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« Culture qu’il affectionnait, lui, le passionné invétéré de rock depuis ses plus jeunes années. Il fut à l’origine de la création du festival Rock en Seine en 2003 et Solidays, deux festivals qui ont trouvé leur place dans la scène culturelle francilienne. Jean-Paul Huchon était cet homme de culture, de partage et d’horizons heureux. (…) Sa vie fut une histoire de fidélités et de compagnonnages. À Michel Rocard bien sûr, à sa ville et à sa région. » (Communiqué de l'Élysée, le 23 octobre 2026).
L'ancien président du conseil régional d'Île-de-France Jean-Paul Huchon est mort tôt ce vendredi 23 octobre 2026 des suites d'une méchante maladie, à l'âge de 80 ans (il est né le 16 avril 1933). Militant du parti socialiste, Jean-Paul Huchon a toujours été un proche de Michel Rocard, au point d'en être son successeur à la mairie de Conflans-Sainte-Honorine entre juillet 1994 et mars 2001 et, juste auparavant, d'être le numéro deux du PS quand son patron en était le numéro un, premier secrétaire.
Amateur de cigares, de bons vins, de bons films et de rock, considéré comme jovial et fin tacticien, il était une grande pointure intellectuelle et politique. Et pourtant, il n'a pas réussi à se faire élire parlementaire (il a été battu en juin 1997 malgré la vague de la gauche plurielle), et n'a jamais été ministre. Il a suivi de brillantes études, à Science Po Paris puis à l'ENA, dans la même promotion que Jean-Louis Bianco, Alain Richard, François d'Aubert, Claude Guéant, Jean-Claude Trichet, Alain Bournazel, Michel Bon, Marc Tessier, etc. Et il a milité, d'abord au PSU puis au PS à partir de 1970.
À l'élection de François Mitterrand, son mentor Michel Rocard a été nommé Ministre du Plan et de l'Aménagement du territoire de 1981 à 1983, puis Ministre de l'Agriculture de 1983 à 1985. Jean-Paul Huchon, tout naturellement, en fut le directeur de cabinet. Après la démission de Michel Rocard du gouvernement (pour cause de proportionnelle), il fut recasé au poste de directeur général de la Caisse nationale du Crédit Agricole, puis, après l'échec électoral de la gauche en 1986, il s'est rangé dans le privé.
Jean-Paul Huchon est revenu aux affaires publiques après la réélection de François Mitterrand et la nomination de Michel Rocard à Matignon. Il est devenu l'un des personnages les plus importants de la France politique comme directeur de cabinet du Premier Ministre de 1988 à 1991. Il est ensuite retourné dans le privé, proche de François Pinault.
Malgré l'accession de Michel Rocard à la tête du PS en 1993 après le désastre électoral de la gauche, ce dernier n'allait pas pouvoir être candidat à l'élection présidentielle de 1995 car la liste qu'il a menée aux élections européennes de 1994 a fait un bide (à cause de la liste dirigée par Bernard Tapie).
Résultat, Jean-Paul Huchon, promis à de hauts postes au sommet de l'État après 1995 (puisque son champion était très populaire et était le favori de l'élection présidentielle dans les sondages), s'est converti de haut fonctionnaire dans les coulisses en homme politique engagé dans les combats électoraux sous les projecteurs. Adjoint, il se fait élire en interne maire de Conflans-Sainte-Honorine après la disgrâce électorale de Michel Rocard, son prédécesseur, mais en juin 1997, il a été battu aux élections législatives.
Détaillons d'ailleurs cette défaite aux législatives. Jean-Paul Huchon s'est présenté dans la septième circonscription des Yvelines, celle de communes comme Conflans-Sainte-Honorine, Hardricourt, Meulan, Chanteloup-les-Vignes, Mézy-sur-Seine, etc. En mars 1993, Michel Rocard, pourtant ancien Premier Ministre et député sortant (pas tout à fait, c'était son suppléant Jean Guigné qui l'avait remplacé), a été platement battu par le (jeune) maire de Chanteloup-les-Vignes, Pierre Cardo (UDF), avec plus de 2 500 voix de retard (un écart de presque 6% des voix), et ce dernier a sans cesse été réélu jusqu'en 2010. En 1997, il a en effet battu le candidat socialiste Jean-Paul Huchon avec quasiment la même avance qu'en 1993 lorsqu'il avait battu Michel Rocard.
Pour la petite histoire, le suppléant de Michel Rocard, Jean Guigné (réalisateur), était aussi son adjoint à la culture à la mairie de Conflans-Sainte-Honorine entre 1977 et 1995. Il était aussi le conseiller général de Conflans-Sainte-Honorine de 1990 à 1998. Il avait succédé à une autre socialiste Odile Vadot, élue départementale de 1976 à 1990 avant de démissionner pour devenir préfète. Il se trouve qu'Odile Vadot a été la première épouse de Jean-Paul Huchon et la mère de son premier enfant, né en 1981, qui est le journaliste et chasseur de complotistes Thomas Huchon.
Également adjoint à Conflans-Sainte-Honorine (depuis 1977), Jean-Paul Huchon a été choisi par Michel Rocard pour lui succédé en juillet 1994 (cela aurait pu être Jean Guigné), mais son échec aux législatives a remis en cause sa trajectoire électorale. Il est resté maire de Conflans-Sainte-Honorine jusqu'en 2001 (il a été réélu en 1995), puis est resté adjoint puis simple conseiller municipal jusqu'en 2014, en raison du non-cumul de fonctions exécutives.
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La grande "affaire" électorale de sa vie a été là où on ne l'attendait pas, à la tête de la région Île-de-France.
En 1998, en effet, le PS a décidé de mettre les moyens pour conquérir la région Île-de-France qui était "détenue" par le centre droit depuis longtemps. C'est Dominique Strauss-Kahn, le très influent Ministre de l'Économie et des Finances du gouvernement de Lionel Jospin (numéro deux avec Martine Aubry), qui a mené la liste de gauche au niveau régional et aussi dans le Val-d'Oise (Jean-Paul Huchon a mené la liste de gauche dans les Yvelines, Julien Dray dans l'Essonne, Marie-Pierre de La Gondrie à Paris, Catherine Lalumière dans les Hauts-de-Seine, Marie-George Buffet en Seine-Saint-Denis).
En face de la gauche, le centre droit, dans une alliance UDF-RPR renouvelée, s'est présenté sous l'autorité de l'ancien Premier Ministre et ancien candidat à l'élection présidentielle Édouard Balladur (qui a mené la liste UDF-RPR au niveau régional et aussi à Paris). Face à un premier-ministrable (si Lionel Jospin était élu en 2002), le combat des chefs avait de l'allure. Pour cette liste, Pierre Bédier était l'opposant de Jean-Paul Huchon dans les Yvelines, et il y avait aussi Didier Julia en Seine-et-Marne, Charles Pasqua dans les Hauts-de-Seine, Pierre-André Wiltzer dans l'Essonne, Éric Raoult en Seine-Saint-Denis (entre autres). Premier président du conseil régional d'Île-de-France de 1976 à 1998 (sauf entre 1988 et 1992) et ancien Ministre du Travail, Michel Giraud avait accepté de renoncer à se présenter à nouveau à cause d'une casserole politico-financière.
Si, dans les Yvelines, la liste Huchon a nettement perdu face à la liste Bédier (30,1% contre 36,0%), à l'échelle régionale, c'était la victoire de la gauche plurielle en Île-de-France, et largement : 35,3% pour les listes Strauss-Khan contre 32,1% pour les listes Balladur, soit 86 sièges contre 79 (sur un total de 209, il ne faut pas oublier qu'à l'époque, c'était la proportionnelle intégrale, avec 36 élus du FN). Finalement, Dominique Strauss-Kahn, dont l'ambition nationale était très forte, a préféré conserver son grand ministère et a laissé la présidence du conseil régional d'Île-de-France à Jean-Paul Huchon. Ce fut pour ce dernier son bâton de maréchal et sans doute la première fonction qu'il aurait citée pour se définir.
Car Jean-Paul Huchon a présidé la région parisienne pendant trois mandats, du 24 mars 1998 au 31 décembre 2015. Il a été donc réélu deux fois, conduisant la gauche plurielle à deux autres victoires.
En mars 2004, j'avais fait campagne avec et pour André Santini, candidat centriste qui voulait faire entendre sa différence par rapport au candidat UMP Jean-François Copé, mais les arguments électoraux n'imprimaient pas. Le nouveau mode de scrutin, toujours à la proportionnelle mais à deux tours, attribuait une prime majoritaire à la liste arrivée en tête, comme c'était déjà le cas pour les élections municipales. Après la fusion des listes PS et PCF (mené par Marie-George Buffet) entre les deux tours, la gauche a obtenu 130 sièges sur 209 avec 49,2% des voix face au centre droit (réuni aussi au second tour) 64 sièges avec 40,7% des voix. Dans les Yvelines, Jean-Paul Huchon a fait jeu égal à la voix près (252 735 voix, 46,6%) avec Pierre Bédier, mais ayant gagné à l'échelle régionale, a remporté 16 sièges et le centre droit 10 sièges (sur les 28 disponibles dans ce département). À Paris, c'est Anne Hidalgo qui a mené la liste de gauche et a largement battu la liste de centre droit menée par l'ancienne sous-ministre Dominique Versini par 50,4% voix, soit 26 sièges sur 41, contre 43,5%, soit 13 sièges. À ce propos, notons que Dominique Versini, ancienne candidate RPR aux élections législatives en 2002, déçue par Nicolas Sarkozy, a soutenu François Bayrou à l'élection présidentielle de 2012, puis est devenue adjointe d'Anne Hidalgo à la mairie de Paris de 2014 à 2026.
En mars 2010, Jean-Paul Huchon s'est retrouvé avec une adversaire redoutable, Valérie Pécresse. Si celle-ci, à la tête des listes UMP, a réussi à devancer les listes socialistes au premier tour (27,8% contre 25,3%), elle a été largement battue au second tour avec seulement 43,3% face à une liste d'union de la gauche atteignant 56,7% des voix et remportant 142 sièges sur 209 (le centre droit seulement 67 sièges). Ce combat des chefs s'était retrouvé localement dans les Yvelines, puisque les deux têtes de liste régionale l'étaient également dans ce département, et comme en 2004, le scrutin a été très serré, la liste Pécresse l'a emporté avec 50,6% des voix (11 sièges sur 28) sur la liste Huchon 49,4% (17 sièges), avec moins de 5 000 voix d'écart.
Il est toujours délicat de faire un bilan de ses presque dix-huit ans de mandat à la tête de la région francilienne, d'autres s'en chargeront à l'avenir, avec des plus et des moins. En 2007, Jean-Paul Huchon a fait adopter un schéma directeur de la région opposé à la volonté du gouvernement (et notamment de Christian Blanc, sous-ministre de Nicolas Sarkozy et haut fonctionnaire connu pour sa proximité avec Michel Rocard) de faire le Grand-Paris. Il a pesé fortement sur le tracé des nouvelles lignes de métro autour de Paris (en tant que président de la région, il était le président du STIF, le syndicat des transports d'Île-de-France devenu Île-de-France Mobilités).
Plus généralement, Jean-Paul Huchon a transformé le conseil régional d'Île-de-France d'une collectivité de faible influence politique en acteur majeur de l'aménagement du territoire, des transports et de la vie quotidienne des Franciliens. En particulier, il a institué le Pass Navigo à tarif unique, en dézonant les territoires de la Petite et Grande Couronnes (mesure appliquée à partir de septembre 2015), il a piloté les lignes de tramway en banlieue parisienne, commencé le renouvellement du matériel roulant du RER et des trains de banlieue. De plus, il a fait adopter un plan pluriannuel de rénovation et de sécurisation des lycées franciliens, ainsi qu'un investissement dans des équipements informatiques destinés aux lycéens.
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En décembre 2015, Jean-Paul Huchon aurait souhaité solliciter un quatrième mandat, mais il y a eu de la contestation dans son camp : Marie-Pierre de La Gontrie (première vice-présidente du conseil régional) s'est présentée contre lui, ainsi que Claude Bartolone, alors Président de l'Assemblée Nationale. Finalement, Claude Bartolone allait être le seul candidat socialiste, mais il a fait une mauvaise campagne dans un contexte national de grande impopularité de la gauche au pouvoir. Valérie Pécresse a gagné les élections régionales de décembre 2015, là aussi de manière serrée à l'échelle régionale, puisqu'elle a obtenu au second tour 43,8% des voix et Claude Bartolone a obtenu 42,2% (avec un peu plus de 40 000 voix de retard), soit un rapport de force 121 sièges pour le centre droit sur 209 et 66 sièges pour la gauche.
En juin 2021, la situation régionale était complètement différent. D'abord, il y a eu l'élection du Président Emmanuel Macron en 2017, et une partie des socialistes l'ont soutenu dès le premier tour, ce qui était le cas de Jean-Paul Huchon. Ensuite, les insoumis représentaient, pour Jean-Paul Huchon, un danger politique majeur, comme le FN/RN. C'est ce qui l'a amené à prendre cette position inattendue, le soutien, au second tour, des listes menées par Valérie Pécresse contre celles menées par la gauche alliée aux insoumis. Il a fustigé la médiocrité ou l'extrémisme des candidats comme Audrey Pulvar (tête de liste du PS), Clémentine Autain (tête de liste des insoumis) et Julien Bayou (tête de liste des écolos puis de la gauche réunifiée au second tour).
Le résultat, c'est que les listes Pécresse ont progressé par rapport à 2015, avec 45,9% des voix dans une quadrangulaire au second tour (ce qui leur a donné 125 sièges sur 209, soit 4 de plus), suivies de la gauche 33,7% (53 sièges), du RN mené par Jordan Bardella 10,8% (16 sièges, une perte de 6 sièges) et des listes LREM (futur Renaissance) menées par Laurent Saint-Martin 9,6% (15 sièges).
Jean-Paul Huchon a toujours continué à s'intéresser au devenir de l'Île-de-France, en particulier de ses enjeux de transports, on peut le voir sur cette vidéo du 23 janvier 2023 où il participait aux Assistes du financement des transports franciliens 2024-2030.
Au fil du temps, après 2016, Jean-Paul Huchon et Valérie Pécresse, malgré leurs différences d'options politiques, sont devenus des amis. Dès l'annonce de son décès, Valérie Pécresse a exprimé son émotion sur Twitter : « Je perds un ancien adversaire politique, devenu mon ami. (…) Avec le départ de Jean-Paul, une page de notre histoire régionale se tourne. Nous l’avons écrite ensemble, parfois face à face, souvent côte à côte. ».
De son côté, Carole Delga, présidente socialiste du conseil régional d'Occitanie et actuelle présidente de Régions de France, a réagi de cette manière : « Jean-Paul Huchon, c’était une vie d’engagement : au service de l’État, au service d’une gauche moderne et réformiste fidèle à l’héritage de Michel Rocard, au service des Franciliennes et des Franciliens. Il croyait profondément aux régions et aura beaucoup fait pour qu’elles deviennent des acteurs essentiels du quotidien des Français. Nos régions perdent un bâtisseur et un compagnon de route attaché à la défense des territoires. ».
Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Jean-Paul Huchon.
Primaire du PS : la victoire du stagiaire de la gauche bobo.
Mort du parti socialiste (décès constaté le 11 octobre 2026 à 18h16 à Paris).
L'anaphore de Jérôme Guedj contre Mélenchon.
Primaire 2026 du PS : débat à la sulfateuse !
Primaire 2026 du PS : les 5 nains.
Primaire 2026 du PS : un débat télévisé qui fera date.
Bernard Cazeneuve.
François Hollande.
Gabriel Attal.
Olivier Faure, l'homme des Blois.
Discours d'Olivier Faure le 29 août 2026 à Blois (texte intégral et vidéo).
Raphaël Glucksmann.
François Patriat.
Yvette Roudy.
Madame LA ministre.
Michel Rocard.
Laurent Fabius.
Ségolène Royal.
Jean-Luc Mélenchon.
Huguette Bouchardeau.
Qui se souvient d'elle ?
L'investiture de François Mitterrand.
Itinéraire d'un Mitterrand gâté.
Le seul Front populaire.
Benoît Hamon.
Lionel Jospin.
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Jérôme Guedj.
Caroline Lang.
Entre culture et imposture.
La maladie de François Mitterrand.
Jean-Yves Le Drian.
Pierre Bérégovoy.
Un Pinay de gauche.
Hommage de François Mitterrand à Pierre Bérégovoy le 4 mai 1993 à Nevers (texte intégral).
Nicole Questiaux.
Entre social-démocratie et union de la gauche.
André Chandernagor.
Louis Mermaz.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Le fiasco de la candidate socialiste.
Le socialisme à Dunkerque.
Le PS à la Cour des Comptes.
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