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Rendez-nous Mazarin!
François Molins vit au pays des bisounours, alors que de grands dirigeants ont mis le vice au service de la France...
La candidate à la présidentielle Marine Le Pen, le procureur général honoraire près la Cour de cassation François Molins © SA HARSIN/SIPA
© Syspeo/SIPA
Nous savions depuis lurette, chez Causeur, que notre chroniqueur avait une morale équivoque. Voilà qu’il appert (du verbe apparoir, trop peu utilisé) qu’il n’a pas de morale du tout: loin de condamner la résolution de Marine Le Pen de se présenter alors qu’un tribunal l’a condamnée, ce qui fait hurler la gauche, qui comme chacun sait ne compte que des petits saints dans ses rangs, il appelle de ses vœux un candidat parfaitement dégagé des diktats de la vertu.
Le procureur général auprès de la Cour de Cassation, François Molins, s’indigne dans un article de La Croix que Marine Le Pen ose se présenter aux suffrages des Français après avoir été condamnée pour des faits délictueux. Un(e) président(e) doit « être exemplaire » écrit-il. La décision des juges, rajoute-t-il, « permet de souligner la nécessaire dignité de la fonction politique dans une démocratie représentative où les citoyens élisent leurs représentants au suffrage universel et où ce ne sont pas les citoyens qui gouvernent mais leurs représentants élus. C’est donc l’intérêt des citoyens que ceux qui vont gouverner soient des personnes honnêtes et vertueuses. »
Vertueuses ! Le gros mot est lâché !

Dans son dernier numéro, le magazine Marianne propose un jeu de l’été original : « Choisissez votre champion de l’Histoire de France ». Et de soumettre au vote des lecteurs 32 candidats au titre de « meilleur représentant historique de la classe politique ». Le jeu se veut sérieux — Marianne n’a inclus ni Hollande ni Macron. Pour satisfaire tout le monde, il y a Danton et Robespierre, Jeanne d’Arc et Catherine de Médicis…
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Mon préféré, et de très loin, c’est Mazarin. Oui, Giulio Mazarini, l’Italien fourbe, l’immigré, Premier ministre du jeune Louis XIV, amant puis mari de la reine Anne d’Autriche. L’homme qui a écrasé la Fronde, qui a remporté la Guerre de Trente ans, et qui a manœuvré pour mettre les Bourbons sur le trône d’Espagne, réduisant à rien les prétentions des Habsbourgs.
Question morale, il n’était pas vraiment exemplaire. Arrivé en France parfaitement gueux, il laisse à sa mort plus de 70 millions de livres-or (ne cherchez pas, c’est incalculable) à ses nièces, faisant d’elles les plus riches héritières qui onques virent le jour en France. Et en sous-main, il abandonna 12 millions au jeune roi Louis, qui piaffait en sondant ses poches vides. 12 millions, et Colbert.
Le « Grand Siècle » ne fut grand que parce que se succédèrent au pouvoir trois génies : Richelieu, Mazarin et Colbert. C’était une époque terrible, soumise au petit âge glaciaire qui gelait les moissons en juin. Ni canicule, ni réchauffement climatique — juste l’inverse. Une famine une année, une épidémie l’année suivante. 12 millions de Français à la mort d’Henri IV en 1610, guère davantage, malgré une natalité surabondante, à la mort de son petit-fils Louis XIV en 1715.
Mais c’est sous Mazarin que l’armée française écrase les Espagnols à Rocroi ou à Lens. Que la flotte française lamine la Hollande. Que la Fronde, cette émeute générale des bourgeois et des nobles, est subjuguée. Que les finances sont en partie rétablies. Que les relations avec la Grande-Bretagne se remettent au beau fixe, grâce au mariage abracadabrantesque du frère homosexuel du roi, Philippe, avec sa cousine germaine, Henriette d’Angleterre. Que l’industrie reprend des forces. Et que le pouvoir suscite une formidable cohorte d’écrivains et d’artistes pour célébrer ses fastes.
Comparez avec la France de Macron…
Alors, abus de biens sociaux, peut-être : Mazarin s’était affecté à lui-même une quarantaine d’abbayes plus riches les unes que les autres dont il percevait les bénéfices. Mais c’est lui aussi qui institua l’opéra en France, en le faisant venir d’Italie, et qui lança les artisans-vitriers dans la confection de miroirs de grande taille qui ornèrent plus tard les murs de la Galerie des glaces, à Versailles — afin que le pouvoir s’y contemple chaque jour.
Il avait pourtant de splendides opposants, pas plus vertueux que lui. C’est son plus farouche adversaire, le cardinal de Retz, qui écrivait : « Je choisis de faire le mal par dessein, ce qui est certainement le plus criminel devant Dieu, mais le plus sage devant les hommes. » Ce devrait être la maxime de base de tous les gouvernants de qualité.
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Ils pourraient au besoin s’inspirer des Considérations politiques sur le coup d’Etat, rédigées en 1639 par Gabriel Naudé. On y justifie toutes les trahisons des politiques au nom de l’intérêt supérieur de la France. Jamais la France ne fut plus intelligente.
La morale n’a rien à voir avec la politique. Le talent, oui. J’attends une personnalité qui sera un nouveau Mazarin, un nouveau Bonaparte, un nouveau Clemenceau. Et nous n’irons pas la chercher chez les robins, comme on disait jadis pour désigner les gens de justice, mais dans la chair vive du peuple. Pas dans la caste aujourd’hui au pouvoir, aujourd’hui tremblante à l’idée d’en être dégagée l’année prochaine, mais chez les obscurs, les sans grade, chez tous ceux qui ont le courage et l’envie de sauver la France. Les Italiens ont trouvé Giorgia Meloni, dont les décisions sans états d’âme me rappellent les beaux jours de Deng Xiaoping. Nous aurons Marine Le Pen, pourvu qu’une fois au pouvoir elle se dégage de toute obligation morale — ce boulet de la démocratie — et gouverne dans l’intérêt supérieur du pays.
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