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En 1940, face aux nazis, la France a évacué en secret plus de 2700 tonnes d’or par bateaux vers Dakar et le Canada

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Mai 1940. Les panzers percent à Sedan, les routes du nord sont engorgées de civils en fuite, et la France bascule. Pendant que le monde regarde la débâcle militaire, une poignée de fonctionnaires de la Banque de France orchestre en silence l’une des opérations logistiques les plus audacieuses de la guerre : mettre hors de portée nazie plus de 2 700 tonnes d’or, soit l’équivalent du deuxième stock mondial après celui des États-Unis.

À retenir

  • Pourquoi la France a-t-elle dû évacuer précipitamment son or en plein chaos militaire ?
  • Comment une flotte hétéroclite a-t-elle réussi à traverser l’Atlantique sans perdre le trésor ?
  • Où l’or français a-t-il finalement trouvé refuge, et quel prix Hitler a-t-il payé pour cet échec ?

Sommaire

  1. Un trésor à cacher avant l’arrivée des tanks
  2. La flotte d’or : croiseurs, contre-torpilleurs et même un chalutier
  3. De Dakar aux profondeurs du Mali : le dernier refuge
  4. Le bilan : une opération quasi parfaite

Un trésor à cacher avant l’arrivée des tanks

En septembre 1939, au moment de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, la France détenait dans ses caves 2 500 tonnes d’or, soit 20 % des réserves mondiales des banques, et le deuxième stock d’or du monde après celui des États-Unis. Une fortune colossale, disséminée entre la célèbre « Souterraine » de la Banque de France à Paris et près de 200 succursales réparties sur tout le territoire. La menace allemande était loin d’être une surprise : dès 1932, face à l’évolution de la situation en Allemagne, la Banque de France avait décidé de déplacer l’or loin des frontières de l’est, car si la plus grosse partie était entreposée dans la Souterraine, le reste était disséminé dans les 200 succursales.

Les autorités de la Banque de France s’activent à partir du 10 mai 1940 et de l’offensive éclair de la Wehrmacht vers les Pays-Bas, la Belgique et la France. Le 14 mai 1940, la décision est prise d’évacuer tout l’or français hors de l’Hexagone. Le ministre des Finances Lucien Lamoureux confie la tâche au gouverneur de la Banque, Pierre Fournier, de piloter l’opération. Ce choix n’allait pas de soi : Lamoureux se heurte à une forte opposition au sein du gouvernement. L’image de la France est en péril d’après les ministres : ce serait un signe de débâcle qui risquerait d’inquiéter la population. Lamoureux passa outre. Cette désobéissance raisonnée sauva le trésor national.

Il faut transporter l’or, dispersé dans 51 dépôts, vers les ports de Toulon, du Verdon et de Brest, au milieu d’une désorganisation totale : wagons vétustes, camions manquants, un véritable chaos sur les routes embouteillées par d’immenses colonnes de civils et de réfugiés fuyant l’ennemi. Entre septembre 1939 et avril 1940, la Marine nationale convoyait déjà en quatre fois quelque 400 tonnes vers New York via Halifax, au Canada. Pour sécuriser l’acheminement et diminuer les risques en cas d’attaque de sous-marins allemands, 11 navires sont mobilisés. Le système était rodé. Il allait maintenant être poussé à son maximum.

La flotte d’or : croiseurs, contre-torpilleurs et même un chalutier

Au cours du mois de juin 1940, 1 700 tonnes d’or ont pu ainsi quitter les ports français en direction du continent africain et de la Martinique. Selon les historiens, ce fut la plus grande « flotte d’or » qui ait jamais vogué sur les mers. Le croiseur Émile Bertin, surnommé le « Lévrier des mers », joue un rôle central dans cette épopée. En mai 1940, il reçoit l’ordre d’évacuer une partie de l’or de la Banque de France et effectue deux traversées de Brest à Halifax les 21 mai et 10 juin 1940. Lors de sa seconde traversée, il emporte 255 tonnes d’or, le plus gros transfert réalisé par un seul bateau.

Le destin du croiseur prend alors une tournure rocambolesque. À l’arrivée de sa seconde traversée vers Halifax le 18 juin 1940, il réussit à échapper à l’internement, alors que les Britanniques ont déjà l’intention de prendre le contrôle des navires de guerre français. Son commandant, le capitaine de vaisseau Battet, reçoit l’ordre de faire route vers la Martinique. Surveillé par le croiseur lourd HMS Devonshire, l’Émile Bertin rejoint Fort-de-France avec son chargement précieux le 24 juin 1940. Les sacs de toile furent déchargés, l’or mis dans des caisses confectionnées à la hâte, soit plus de 8 000 caisses de 35 kg chacune, et stocké sous la garde de l’armée de terre dans les casernes du fort Desaix.

Le gros du trésor, lui, prend la route de l’Afrique. Le 24 juin 1940, les six navires transportant l’or, escortés par les contre-torpilleurs Épervier et Milan, appareillent vers Dakar, rejoints le 27 juin par le cuirassé Richelieu. Le 28 juin 1940, le convoi arrive à Dakar avec 1 120 tonnes d’or. Plus d’une trentaine de bateaux au total contribuent à ce sauvetage : des croiseurs, des torpilleurs, des contre-torpilleurs et même le Clairvoyant, un chalutier. On ne refusait aucun moyen flottant capable d’avancer.

De Dakar aux profondeurs du Mali : le dernier refuge

Dakar n’est qu’une étape. Dès l’été 1940, la ville portuaire devient un théâtre d’affrontements entre forces de Vichy, France libre et Britanniques. Le 23 septembre 1940, le premier jour de l’offensive franco-anglaise sur Dakar, l’or est transféré du camp de Thiès vers Kayes, ville malienne située à 700 km de Dakar et à 18 heures de train de Dakar à l’époque. L’accès est compliqué : il n’y a que trois trains par semaine qui nécessitent 18 heures de voyage, sans téléphone et avec des routes impraticables lors de la saison des pluies.

L’or est gardé par l’inspecteur Gaston Lacroix avec 25 tirailleurs sénégalais et un sergent européen. Il faut souligner l’honnêteté et le soutien de la population de Kayes qui a notamment participé au déchargement de la précieuse cargaison, lequel dura 15 jours. Kayes n’est ni un coffre-fort high-tech ni une forteresse blindée. C’est une ville de l’intérieur des terres, choisie précisément pour son isolement, éloignée de toutes les frontières maritimes et terrestres. Hitler exigera par la suite que Vichy lui restitue cet or. Il n’obtiendra rien, ou presque.

Pour les forces d’Hitler, saisir l’or français aurait constitué un avantage stratégique considérable, permettant de financer l’effort de guerre du Reich. Pourtant, face à cette opportunité, elles se heurtent à une caisse vide. L’or restera à l’abri durant toute la guerre, malgré les pressions allemandes pour son rapatriement en métropole. Un échec cuisant pour le Reich, et une victoire silencieuse, presque invisible dans les livres d’histoire.

Le bilan : une opération quasi parfaite

L’or français évacué en 1940 demeure à ce jour un épisode peu raconté, considéré par certains historiens comme « la seule victoire française en 1940 ». Le résultat est vertigineux : sur des milliers de tonnes déplacées à travers l’Atlantique en pleine guerre sous-marine, environ 395 kg manqueront à l’appel, ce qui est très peu, probablement perdus ou volés entre Dakar et Kayes. L’anecdote la plus savoureuse ? Une caisse de 50 kg venant de la succursale de Laval est arrivée au port de Dakar « remplie de boulons et de morceaux de fer, au lieu des lingots attendus ».

L’épilogue de cette odyssée s’étire sur plusieurs années. L’or de Martinique ne reviendra dans l’Hexagone qu’en 1946. À l’exception de l’or belge ignominieusement rendu aux Allemands, pas une seule autre once d’or français ne fut utilisée durant la guerre, mais put à la Libération servir pour la reprise économique du pays. Ce trésor préservé, c’est en partie ce qui a permis à la France de se reconstruire sans partir de zéro, avant même l’arrivée du plan Marshall en 1948. Une logistique de l’ombre, menée par des banquiers, des marins et des tirailleurs sénégalais, qui a pesé autant que bien des batailles.

Sources : atlantico.fr | fr.linkedin.com

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