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Benyamin Nétanyahou avait annoncé, vendredi, une opération militaire majeure en Cisjordanie, quelques heures après une attaque meurtrière à un checkpoint près de Hébron, durant laquelle deux soldats israéliens ont été tués.

Des Palestiniens regardent leurs maisons vides après que l’armée israélienne les a contraints à évacuer le quartier d’Ein Deir Baha, à Hébron, en Cisjordanie occupée, le 24 octobre 2026. Des Palestiniens regardent leurs maisons vides après que l’armée israélienne les a contraints à évacuer le quartier d’Ein Deir Baha, à Hébron, en Cisjordanie occupée, le 24 octobre 2026.

Près de 2 000 Palestiniens ont été chassés de chez eux par l’armée israélienne, samedi 24 octobre, à Hébron, la plus grande ville de Cisjordanie occupée. Ce déplacement contraint de population s’inscrit dans le cadre d’une vaste opération lancée par l’Etat hébreu, vendredi, après la mort, le même jour, de deux soldats israéliens, tués dans une attaque survenue non loin de cette ville du sud du territoire palestinien.

L’armée israélienne a par la suite annoncé qu’elle imposerait un bouclage complet de la Cisjordanie, mardi, jour des élections législatives israéliennes. « A la suite d’une recommandation de l’appareil sécuritaire, le niveau politique a approuvé une interdiction d’entrée et de sortie des travailleurs palestiniens dans l’ensemble de la Judée-Samarie [nom israélien de la Cisjordanie] et de la vallée du Jourdain (…) ainsi que la fermeture de tous les points de passage terrestres pendant toute la journée des élections », a précisé l’armée dimanche, dans un communiqué.

Le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, qui jouera sa survie politique lors du scrutin de mardi, s’était immédiatement rendu à Hébron après l’attaque. Il avait laissé entendre qu’une opération militaire majeure se préparait en Cisjordanie, « comme il n’y en a pas eu depuis la guerre des Six-Jours », en 1967.

« Action internationale urgente »

L’Autorité palestinienne, menacée vendredi par Benyamin Nétanyahou d’une « grosse surprise », a réclamé, samedi, des pressions internationales sur Israël allant au-delà de simples « condamnations ». Face « aux menaces grandissantes de déplacement de population, de destruction, il faut une action internationale urgente », a déclaré le ministère des affaires étrangères palestinien, demandant des « mesures concrètes et dissuasives ».

Le ministre de la défense israélien, Israel Katz, a affirmé que l’attaque de vendredi ayant causé la mort de deux soldats avait été menée « par une cellule du Hamas depuis un quartier de la ville d’Hébron ». « Nous avons ordonné l’évacuation immédiate de ce quartier. Quelque 2 000 personnes ont été évacuées », a-t-il ajouté à la télévision publique israélienne. Ces habitants ne seront « pas autorisés à revenir tant qu’[Israël] n’aur[a] pas fini de régler tous les problèmes liés au Hamas à Hébron », a-t-il ajouté.

Dans le quartier d’Ein Deir Baha, des immeubles ont été marqués d’une croix afin de signaler qu’ils avaient été vidés de leurs habitants, selon des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) se trouvant sur place. Seuls des véhicules de l’armée israélienne, présente en force, circulaient dans des rues par ailleurs désertées, selon la même source.

L’opération de l’Etat hébreu concerne pour l’heure un tiers de la ville, a estimé le gouverneur d’Hébron, Khaled Dudin. « Ils [l’armée israélienne] ont commencé par le quartier dont étaient originaires les assaillants, mais nous n’avons aucune garantie que l’opération ne s’étendra pas », a-t-il déclaré, dénonçant une « punition collective » contre des civils innocents. Le maire de la ville, Youssef Al-Jaabari, a estimé à 250 le nombre de familles déplacées de force, promettant des solutions d’hébergement d’urgence.

Multiplication des raids contre les Palestiniens

L’armée israélienne a annoncé l’arrestation d’une quarantaine de suspects, « dont des terroristes affiliés » au Hamas et au djihad islamique, ainsi que des personnes soupçonnées notamment « de troubles à l’ordre public et de jets de pierres ». Après l’attaque de vendredi, le ministre des finances israélien, Bezalel Smotrich, pilier d’extrême droite du gouvernement également en campagne, a déclaré avoir personnellement ordonné des démolitions d’habitations jugées illégales.

Le ministre suprémaciste chargé de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, lui aussi candidat aux législatives, a de nouveau appelé vendredi au démantèlement de l’Autorité palestinienne, même si aucun élément ne laisse penser qu’elle aurait un lien avec l’attaque.

Le Hamas, auteur de l’attaque sans précédent du 7-Octobre, n’a pas revendiqué celle de vendredi mais s’en est félicité, appelant les Palestiniens à en commettre d’autres. Elle intervient dans un contexte de tensions croissantes en Cisjordanie, où les colons radicaux, qui bénéficient de la tolérance voire du soutien du premier ministre, multiplient les raids de plus en plus violents contre les habitants palestiniens.

Le groupe de défense des droits humains israélien Yesh Din a comptabilisé 672 incidents ces vingt-six derniers jours, selon le média israélien Times of Israel, la moitié durant la récolte des olives par les Palestiniens, traditionnellement une occasion opportune d’exactions de la part de colons. Les derniers sondages électoraux donnent Benyamin Nétanyahou au coude à coude avec son principal rival, Gadi Eisenkot, centriste et ancien chef de l’armée, également opposé à un Etat palestinien, mais qui a promis de s’attaquer à la violence des colons.

Le Monde avec AFP