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FIGAROVOX/TRIBUNE - Les jeunes Français sont plus diplômés que jamais, et pourtant ils vivent moins bien que leurs parents. Leur désillusion doit nous inciter à repenser notre rapport aux études et au marché du travail, estiment Hippolyte Septier et Emmanuel Hannapier.
Hippolyte Septier est diplômé d’HEC Paris. Emmanuel Hanappier est diplômé du CELSA. Ils ont co-fondé Nexus, une agence d’affaires publiques et de communication.
La promesse était simple, presque trop belle, répétée par des milliers de parents à leurs chérubins : «Si tu travailles bien à l’école et obtiens de bons diplômes, tu n’auras pas de soucis à te faire, tu vivras confortablement et pourras acheter une maison ou un appartement». Il faut croire que le mot est passé car jamais les jeunes Français n’ont été aussi diplômés, le nombre de titulaires d’un bac+5 ayant doublé en 20 ans selon le ministère de l’Enseignement supérieur.
Pourtant, ces derniers ont le sentiment d’être déclassés : près de 3 jeunes sur 4 de moins de 35 ans estiment, à raison, que leur génération vit moins bien que celle de leurs parents. Ce paradoxe n’a rien d’un sentiment, mais tout d’une triste réalité qui résulte d’un effet ciseau. D’une part, le fait d’être titulaire d’un bac+5 étant devenu une norme, cela a mécaniquement cessé d’être un signal distinctif sur le marché du travail. De surcroît, les offres d’emploi n’absorbent pas cette demande.
C’est ainsi que les jeunes diplômés sont toujours plus nombreux à occuper des emplois pour lesquels leur niveau de qualification dépasse largement celui requis. En 2021, 36 % des titulaires du baccalauréat sortis de formation initiale depuis moins de cinq ans occupaient un emploi peu qualifié, contre 11 % en 1983. Même pour les «happy few» qui cirent les bancs des meilleures écoles de commerce et d’ingénieurs, la concurrence est rude pour obtenir un poste dans certains secteurs, particulièrement en finance et en conseil.
Introduire des numerus clausus dans certaines filières saturées permettrait d’éviter que l’enseignement supérieur ne devienne une fabrique de promesses en carton.
Cette inflation académique n’est d’ailleurs pas un phénomène entièrement nouveau. Winston Churchill observait déjà dans Mes jeunes années que «l’éducation prolongée, indispensable aux progrès de la société, n’est pas naturelle : elle va à l’encontre des lois de la nature». C’est pour tenter de se distinguer dans un marché du travail saturé de bac+5 que les étudiants se lancent dans une véritable course à l’échalote académique : double diplôme, semestre à l’étranger, année de césure, stages à n’en plus finir, spécialisation ou certificat supplémentaire. Autant de lignes de CV que ces cumulards additionnent frénétiquement, dans l’espoir d’atteindre ce qui faisait autrefois la valeur intrinsèque d’un diplôme : la rareté.
Cette accumulation de capital académique se traduit par une entrée toujours plus tardive sur le marché du travail. Là où la génération précédente débutait sa carrière entre 20 et 23 ans, de nombreux diplômés commencent aujourd’hui réellement à travailler à 24, 25 voire 26 ans. Ce décalage nourrit un déclassement réel : une génération toujours plus qualifiée occupe des postes relativement moins prestigieux que ceux occupés par ses parents au même âge.
D’autre part, à la dévalorisation progressive des diplômes et des opportunités professionnelles s’ajoute l’envolée du coût des études supérieures, en moyenne 45.000 € pour un parcours post-prépa dans une des 38 grandes écoles de management françaises, et même plus de 70.000 € pour HEC. Il faut encore ajouter que le coût d’entrée dans la vie active n’a jamais été aussi élevé : les jeunes actifs font face à un marché immobilier devenu hors de portée. En cinquante ans, le prix des logements rapporté aux revenus a augmenté d’environ 70 % en France. On ne parle plus ici de primo accession mais simplement du fait de se loger.
Pour un jeune diplômé d’école de commerce ou un ingénieur entrant sur le marché du travail, l’équation budgétaire devient rapidement vertigineuse. Il peut espérer un premier salaire entre 2 200 et 3 000 euros nets par mois, une rémunération qui paraît confortable sur le papier, mais qui se heurte immédiatement à une série de charges incompressibles.
Le remboursement du crédit étudiant d’abord, dont les mensualités se situent fréquemment entre 500 et 800 euros par mois pendant une durée de 3 à 10 ans. S’ajoute à cela le logement. Dans les grandes métropoles où se concentrent les opportunités professionnelles, un loyer dépasse facilement 1000 euros pour un grand studio ou un deux-pièces.
C’est précisément ici que l’effet ciseau apparaît nettement. D’un côté, la valeur économique du capital académique s’érode sous l’effet de la massification de l’enseignement supérieur. De l’autre, le coût d’entrée dans la vie active - logement, crédit étudiant, fiscalité - augmente beaucoup plus vite que les salaires. Pendant les Trente Glorieuses, un salarié doublait son niveau de vie en quinze ans. Aujourd’hui, il lui faudrait plus d’une vie entière de travail : 84 ans.
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C’est ainsi qu’au sortir des études et jetée dans le grand bain, une génération découvre que la promesse de vivre plus confortablement que ses parents n’était en fait qu’un mirage. Pour sortir de ce marasme, la seule réponse crédible consiste à réguler les flux étudiants. Introduire des numerus clausus dans certaines filières saturées permettrait d’éviter que l’enseignement supérieur ne devienne une fabrique de promesses en carton. Il convient également de mieux informer dès le lycée sur les débouchés réels des formations et de revaloriser les filières technologiques et professionnelles. Cette évolution passe aussi par un rapprochement plus étroit entre universités et entreprises afin que les formations correspondent davantage aux compétences recherchées sur le marché du travail.
Mais un autre phénomène, porteur d’espoir, mérite d’être souligné : loin de se résigner, une part croissante de la jeunesse choisit de contourner les limites du système en se tournant vers l’entrepreneuriat. Selon l’IFOP, en 2025, 62 % des moins de 35 ans déclarent vouloir créer ou reprendre une entreprise ou se mettre à leur compte. Ce chiffre traduit moins un effet de mode qu’une adaptation pragmatique : lorsque la promesse du diplôme s’affaiblit, de plus en plus de jeunes préfèrent tenter de créer eux-mêmes les conditions de leur réussite en choisissant l’option qui offre le meilleur rapport entre risque et opportunité.


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