Depuis 2016, cinq villages de Rhénanie se vident pour laisser passer une mine qui ne viendra jamais. Keyenberg, Kuckum, Oberwestrich, Unterwestrich et Berverath, près d’Erkelenz, restent debout depuis l’accord du 4 octobre 2022, mais environ 85 % de leurs habitants étaient déjà partis.
À retenir
- L’accord du 4 octobre 2022 a avancé de huit ans la sortie du charbon allemand, passant à 2030 au lieu de 2038
- Cette décision a sauvé cinq villages rhénans et laissé 560 millions de tonnes de lignite sous terre
- Ces villages conservent 85 % de leurs habitants partis, des maisons presque vides que leurs anciens propriétaires pourront racheter
Sommaire
114 km² de lignite et 7 600 habitants à reloger
La mine à ciel ouvert de Garzweiler couvre 114 km², soit 66 km² pour Garzweiler I et 48 km² pour Garzweiler II. C’est un peu plus que la surface de Paris intra-muros (environ 105 km²). Garzweiler II touchait sept villages, soit 7 600 habitants qu’il fallait déplacer.
Cinq villages formaient la troisième et dernière vague de réinstallation.
La réinstallation débute en 2016. Un nouveau village, « Keyenberg (neu) », sort de terre à quelques kilomètres de l’ancien, et la vie associative commence à y migrer : le premier Schützenfest (la fête des confréries de tir) y était prévu en 2020. Avant le départ des habitants, Keyenberg en comptait plus de 800. Selon la planification de l’époque, l’exploitation devait atteindre le village vers 2027, et la décision directrice régionale de 2021 prévoyait encore la démolition des cinq localités.
Keyenberg (neu) comptait 446 habitants fin 2022.
Le 4 octobre 2022, le calendrier bascule
Ce jour-là, le ministère fédéral de l’Économie et du Climat, le ministère de l’Économie du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et RWE présentent un accord commun à Berlin. Il avance de huit ans, à 2030, la sortie du charbon de RWE. Résultat : la production de lignite à Garzweiler est à peu près divisée par deux, et la troisième réinstallation, celle des cinq villages et des fermes de Holzweiler, n’aura pas lieu.
Le gain se chiffre. Selon une analyse publiée par Coal Transitions, l’exploitation complète des cinq villages aurait permis d’extraire 560 millions de tonnes, contre un plafond ramené à 280 millions. Le communiqué de l’accord associe ces 280 millions de tonnes laissées dans le sol à autant de CO2 non émis.
Lützerath, lui, a été rasé en janvier 2023.
Sauvés, mais presque vides
Le chiffre de 85 % décrit la situation au moment de l’accord, pas un état définitif. Il suffit de regarder Keyenberg pour mesurer l’écart : seule une soixantaine d’habitants y vivaient encore, d’après un témoignage recueilli par GreenFaith. Presque vides, donc, pas vides. Et le pays a décidé de garder des maisons dont la majorité des propriétaires avaient déjà vendu à RWE, parfois depuis des années.
Une réparation est prévue. Les anciens habitants auront la possibilité de racheter leurs biens, une revendication ancienne des riverains. De son côté, la ville d’Erkelenz travaille, selon des informations de terrain, à des pistes pour redonner vie à ces villages, mais leur avenir reste en cours d’écriture.
L’église Heilig Kreuz de Keyenberg illustre l’absurdité du calendrier. Elle a été désacralisée le 28 novembre 2021 et sa démolition était prévue après 2026 ; elle se dresse toujours. L’arrêt de l’extraction en 2030, lui, a été confirmé fin 2024, ce qui donne au sursis des cinq villages une échéance précise.
Sources : france24.com | gem.wiki


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