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En remplissant la retenue de leur barrage le plus haut du monde en 1963, les Italiens ont littéralement fait basculer un pan de montagne entier sur cinq villages

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En 1963, l’Italie met en service ce qui reste alors un barrage-voûte à double courbure, culminant à 262 mètres au-dessus de la vallée, un record d’altitude pour l’époque, et une fierté nationale. Le 9 octobre de la même année, à 22h39 précises, un pan entier du mont Toc s’effondre dans le lac de retenue du barrage du Vajont, dans les Dolomites italiennes. La masse rocheuse soulève aussitôt une vague qui franchit la crête de l’ouvrage et déferle sur la vallée en contrebas.

Cinq villages en aval sont détruits, tuant environ 2 000 personnes.

À retenir

  • 260 millions de mètres cubes de roches s’effondrent du mont Toc en quarante-cinq secondes
  • Une vague de 250 mètres franchit le barrage et dévaste cinq villages en aval
  • Le taux de mortalité à Longarone atteint 94 % avec environ 1917 morts enregistrés

Sommaire

  1. Un chantier record bâti sur une montagne instable
  2. La nuit où la montagne est tombée dans le lac
  3. Un barrage intact, jamais mis en service

Un chantier record bâti sur une montagne instable

Le barrage du Vajont a été construit entre 1956 et 1960. À 859 pieds de haut, il dépasse de plus de cent pieds le barrage Hoover, aux États-Unis, alors référence mondiale des grands ouvrages en béton. Dès 1959 pourtant, le géologue Edoardo Semenza avait identifié des indices géomorphologiques d’anciens glissements de terrain sur le versant du mont Toc, l’amenant à envisager un gigantesque glissement rocheux préhistorique. Fin 1962, le barrage est devenu la propriété de l’État italien suite à la nationalisation de l’industrie électrique.

À mesure que la retenue se remplit, la montagne bouge de plus en plus vite. Début octobre 1963, le versant sud a bougé de près d’un mètre en une seule journée. Le 8 octobre, une évacuation partielle de population est ordonnée, mais seulement pour les personnes vivant sur le versant du mont Toc et les habitants autour du lac à une altitude inférieure à 730 m.

La nuit où la montagne est tombée dans le lac

Le glissement dure quarante-cinq secondes à peine.

260 millions de mètres cubes de rochers se détachent du mont Toc et plongent dans le lac artificiel. L’onde soulève 50 millions de mètres cubes d’eau et franchit le couronnement du barrage dans une vague de 250 mètres. Cinq villes en aval sont rasées, dont Longarone, Pirago, Rivalta, Villanova et Faè. Sur les 1 918 victimes recensées, 1 450 habitaient Longarone.

Une partie de la masse d’eau remonte aussi vers l’amont. Elle frappe Erto et Casso, ainsi que les hameaux voisins de Pineda, San Martino et Le Spesse. Au total, les estimations varient entre 1 900 et 2 500 morts selon les sources. À Longarone même, sur environ 1 328 personnes exposées à la vague, le taux de mortalité atteint 94 %.

Un barrage intact, jamais mis en service

Le mur de béton, lui, ne subit aucun dommage sérieux.

Le barrage reste presque intact et retient encore les deux tiers de l’eau du lac. La catastrophe survient pendant la mise en eau initiale de la retenue, avant que l’ouvrage n’ait jamais réellement fonctionné pour produire de l’électricité. Les rapports d’expertise judiciaire, eux, concluront à une triple cause : l’existence d’un plan de glissement lenticulaire sur le flanc du mont Toc, insuffisamment reconnu dans les sondages, une structure géologique défavorable, et la mise en eau du réservoir qui a lubrifié les couches argileuses du versant.

Carlo Semenza, l’ingénieur en chef du projet, mort en 1961, sera exonéré à titre posthume par le tribunal de L’Aquila. Le mémorial de la commune, lui, porte les noms de 1 917 villageois tués. Longarone a été reconstruite après la tragédie et forme aujourd’hui une communauté florissante. Le barrage, lui, se visite désormais comme un lieu de tourisme de mémoire, toujours debout au-dessus d’une vallée qu’il n’a jamais alimentée en courant électrique.

Sources : tameteo.com | geosoc.fr | fr.wikipedia.org

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