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Chronique

auteur

Dominique Méda

Professeure de sociologie à l’Université Paris Dauphine-PSL

Le fonctionnement de plus en plus autoritaire des fondateurs ou des dirigeants de groupes américains de la Tech, comme Elon Musk ou Peter Thiel, appelle une régulation, estime la sociologue dans sa chronique.

Publié aujourd’hui à 10h00 Temps de Lecture 3 min.

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La démocratie est-elle menacée par le marché ? Alors que les principaux fondateurs des entreprises d’intelligence artificielle (IA) nous annoncent qu’ils sont en train de perdre le contrôle de leur créature, que les entreprises d’énergies fossiles continuent à accélérer le dérèglement climatique et que les Etats semblent dépassés – lorsqu’ils ne sont pas complices –, la question est puissamment d’actualité.

Si la démocratie semble menacée par le marché, c’est d’abord parce que les entreprises ont acquis au cours des derniers siècles des pouvoirs exorbitants, rendus possibles par les montants gigantesques des capitaux qu’elles peuvent rassembler et mettre au service d’objectifs qui peuvent être très éloignés de l’intérêt général.

Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en France, il a longtemps été impossible de créer une société anonyme sans obtenir l’autorisation expresse de l’Etat. Parce qu’elle permettait de réunir d’importants capitaux et de limiter la responsabilité des investisseurs, le code de commerce français de 1807 conditionnait la création d’une société anonyme à l’autorisation du gouvernement, accordée si et seulement si celle-ci avait prouvé son utilité publique. La loi de 1867 supprimera cette autorisation gouvernementale, notamment pour faciliter les grands travaux de la fin du XIXe siècle.

Si les années post-seconde guerre mondiale sont parvenues à canaliser la puissance du marché en donnant de nombreux instruments d’intervention à l’Etat (nationalisations, réglementations…), les années 1970 et 1980 ont vu se développer des idéologies de plus en plus favorables aux apporteurs de capitaux. L’idée selon laquelle l’unique mission du dirigeant d’entreprise doit être de prendre soin de l’intérêt des actionnaires a été théorisée. Parallèlement se sont développées des multinationales surpuissantes, dont le chiffre d’affaires dépassait le produit intérieur brut de certains pays. Aujourd’hui, des entreprises engagent des procédures d’arbitrage contre des Etats ou organisent un chantage à la délocalisation.

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