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Du charbon au dîner

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Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


La Selle

J’étais heureux, l’autre matin, en accompagnant ma petite-fille à l’école : j’ai aperçu trois beaux chevesnes qui remontaient le courant de la Selle. J’adore ce beau poisson qui devient rare et que je pêchais, enfant et adolescent, dans la Vesle, la plus française et la plus jolie rivière de l’Hexagone, en compagnie de mon regretté cousin, dit le Pêcheur de nuages. Nous les capturions après le pont moussu, fait de ciment et de bois, et qui donnait sur un déversoir dans la propriété du château Mignot, à Sept-Saulx (Marne) où notre grand-père était jardinier. Trois beaux chevesnes, donc, dans la Selle, à Amiens. Pourquoi, diable, je vous raconte ça ? Parce que la pêche me manque. Et parce que j’ai converti plusieurs personnes et animaux à l’observation des poissons depuis les ponts. Parmi eux, ma petite-fille, mais aussi Simone, le bouledogue français que j’élevais avec une amie, et bien sûr, bien sûr, la Sauvageonne qui raffole de cet halieutique exercice. Elle commence même à reconnaître les variétés de poissons elle qui, jusqu’ici, eût été bien incapable de différencier une anguille d’un brochet.

J’ai tenté de l’emmener à la pêche à l’étang du Courrier picard mais, à mon grand regret, elle a refusé : « Pas question ! Il y a des bêtes ! », lance-t-elle, effrayée. Ce qu’elle appelle les bêtes, ce sont les moustiques, les taons et les couleuvres. Elle est trop mignonne ; une vraie fille. Afin d’attiser sa peur, je lui ai raconté que lorsque je combattais en Indochine, en 1952, j’avais été attaqué par un Python réticulé de six mètres de long (apprivoisé et utilisé comme arme molle par les Viets) que j’étais parvenu à vaincre en l’étranglant. Mais pourquoi, diable, je vous raconte encore tout ça ? Ça va encore jaser du côté de mes amis du forum des lecteurs. Si, je sais car, comme d’habitude, c’est la Sauvageonne, ma comédienne préférée, qui m’a entraîné par deux fois à la Comédie de Picardie.

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D’abord, nous sommes allés voir Du charbon dans les veines, dont on nous avait dit, à juste titre, le plus grand bien. Mise en scène par Jean-Philippe Daguerre, « cette pièce dresse le portrait d’une communauté de gueules noires à la veille des années 1960. » L’action se déroule à Nœux-les-Mines, ville minière du nord de la France. Sosthène vient de faire l’acquisition, grâce à sa pension de la silicose, d’une télévision en noir et blanc. Son but ? Suivre la Coupe du monde de football en Suède et, en particulier, Raymond Kopa, ancien mineur de Nœux. Son fils Pierre et son copain Vlad travaillent dur à la mine ; ils élèvent des pigeons-voyageurs et jouent de l’accordéon dans l’orchestre local dirigé par Sosthène… Un spectacle souvent émouvant et interprété par des comédiens talentueux et inspirés.

« Un dîner d’adieu », Théâtre de l’Alambic, octobre 2026

La seconde pièce, à dire vrai, la Sauvageonne n’a pas eu besoin de me convaincre car elle était présentée par le Théâtre de l’Alambic, une troupe chère à mon cœur. Pourquoi ? Parce qu’elle a eu la bonté de porter en scène L’Écharpe rouge, le premier spectacle théâtral que j’ai écrit en 2014. À la Comédie de Picardie, la troupe (dirigée par mon confrère Thierry Griois, journaliste au Courrier picard), a donné Un dîner d’adieu, d’Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte, mise en scène par Julien Moglia. L’histoire ? Clothilde (interprétée par Véronique Van Der Sype) et Pierre (Philippe Bennezon) en ont assez de se forcer à se rendre à des dîners dits amicaux. Ou de les organiser. Ils décident de faire le ménage dans leur réseau de copines et copains. Pour ce faire, ils mettent en place des dîners d’adieu. Leur première victime sera Antoine Royer, leur plus vieil ami. Clotilde et Pierre ne savent pas encore que ce repas va leur réserver quelques surprises… Grâce à une mise en scène efficace et trois comédiens parfaits dans leurs rôles, on rit, on rit même beaucoup. Humour décapant mais également émotion, en particulier à la fin où la cruauté ambiante prend des accents de belle fraternité et de rassérénante réconciliation. « Cette pièce, c’est moi qui l’ai trouvée ; c’est toujours moi qui trouve les textes », expliqua Véronique à l’issue du spectacle. « Je me rends souvent sur le site de la Librairie théâtrale. Ces auteurs (Alexandre de la Pattelière et Mathieu Delaporte), nous les connaissions ; ce sont eux qui ont écrit Le Prénom, une pièce qui parle à tout le monde. Ce fut un coup de cœur à la lecture, tout simplement. Le metteur en scène, Julien Moglia, est d’Amiens. Il est comédien professionnel. Nous avons joué sept fois cette pièce ; la création, nous l’avons faite au centre culturel Jacques-Tati, à Amiens, il y a un an. Ensuite, on a joué à Flixecourt et dans des communes rurales autour d’Amiens. » Nous avons passé un très bon moment. En regardant la Sauvageonne rire aux éclats, je me disais qu’elle en oubliait le python réticulé de six mètres de long que j’avais étranglé en Indochine.

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