Une hausse de 16 % des collisions entre véhicules et cerfs: c’est ce qu’a mesuré une étude américaine pour la semaine qui suit le retour à l’heure normale. Elle est parue dans Current Biology le 21 novembre 2022, signée par une équipe de l’université de Washington. Les cerfs n’ont touché à aucune horloge. Ce qui a basculé dans le noir, c’est le trajet du retour des automobilistes.
À retenir
- Les collisions avec des cerfs sont 14 fois plus fréquentes 2 heures après le coucher du soleil.
- L’étude porte sur 1 012 465 collisions recensées dans 23 États américains entre 1994 et 2021.
- Une heure d’été permanente éviterait environ 36 550 morts de cerfs chaque année aux États-Unis.
Sommaire
Plus de 1 million de collisions passées au crible
Les chercheurs ont analysé 1 012 465 collisions entre véhicules et cerfs, recensées dans 23 États, sur la période 1994-2021. Ils les ont croisées avec 96 millions d’observations horaires de trafic. Le principe est simple: la bascule biannuelle entre heure normale et heure d’été sert d’expérience naturelle, puisqu’elle décale d’un coup les habitudes de millions de conducteurs sans rien changer à celles des animaux. Les espèces concernées sont surtout le cerf de Virginie, dominant dans l’est du pays, et le cerf mulet, plus courant dans l’ouest.
Les collisions sont 14 fois plus fréquentes 2 heures après le coucher du soleil qu’avant.
Ce rapport de 1 à 14 a surpris le premier auteur, Calum Cunningham, qui a dit ne pas s’attendre à un motif aussi net dans l’heure ou les 2 heures qui suivent la tombée de la nuit. Les cerfs sont crépusculaires, c’est-à-dire surtout actifs à l’aube et au crépuscule, et la plupart des collisions surviennent entre le coucher du soleil et le lever du lendemain. Les rencontres qui se produisent dans l’obscurité, avant le lever ou après le coucher du soleil, débouchent beaucoup plus souvent sur une collision.
Novembre, pas mars: le piège du calendrier
Le soir, le soleil se couche une heure plus tôt à la montre après le retour à l’heure normale, mais les bureaux ne ferment pas plus tôt pour autant. Les auteurs n’ont pas relevé de changement saisonnier dans l’horaire du trafic, hormis les brusques décalages des transitions d’heure: avancé en mars, retardé en novembre.
Le pic du soir passe donc d’avant à après le coucher du soleil, en pleine saison de reproduction des cerfs. Au printemps, aucun pic comparable n’apparaît. La chercheuse Laura Prugh y voit en partie l’effet d’une saison qui n’est pas celle de la reproduction des cerfs. L’automne cumule les deux facteurs.
Ce que changerait une heure d’été toute l’année
D’après leur modèle, une heure d’été permanente éviterait chaque année 36 550 morts de cerfs, 33 morts humaines, 2 054 blessés et 1,19 milliard de dollars de coûts. Cela représente environ 100 cerfs épargnés par jour. Le point de départ est lourd: on estime à 2,1 millions les collisions avec des cerfs aux États-Unis chaque année, avec environ 440 morts, 59 000 blessés et plus de 10 milliards de dollars de coûts. Cela fait plus de 5 700 collisions quotidiennes.
À l’inverse, une heure normale permanente coûterait 2,39 milliards de dollars de plus.
Le même modèle chiffre cette seconde option à 73 660 collisions supplémentaires, 66 morts humaines et 4 140 blessés de plus par an. Ces valeurs sont des estimations bâties sur les données de 23 États, pas un décompte national. Le débat américain oppose deux options, l’heure d’été ou l’heure normale à l’année, et ce travail penche nettement pour la première. Il reste à savoir si les législateurs en tiendront compte face à d’autres arguments, de santé ou d’énergie, qui ne figurent pas dans cette étude.
Et de ce côté de l’Atlantique ?
En Europe, le retour à l’heure normale est fixé par la directive 2000/84/CE au dernier dimanche d’octobre, soit le dimanche 25 octobre 2026. Dans la nuit de samedi à dimanche, à 3 heures, il sera 2 heures. Aux États-Unis, le changement intervient plus tard, début novembre.
Le chiffre de 16 % ne se transpose pas à la France, car l’étude ne porte que sur les États-Unis, avec leurs routes, leurs cerfs et leurs horaires de travail. Le mécanisme décrit, un pic de trafic du soir qui passe après le coucher du soleil, pourrait exister ailleurs, mais seules des données françaises le diraient.
Lever le pied au crépuscule dans les jours qui suivent le changement, sur les routes qui longent des forêts, serait une précaution logique, puisque c’est dans les 2 heures après la tombée de la nuit que le risque se concentre outre-Atlantique.
Le Parlement européen a voté en 2019, par 410 voix pour, 192 contre et 51 abstentions, la fin des changements d’heure saisonniers. Mais le Conseil de l’Union européenne ne parvient pas à s’accorder sur le choix entre heure d’été et heure d’hiver permanente, la France penchant pour l’heure d’été et les pays nordiques pour l’heure d’hiver. Le changement a donc bien lieu en 2026, à la date la plus précoce possible, déjà vue en 2015 et 2020, et qui ne reviendra qu’en 2037.
Une nuance, enfin, vient des auteurs eux-mêmes: l’une comme l’autre des deux options permanentes supprimerait les accidents supplémentaires causés spécifiquement par la bascule biannuelle. L’écart entre elles tient au niveau de risque qui subsiste ensuite, avec 1,19 milliard de dollars économisés d’un côté et 2,39 milliards de dollars de surcoût de l’autre.
Sources : letribunaldunet.fr | touteleurope.eu


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