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Actu.fr a pu rencontrer Nick Raudenski, le chef de la lutte contre la fraude technologique à l'Union cycliste internationale. Il traque les moteurs dans les vélos.
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Par Maxime T'sjoen Publié le 19 juil. 2026 à 18h05
Pour les coureurs, c’est la loterie. Le process ne doit pourtant rien au hasard. Chaque soir, une dizaine de vélos passent, dans une grande tente noire, aux rayons X. Histoire de vérifier qu’il n’y a pas un moteur dans le vélo. Car si le dopage biologique est dans toutes les têtes, le dopage mécanique est aussi niché dans un coin des nombreuses suspicions sur le Tour de France. Et dans le vélo en général ! Et l’Union cycliste internationale ne prend pas le dossier à la légère : à la tête de la lutte contre la fraude technologique ? Nick Raudenski, un Américain qui autrefois traquait les terroristes à la Sécurité intérieure américaine. Aujourd’hui, il traque la moindre anomalie dans les vélos des champions. Il n’a jamais trouvé de moteur, et de son mètre 90 (sans parler de ses épaules façon armoire à glace du Texas), on n’aimerait pas être à la place du premier tricheur que Nick Raudenski prendra dans ses filets.
Ancien agent de la sécurité intérieure américaine
Repartons de zéro. Officiellement, l’UCI lutte contre la fraude technologique et, si on veut être précis, « tout ce qui touche à la propulsion du vélo », explique Nick Raudenski. Et la lutte a pris un nouveau tournant depuis que le nouveau chef de la lutte contre la fraude technologique a été recruté en 2024.
Mon profil permettait d'évoluer au-delà des simples inspections pour intégrer des aspects liés au renseignement et à l'enquête. On peut dire, pour simplifier, que je joue les détectives à la recherche de moteurs dans les vélos.
Il apporte son expérience de la sécurité intérieure et a défini une nouvelle méthodologie : recueil de renseignements, trouver des sources… « Il s’agit d’aborder le problème sous un angle différent, qui ne se limite pas à de pures inspections techniques. »
Pas de contrôle aléatoire
Aussi, donc pas de place à l’aléatoire dans le choix des contrôles. « Ce n’est pas très efficace » de toutes les manières. À chaque étape donc, les porteurs de maillot, les vainqueurs, sont contrôlés. Vient ensuite le ciblage. Si un équipier, par exemple, « a roulé en tête pendant 50 km, assurons-nous de le contrôler ». Si une cinquantaine de vélos sont contrôlés chaque jour, ils sont entre 8 et 12 à être inspectés aux rayons X à l’arrivée.
Plusieurs chaperons de l’UCI attendent les coureurs ciblés après la ligne. Lorsqu’un coureur arrive, ils attachent un bracelet rouge – type Cerflex – sur le vélo.
Une fois le vélo marqué, nous avons la certitude que le vélo contrôlé est bien celui qui a franchi la ligne d'arrivée. Cela évite tout changement de vélo.
Squelette d’un vélo
La suite se passe dans une tente noire, attenante à l’arrivée, où un agent de l’UCI spécialiste en rayon X et un commissaire de la course font l’analyse avec une procédure systématique.
L’opérateur technique commence le scan aux rayons X en procédant de manière méthodique, de l’arrière vers l’avant du vélo.
Il examine ainsi la roue arrière, le moyeu arrière, la tige de selle, le boîtier de pédalier, la fourche avant et le moyeu avant, à la recherche de zones suspectes ou d'anomalies potentielles — des éléments qui diffèrent de ce à quoi nous nous attendons normalement lors de l'inspection.
La méthode est toujours la même, ce qui permet de remarquer toute anomalie ou élément inhabituel. « Cela garantit la cohérence du contrôle. » Contrôle qui est d’ailleurs assez rapide, entre trois et cinq minutes. Après ce léger délai, l’opérateur expert possède une radiographie complète (comme celle d’un humain) du vélo et de ce qui se cache dans les moindres recoins de l’engin.

Les coureurs, eux, réagissent souvent positivement aux contrôles. « Ils veulent que le peloton soit propre. Que leur sport soit propre », juge Nick Raudenski. Des propos qui résonnent parfaitement avec ce que nous disait un officier des contrôles antidopage (biologique, cette fois). Le positivisme peut être altéré par des arrivées au sommet ou lorsqu’il fait très chaud, quand la seule chose qu’ils ont en tête est de rentrer à l’hôtel.
Jamais un moteur
Au final, jamais un moteur n’a été trouvé. C’est tant mieux, et cela ne veut surtout pas dire que le programme de lutte contre la fraude technologique est un échec. Au contraire, « cela a une réelle valeur en termes de dissuasion et de prévention, car les coureurs savent que des contrôles auront lieu. Ils savent que leurs vélos sont susceptibles d’être inspectés », promet Nick Raudenski.
Sans compter que, si l’UCI ne trouve pas de moteurs, les contrôles sont « si poussés » que les rayons « peuvent déceler des modifications dans les vélos d’une étape à l’autre ». « Nous restons à l’affût de tout ce qui sort de l’ordinaire », promet le chef de la lutte contre la fraude technologique, qui y voit le moyen de découvrir des innovations, sans que cela soit de la triche. « On tombe sur des choses étranges. » Mais pas de moteur.
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