois plus d’eau que sous un climat plus doux.

13,5 milliards de mètres cubes tirés d’un capital fossile

La FAO chiffre à plus de 13,5 km³ par an l’eau tirée d’aquifères profonds non renouvelables, sans isoler la part du blé. Cela représente 13,5 milliards de mètres cubes, soit environ 5,4 millions de piscines olympiques à vider chaque année. Dans les zones étudiées, les niveaux d’eau baissaient en moyenne de 2,1 mètres par an. Au rythme de 1990, la FAO jugeait que les réserves utilisables dureraient 25 à 30 ans au maximum.

L’USGS rappelle que ces aquifères ne se rechargent pas : il y tombe 100 à 200 millimètres de pluie par an. Vus du ciel, les pivots d’irrigation dessinent des disques verts sur le sable, et chacun puise dans une eau enfouie depuis des millénaires. Les prévisions divergent : des hydrologues évoquent encore 50 ans de pompage possible, alors que la FAO avait fixé la limite à 25 ou 30 ans.

Selon certaines estimations, 30 milliards de m³ pompés en 1994, dont 90 % fossiles.

Décret n° 335 : le royaume referme le robinet

Le décret n° 335 de 2007 a organisé la sortie. Le GSFMO devait réduire de 12,5 % par an les quotas des agriculteurs enregistrés, à partir de la campagne 2007/08, pour mettre fin à la culture du blé. Le motif, selon l’USDA : l’inquiétude face à l’épuisement des réserves d’eau, le blé étant irrigué à 100 %. La fin du programme est intervenue en 2015/16.

Le royaume est redevenu importateur : l’USDA tablait sur environ 3 millions de tonnes importées en 2015/16, pour une consommation estimée à 3,35 millions de tonnes en 2014/15. L’organisme public, rebaptisé SAGO en novembre 2015, garde l’exclusivité de l’importation de blé de mouture subventionné.

Le gain d’eau n’a pas été aussi net que prévu. Beaucoup d’agriculteurs ont basculé vers des fourrages, comme la luzerne, qui consomment trois fois plus d’eau que le blé. Le gouvernement a donc décidé de réduire la production fourragère de 42,5 % à compter de novembre 2018.

Le blé n’a pas disparu pour autant : le pays a partiellement levé l’interdiction de fait de produire du blé, pour offrir une culture de remplacement aux producteurs de fourrage de taille moyenne et petite. Les exploitants de moins de 100 hectares avant le décret de décembre 2016 peuvent planter du blé ou du fourrage, sur 50 hectares seulement.

Sources : apps.fas.usda.gov | world-grain.com | eros.usgs.gov

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