Se laisser fléchir par les arguments du camp d’en face est-il un signe d’intelligence ou de manque de cohérence, voire de faiblesse? Bien sûr, tout dépend du sujet, de l’enjeu, du timing. Il n’empêche, alors que donner son opinion est un acte risqué, qui exige de dire «je» face aux autres, changer d’avis en cours de route est encore plus délicat.
Et pourtant. Ceux qui changent d’avis sont ceux qui font vivre la démocratie. Les swing states font les élections aux Etats-Unis – ces Etats qui votent démocrate une année, républicain une autre. Chez ceux qui changent leur bulletin de vote, il y a la réflexion intérieure qui progresse, l’analyse de la situation et des enjeux qui évolue… Pas grand-chose à voir donc avec les changements d’avis à répétition de l’actuel locataire de la Maison-Blanche, qui ont à faire avec le malin plaisir de semer le trouble plus qu’avec une maturation de la pensée.
Pourquoi les hommes suisses ont-ils fini par dire oui au vote des femmes en 1971 alors que douze ans plus tôt, ils avaient dit non? Pourquoi la BNS a-t-elle renoncé au taux plancher un mois après l’avoir confirmé? Faut-il envoyer à Fukushima ces opposants au nucléaire qui s’y opposent moins? Où passe la frontière entre reniements qui alimentent la défiance vis-à-vis des politiques et adaptations indispensables à un monde complexe et mouvant?
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Le général de Gaulle a changé d’avis sur l’Algérie française; les socialistes français ont fini par se résigner à l’austérité et à l’économie de marché; Angela Merkel a adopté le «Wir schaffen das»… Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent, disait Edgar Faure, un politicien français qui savait de quoi il parlait.
Savoir faire évoluer son avis est crucial dans un pays comme la Suisse, où le système confédéral et la démocratie directe ont fait du compromis et de la conciliation des trésors nationaux, encore plus que l’horlogerie ou le Cervin. Une montagne d’arguments plus loin, on met de l’eau dans son vin, on accepte le principe de réalité, le contexte qui change, et en faisant un pas vers l’autre, on montre qu’on l’a sincèrement écouté. Et donc, qu’on l’a respecté.
Ce qui est possible sous la Coupole ne l’est hélas pas sur les réseaux sociaux, où des algorithmes organisent notre rapport à l’altérité: à moins de chercher proactivement la contradiction, il y a d’immenses chances qu’en ligne, vous ne soyez jamais en contact qu’avec des personnes qui ont le même avis que vous – ce qu’on appelle «la bulle de filtre». En ces temps de polarisation exacerbée, il est pourtant capital de savoir se mettre «dans les chaussures de l’autre», comme on dit en anglais. A défaut, sinon, de cheminer tout seul.


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