Un million et demi de masques FFP2 envoyés en urgence en Gironde : sur le papier, la mesure rassure. Dans les faits, elle ne traite qu’une partie du problème. La fumée qui s’abat sur Bordeaux ce soir n’est pas une simple fumée de bois, et le FFP2 filtre les particules solides, pas les gaz toxiques qui l’accompagnent. Personne ne l’a vraiment expliqué aux habitants qui font la queue devant les pharmacies.
L’annonce est venue directement du Premier ministre. « Afin de protéger les personnels engagés et les populations exposées aux fumées nocives pour la santé », 1,5 million de masques FFP2 devaient être envoyés en Gironde, a-t-il fait savoir dans la soirée. Un geste fort face à un incendie qualifié de convectif, du jamais-vu dans la région : un feu convectif sans précédent ravage la Gironde, avec 30 000 hectares brûlés et 170 000 habitants évacués. Sur le pont de Pierre à Bordeaux, la scène a de quoi marquer les esprits : une brume largement diffuse rappelle le brouillard hivernal, et certains piétons masquent leur visage à l’aide d’écharpes, faute de mieux.
À retenir
- Pourquoi les autorités distribuent massivement des masques qui ne règlent qu’une partie du problème ?
- Quels sont les composés cancérogènes que le FFP2 laisse passer sans protection ?
- Quel chiffre devrait vraiment vous faire calfeutrer portes et fenêtres chez vous ?
Sommaire
- Deux menaces, une seule protection
- Ce que le FFP2 ne fait pas
- 15 microgrammes, le chiffre à surveiller
Deux menaces, une seule protection
La combustion de la résine de pin maritime ne produit pas une fumée homogène. Elle génère un cocktail où se mélangent des particules solides et des gaz, deux familles de polluants qui n’agissent pas de la même façon sur l’organisme. D’un côté, les particules fines PM2,5, assez petites pour franchir les bronches et se loger jusque dans les alvéoles pulmonaires, là où s’effectue l’échange gazeux avec le sang. De l’autre, des composés organiques volatils, benzène et formaldéhyde en tête, qui restent sous forme gazeuse et agressent directement les muqueuses respiratoires. Une étude relayée par le média Vert le rappelle sans détour : on retrouve des composés organiques volatils comme le benzène ou le formaldéhyde, tous deux classés « cancérogènes avérés » par le Centre international de recherche sur le cancer.
Le monoxyde de carbone complète ce tableau peu engageant. Une spécialiste citée par Vert explique que ce gaz réduit la capacité du sang à transporter l’oxygène, ce qui peut faire s’évanouir et mourir d’intoxication lors d’un incendie. Et l’ampleur des pics n’a rien d’anecdotique : selon plusieurs études, les panaches issus de la combustion du bois peuvent faire grimper la concentration de particules fines dans l’air, avec une hausse de 150 à 300 microgrammes par mètre cube, et jusqu’à 500 µg/m3 lors des épisodes les plus sévères. De quoi dépasser largement les seuils de vigilance habituels, même en zone urbaine éloignée du foyer.
Ce que le FFP2 ne fait pas
Voilà le point que peu de communiqués officiels détaillent clairement. Un masque FFP2 est conçu pour filtrer des particules en suspension, pas des molécules gazeuses. Sa structure en fibres capture les aérosols solides et liquides par un jeu de tamisage mécanique et électrostatique, un mécanisme qui n’a aucune prise sur une molécule de benzène ou de formaldéhyde, qui traverse le filtre comme l’air lui-même. porter un FFP2 protège contre la moitié du cocktail toxique, celle des particules, mais laisse passer l’autre moitié, celle des gaz irritants et cancérogènes. Ce n’est pas une tromperie du dispositif : c’est simplement une limite technique que la communication d’urgence a rarement le temps d’expliquer en pleine crise.
Face à cette lacune, la vraie parade ne se joue pas sur le visage mais sur les fenêtres. Confiner son logement, limiter les entrées d’air extérieur, éviter la ventilation mécanique qui aspire l’air ambiant : ce sont les gestes qui réduisent l’exposition aux gaz, là où le masque reste impuissant. Les autorités sanitaires de la région le confirment d’ailleurs pour les publics les plus fragiles : les personnes ayant des antécédents respiratoires comme l’asthme, l’insuffisance respiratoire chronique ou une insuffisance cardiaque doivent porter un masque FFP2 en cas d’exposition directe, mais cela s’inscrit dans un ensemble de précautions, et non comme une solution isolée.
15 microgrammes, le chiffre à surveiller
Reste à savoir quand agir. La référence scientifique existe et elle est publique. L’Organisation mondiale de la santé a fixé, dans ses lignes directrices actualisées, un seuil de sécurité précis : 15 µg/m3 en moyenne sur 24 heures pour les PM2,5, contre une moyenne annuelle recommandée de seulement 5 µg/m3. Ce chiffre, c’est celui qu’il faut aller chercher sur les relevés d’Atmo Nouvelle-Aquitaine avant de décider de calfeutrer portes et fenêtres ou de couper la ventilation. L’organisme régional de surveillance a d’ailleurs déjà tiré la sonnette d’alarme : les incendies en Gironde et dans les Landes dégradent fortement la qualité de l’air sur une très grande partie de la région, une dégradation liée à l’augmentation des concentrations en particules transportées par les fumées.
Dans certains départements voisins, la préfecture a déjà activé un premier niveau d’alerte. En Charente-Maritime par exemple, le préfet a décidé de déclencher le premier niveau du dispositif de gestion des épisodes de pollution, une procédure d’information et de recommandations active sur l’ensemble du département. Sur le terrain, l’effet est immédiat chez les patients chroniques : une pharmacienne de Charente témoignait que dès l’ouverture, les asthmatiques sont venus chercher des masques FFP2, preuve que le réflexe existe, même s’il reste incomplet.
Un détail mérite d’être gardé en tête pour les prochains jours : les gaz comme le formaldéhyde n’ont pas d’odeur suffisamment marquée pour alerter systématiquement le nez, contrairement à l’odeur de brûlé bien identifiable des particules. Une pièce peut donc sentir presque normal tout en affichant une concentration de polluants gazeux préoccupante, ce qui rend la consultation des données d’Atmo Nouvelle-Aquitaine plus fiable que le simple ressenti olfactif pour décider de rester enfermé chez soi.
Sources : vert.eco | feuxdeforet.fr


4 hour_ago
33



























.jpg)






French (CA)