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C’est une audience chargée en émotions qui a mis fin mardi aux procédures criminelles contre Richard Edwin. Le meurtrier a été automatiquement condamné lundi à deux peines à perpétuité sans droit de libération conditionnelle avant 25 ans pour les meurtres prémédités de Kartik Vasudev et d’Elijah Mahepath à Toronto en 2022. Les familles des deux victimes ont pu témoigner une dernière fois de leur douleur respective.
Richard Edwin avait admis à l’ouverture de son procès sans jury en octobre dernier qu’il avait tué au hasard, par balles et dans le dos, l’étudiant indien et le résidant à deux jours d’intervalle les 7 et 9 avril 2022.

Kartik Vasudev et Elijah Eleazar Mahepath ont été tués par balles à deux jours d’intervalle en 2022 à Toronto. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation du service de la police de Toronto
L’individu de 43 ans, qui est atteint d’une schizophrénie non traitée, ne les connaissait pas. Richard Edwin avait raconté qu’il avait vu un homme sur une souche qui lui avait ordonné de tuer M. Vasudev et entendu, deux jours plus tard, la voix d’un homme qui lui intimait d’abattre M. Mahepath.
Déclarations de la famille Vasudev
Les parents de l’étudiant de 21 ans avaient fait le voyage d’Inde pour témoigner au palais de justice de Toronto, tandis que leur fille, Riya, et leur second fils, Parth, ont pris la parole depuis leur domicile sur une plateforme numérique.
La mère de la victime, Pooja Vasudev, affirme qu’elle est privilégiée d’avoir eu un fils comme Kartik. Elle rappelle que son fils a été tué trois mois seulement après son arrivée au Canada, où il étudiait en administration des affaires à l’université.
Il était parti à Toronto pour avoir une meilleure éducation afin de revenir en Inde et aider sa famille, dit-elle. Sa perte est incommensurable. On lui a pris sa vie, on lui a volé ses rêves, ajoute-t-elle en pleurs.

Pooja Vasudev, la mère de Kartik, explique qu’elle et son mari sont venus au Canada pour assister à l’enquête préliminaire, avant de revenir pour le procès et finalement y retourner pour le jour de la sentence.
Photo : Radio-Canada / Michael Cole
Mme Vasudev souligne qu’elle est plongée dans une profonde dépression depuis 4 ans, qu’elle ne dort plus et que sa famille a des problèmes financiers.
Kartik avait une âme innocente. Il était brillant et nous l’adorions. Il nous manque terriblement, poursuit-elle.
Jitesh Vasudev précise que son fils était un jeune homme responsable et qu’il avait refusé de croire le policier qui l’avait appelé pour l’avertir que son fils était mort.
Il n’était pas seulement mon fils, mais le cœur de notre famille, il voulait que nous soyons fiers de lui, dit son père.

Jitesh Vasudev, le père de Kartik, affirme que la famille a des difficultés financières et qu’il ne pourra plus compter sur son fils pour l’aider puisqu’il ne reviendra jamais en Inde.
Photo : Radio-Canada / Michael Cole
Il souligne que son fils est parti trop tôt, mais qu’il laisse derrière lui d’heureux accomplissements.
Kartik devait être notre gagne-pain et il m’avait dit que je n’aurais plus à travailler lorsqu’il rentrerait au pays avec son diplôme, déclare-t-il.
Jitesh Vasudev affirme que son chagrin et le stress ont aggravé son diabète et la haute pression de son épouse.
Tout a changé, je dois travailler plus et je n’ai plus que des souvenirs pour me raccrocher à la vie, conclut-il.
Parth Vasudev affirme qu’il ne se passe pas un seul jour sans qu’il ne pense à son frère aîné. Kartik était plus qu’un frère, mais un protecteur. Ma famille s’est désintégrée lorsqu’il a disparu, dit-il.
Il mentionne que sa mort continue à le hanter, qu’il en est très affecté mentalement et qu’il vit dans la peur depuis 4 ans. Je m’inquiète aussi pour la sécurité et le bonheur de ma famille, précise-t-il.
Riya Vasudev a été tout aussi émotive. Je ne sais pas si je vais pouvoir surmonter sa mort, je le pleure tous les jours, dit-elle.
La jeune femme ajoute que son frère avait un brillant avenir devant lui et qu’il leur apportait une joie immense.
Déclarations de la famille Mahepath
Les sœurs d’Elijah, Hannah et Yohanna Mahepath ont fait lire leur déclaration respective par les procureures.
Je n’ai pas de mot pour décrire mon chagrin, mon petit frère était véritablement un homme heureux après une enfance pourtant difficile, dit Hannah Mahepath.
Je ne comprenais pas comment il pouvait être aussi optimiste après toutes les épreuves qu’il a encaissé, poursuit-elle.
Elle le décrit comme étant authentique et généreux. Il avait une âme douce et le don pour soutenir et aimer les autres, je l’admirais, conclut-elle.

Monica Gonsalves, la mère adoptive d’Elijah Mahepath, s’est dite heureuse du verdict de culpabilité prononcé contre le meurtrier de son fils.
Photo : Radio-Canada / Michael Cole
Yohanna Mahepath affirme pour sa part qu’elle a dû prendre un congé de maladie, parce que la mort de son frère a affecté sa santé mentale et qu’elle a besoin de temps pour surmonter son traumatisme.
Mon monde s’est rétréci et je ne me sens plus en sécurité autour des gens, conclut-elle.
Contrairement à ses sœurs, le frère d’Elijah, Israel, a pris la parole en s’adressant au meurtrier dans le box des accusés. Ce que vous avez fait m’a mis à l’épreuve, mais, sans Dieu, je serais détruit aujourd’hui, lui lance-t-il.
Elijah aurait été estomaqué par votre geste, mais il vous reste encore une chance de vous racheter, ajoute-t-il en l’invitant à demander pardon au Seigneur.
La tante d’Elijah, Monica Gonsalves, qui l’a adopté comme son fils lorsqu’il avait 14 ans, a rendu une déclaration écrite à la juge, incapable de parler devant le prétoire.

Richard Edwin est resté les bras croisés pendant presque toute la durée de son interrogatoire de police de 50 minutes, le 11 avril 2022. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
Avant d’être condamné à la perpétuité, Richard Edwin a dit qu’il était navré de ce qu’il avait fait, mais que ce n’était pas de sa faute, rejetant ainsi la responsabilité sur ses troubles mentaux.
Aucun être sain d’esprit n’aurait fait ce que j’ai fait, déclare-t-il.
À l’extérieur du tribunal, Monica Gonsalves a applaudi devant la presse au verdict de culpabilité en le qualifiant de juste et en rejetant la thèse sur la non-responsabilité criminelle.
La juge l’a très bien vu et elle l’a très bien expliqué hier, je dois donc me ranger de son côté, déclare-t-elle.
La famille Vasudev a été plus clémente. Jitesh Vasudev affirme néanmoins que le verdict est équitable.
Nous sommes soulagés, nous pouvons tourner la page après avoir attendu 4 ans pour obtenir justice, dit-il.
Éprouvées par le deuil, les deux familles se sont dites heureuses de s’être rencontrées malgré les circonstances.


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