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« La décivilisation désigne un processus de régression des mœurs, de perte des règles de civilité et d'augmentation de la violence au sein d'une société. » (IA Google).
Chaque jour, de nouvelles informations ont de quoi me déconcerter, de quoi nous choquer, de quoi nous conforter dans une sorte de dépression collective et civilisationnelle. Il faut dire qu'avec l'octogénaire Donald Trump à la Maison-Blanche depuis janvier 2025, nous sommes garnis. Le "nous" étant très général, le genre humain, nous les humains, nous les Terriens de cette époque.
La dernière nouvelle provient du Ministre américain de la Défense Pete Hegseth qui a déclaré ce jeudi 8 octobre 2026 que le condamné à mort Nidal Malik Hasan serait exécuté par un peloton d'exécution et que l'armée américaine diffuserait cette exécution publiquement en direct. Elle devrait avoir lieu le 3 décembre 2026 à 13 heures au Fort Hood. Ses propos ont été prononcés lors d'une interview dans un média d'extrême droite : « Les gens doivent comprendre que ce genre d'acte entraîne de graves conséquences. (…) Et nous allons nous assurer que les gens puissent regarder [l'exécution], que ce soit public. ». Réactions très vives !
C'est une date sensible, le vendredi 9 octobre 2026 : c'est le quarante-cinquième anniversaire de l'abolition de la peine de mort en France (heureuse législation) ; c'est aussi l'attribution du Prix Nobel de la Paix, avec des pressions de Donald Trump pour le réclamer, voire l'exiger (« Je le mérite largement ! »). Ça ose tout.
Heureusement, le Comité Nobel d'Oslo a choisi une autre personnalité, en l'occurrence l'avocate sud-africaine Navi Pillay, 85 ans, « pour ses efforts en faveur de la promotion de la paix et du droit international ». Présidente du tribunal pénal international pour le Rwanda de 1999 à 2002, militante anti-apartheid, elle a réagi avec beaucoup d'humour à Nuremberg où se déroulait un sommet de droit international : « Si vous applaudissez un peu plus fort, je partagerai peut-être le prix avec Trump. ». Elle a aussi présidé la commission d'enquête qui a accusé Israël de commettre un génocide à Gaza (alors que ce n'est pas un génocide), d'où la réaction agacée du Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou : « Le Comité Nobel a perdu sa boussole morale. Il a décerné sa plus haute distinction à une sectaire qui a bâti sa carrière en inventant et en propageant des légendes de sang contre le seul et unique État juif. ».
Ce même vendredi, Donald Trump lui-même a émis un doute sur le caractère public de l'exécution, à la suite des nombreuses réactions d'indignation tant aux États-Unis que dans le monde. Même le Vice-Président JD Vance a été choqué par l'annonce de Pete Hegseth : « Je ne sais pas si cela va avoir lieu. (…) Si c'est diffusé en direct, je ne regarderai pas ! ». D'où la temporisation du Président Trump, grand promoteur de la peine de mort : « Ils sont en train de prendre une décision, mais il sera tué par peloton d'exécution. ».
Dans ce sujet, il y a plusieurs éléments, au moins trois : le principe de la peine de mort, même pour un condamné reconnu coupable avec certitude ; la manière d'appliquer la peine de mort ; le caractère public de l'exécution.
Donald Trump a accéléré le rythme des exécutions dans son pays. Il l'a aussi fait lorsqu'il a terminé son mandat en 2020, après son échec électoral. Le cas de ce jour est assez éloquent. Il n'est pas question d'excuser Nidal Malik Hasan, 56 ans, c'est un gros dégueulasse, assurément. Sa culpabilité est assumée.
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Il était médecin psychiatre dans l'armée de terre américaine avec le grade de major, musulman d'origine palestinienne. Le 5 novembre 2009 à 13 heures 34, il a commis l'irréparable au Fort Hood, une base militaire du Texas : provoquant une fusillade, il a assassiné treize personnes, dont douze militaires et une femme enceinte, et blessé trente-trois autres personnes. Il aurait crié Allah akbar avant de faire feu. Ce massacre est considéré aux États-Unis comme l'attentat terroriste islamiste le plus grave sur le sol américain depuis le 11 septembre 2001. L'assaillant a été arrêté par un officier de police qui a tiré sur lui et l'a blessé, si bien qu'il est depuis ce jour en situation de handicap, dans un fauteuil roulant. En raison de son statut militaire, il a été jugé par une cour martiale et a été condamné à mort le 28 août 2013.
Il est clair que dans ce jugement, l'erreur judiciaire est peu probable voire quasiment impossible. L'idée de la peine de mort, c'est de punir un acte horrible d'un autre acte horrible, et cela au nom de la société. Bref, être aussi barbare que les barbares. La civilisation, c'est justement de s'élever au-dessus de cela.
Et répétons-le avec insistance : la peine de mort ne joue aucun rôle dissuasif. Sinon, cela se saurait, surtout aux États-Unis, il y aurait moins de criminalité si c'était vrai. C'est d'autant plus vrai qu'il s'agit d'un terroriste islamiste, à savoir qu'il s'attendait à être tué pendant l'attentat, voire il le souhaitait. Donc le menacer de mort ne l'aurait jamais fait renoncer. La preuve, puisque cette perspective ne l'a pas arrêté.
Cet attentat a soulevé un sujet annexe, la peur d'un ennemi de l'intérieur, car 20 000 musulmans servaient, en 2009, dans l'armée américaine, à une époque où elle intervenait en Afghanistan et en Irak, et cherchait des soldats capables de parler la langue régionale.
Le choix de la mort par peloton d'exécution n'est pas anodin non plus. Il a pour but de marquer les esprits, mais lesquels ? Celui des futurs terroristes ? Auquel cas, comme dit précédemment, cela ne les arrêtera pas. Celui des honnêtes citoyens avec des visées électoralistes ? Rappelons que le 3 novembre 2026 (dans moins d'un mois), il y aura des élections cruciales pour Donald Trump (législatives et sénatoriales). Dans le cadre fédéral, il n'y a plus eu d'exécution par peloton d'exécution depuis 1945 (pour l'exécution d'un soldat déserteur). Mais certains États des États-Unis y ont encore recouru dans la période récente.
Enfin, faut-il diffuser (en direct !) l'exécution ? Il n'y a plus eu d'exécution publique depuis 1936 aux États-Unis. Actuellement, il n'y a que des États au monde qui rendent publiques les exécutions : l'Iran et l'Afghanistan. Cela donne une idée du standard que voudraient se donner les États-Unis. Régression morale ! En fait, en voulant diffuser en direct cette exécution, le gouvernement américain est aussi moche que les terroristes de Daech qui faisaient des exécutions uniquement pour en diffuser les vidéos et terroriser tout le monde. N'oublions pas non plus le fait que si l'exécution est diffusée publiquement, cela signifie que des enfants pourront la voir librement dans les réseaux sociaux où la vidéo tournera forcément en boucle.
Insistons : l'indignation aux États-Unis portent sur l'idée d'une diffusion publique et en direct de l'exécution, peut-être sur le peloton d'exécution, mais très peu sur l'exécution elle-même, le principe même de l'exécution, de la condamnation à mort du terroriste (qui, selon une grande majorité des Américains, mériterait la mort). En ce qui me concerne, je suis indigné par tout, y compris par la condamnation à mort. Du reste, une incarcération à vie dans un fauteuil roulant paraît être une sanction bien plus dure pour ce terroriste que la simple mort.
Cela se passe quelques jours après un exécution ratée. En effet, le 30 septembre 2026, la condamnée à mort Christa Pike, 50 ans, aurait dû mourir d'une injection létale au pénitencier de Nashville. Elle a survécu en fait à deux injections, si bien que son exécution a été suspendue par le gouverneur du Tennessee ainsi que toutes celles prévues dans l'État du Tennessee jusqu'à la fin de l'année, pour comprendre ce qui s'est passé.
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Elle non plus, Christa Pike n'est pas une sainte. À 18 ans, sans doute par jalousie, elle a tué sa camarade de classe Colleen Slemmer, 19 ans, qu'elle a battue et poignardée, dans un guet-apens avec son petit copain et un autre complice. Condamnée à mort le 30 mars 1996 pour le meurtre de sa camarade, alors qu'elle venait d'atteindre 20 ans, elle a été l'une des plus jeunes femmes condamnées à mort. Au moment du prononcé du verdict, elle a éclaté en larmes.
Le jour même de son exécution le 30 septembre 2026, une cour d'appel fédérale a suspendu la procédure d'exécution environ une heure avant l'heure prévue, afin d'étudier si la cour qui a prononcé la peine de mort avait bien pris en compte les violences sexuelles dont la condamnée avait été victime pendant son enfance. Mais la Cour suprême des États-Unis a annulé cette suspension dans la soirée, si bien que la procédure d'exécution a repris. Les exécutions avaient été suspendues dans cet État de 2022 à 2025 car le protocole d'injection était mal respecté.
Après deux heures de protocole, Christa Pike n'est toujours pas morte et la procédure a été stoppée, la condamnée transportée en soins intensifs. Elle s'est réveillée le 6 octobre 2026 avec son pronostic vital encore engagé et ses avocats ont demandé la transformation de la peine en réclusion criminelle à perpétuité. C'était le second échec d'injection létale (la précédente en mai 2026), et si elle avait été menée à bout, cela aurait été la trentième exécution dans cet État du Tennessee pour l'année 2026. Cette exécution ratée a choqué "l'opinion mondiale" à la fois pour ce qu'a subi la femme condamnée et aussi pour le principe de sa condamnation à mort pour un fait où elle avait 18 ans.
Petit à petit, certains autocrates, dont principalement Donald Trump et Vladimir Poutine, ôtent toutes les brides, toutes les limites, tous les repères d'État de droit, de droit international, de multilatéralisme, que le monde moderne avait patiemment construit, de manière fragile, depuis le fin de la Seconde Guerre mondiale, pour éviter l'embrasement général dans une troisième guerre mondiale. Toutes ces brides sautent une à une et c'est la paix mondiale elle-même qui vacille.
Gageons qu'une nouvelle génération de dirigeants, plus consciente des enjeux climatiques (graves), reviendra à ce multilatéralisme pour lutter ensemble contre des bouleversements climatiques dont on ne mesure pas encore l'ampleur ni les conséquences humaines.
Sylvain Rakotoarison (09 octobre 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Décivilisation.
Saint Robert Badinter, priez pour nous !
7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
Une conscience nationale.
L’affaire Patrick Henry.
Robert Badinter et la burqa.
L’abolition de la peine de mort.
La peine de mort.
François Mitterrand et l’Algérie.
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