Un coquillage vieux de 125 millions d’années, découvert sur l’île de Wight, a été retrouvé avec ses tissus mous préservés — et ses bébés à l’intérieur. C’est la plus ancienne preuve fossile connue qu’un mollusque bivalve couvait ses petits dans ses branchies, une stratégie de reproduction que l’on croyait propre aux espèces actuelles.
Ce que vous allez apprendre
- Comment ce bivalve du Crétacé gardait ses bébés dans une chambre de couvain spécialisée dans ses branchies — et leur apportait du calcium
- Pourquoi les larves de ces mollusques devaient ensuite parasiter un poisson pour atteindre leur maturité
- Ce que cette découverte révèle sur la mystérieuse « molluskite » décrite il y a 200 ans
Un fossile enceinte vieux de 125 millions d’années
Les tissus reproducteurs se décomposent rapidement après la mort d’un animal, rendant l’étude de l’évolution des stratégies maternelles extrêmement difficile dans les archives fossiles. Une découverte exceptionnelle publiée dans Scientific Reports vient de combler une lacune de 125 millions d’années.
Sur l’île de Wight, au large de la côte sud de l’Angleterre — déjà célèbre pour ses fossiles du Crétacé — une équipe de recherche internationale a décrit un spécimen de Margaritifera valdensis, un bivalve d’eau douce apparenté aux moules perlières actuelles, dont les tissus mous sont préservés. À l’intérieur : ses bébés, encore dans leur chambre de couvain. « Il s’agit de la plus ancienne preuve fossile connue que ces mollusques prenaient soin de leurs petits et les protégeaient », explique Martin Munt, conservateur au Dinosaur Isle Museum et co-auteur de l’étude. « Jusqu’à présent, cette stratégie de reproduction n’était connue que chez les espèces actuelles. »
Une stratégie de reproduction digne d’un film de science-fiction
La biologie reproductive de ces bivalves est pour le moins singulière. Les mâles libèrent leur sperme dans l’eau ; les femelles l’aspirent pour fertiliser leurs œufs dans une chambre de couvain nichée dans leurs branchies. En plus d’un abri, les femelles fournissent à leurs petits du calcium — un minéral qui a probablement favorisé la conservation exceptionnelle de ces spécimens fossilisés.
Mais la phase suivante est encore plus étrange. Les petits se transforment en larves qui doivent infecter un poisson pour atteindre leur maturité. Ces larves se fixent aux branchies et aux nageoires du poisson, se développent sous sa peau, puis se détachent pour former de nouveaux bancs de mollusques. Une stratégie parasitaire obligatoire, gravée dans l’évolution depuis au moins 125 millions d’années.
Crédit : Delvene et al., Scientific Reports , 2026La « molluskite » enfin expliquée
Cette découverte résout également un mystère vieux de deux siècles. Une matière sombre et mystérieuse associée à ces fossiles, décrite pour la première fois il y a près de 200 ans sous le nom de « molluskite », n’avait jamais été identifiée. Les analyses géochimiques menées par Rafael Lozano de l’Institut géologique et minier d’Espagne révèlent qu’il s’agit en réalité de tissus mous fossilisés et de structures reproductives exceptionnellement bien conservés par les minéraux.
Les moules perlières, second groupe d’invertébrés le plus menacé
Cette découverte intervient alors que les moules perlières d’eau douce modernes, dont les ancêtres sont décrits ici, figurent parmi les créatures les plus menacées au monde. La pollution, les projets de construction, le changement climatique et la destruction des écosystèmes d’eau douce mettent en péril des centaines de leurs espèces actuelles — qui constituent pourtant des indicateurs clés de la santé des rivières et des lacs, et pourraient déjà sonner l’alarme sur la sixième extinction de masse.
l’étude est publiée dans Scientific Reports.


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