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Cela faisait longtemps que le Musée des beaux-arts du Canada n’avait pas présenté un ensemble d’expositions aussi inspirantes et qui ne soient pas dogmatiques. Faut-il y voir le signe d’un souffle nouveau, après des années de débats internes — certes nécessaires — qui avaient fini par s’enliser dans une orthodoxie muséale étouffante ?
Sylvia Safdie : 50 ans de création
Commençons par la mini-rétrospective consacrée à Sylvia Safdie, dont la carrière s’étend sur plus de 50 ans. Dès la fin de ses études en arts, en 1975, son professeur, Patrick Lansley, lui avait proposé d’exposer son travail à l’Université Concordia. « J’allais souvent au Musée Redpath pour y dessiner les diverses formes géologiques exposées et qui m’inspiraient énormément », explique l’artiste.
Née au Liban, ayant émigré à Montréal en 1953, Sylvia Safdie a élaboré une œuvre intense, qui s’est révélée porteuse d’une réflexion sur le temps et la mémoire… Mais « certaines choses de la vie ne prennent sens qu’après coup. Sur le moment, on vit les événements sans forcément les comprendre, simplement absorbé par l’expérience. Ce n’est qu’en regardant en arrière que les liens et les significations apparaissent », explique l’artiste.
« Dans mon enfance, en Israël, je vivais sur le mont Carmel, une terre d’une grande richesse. Je passais mon temps à ramasser toutes sortes d’objets — matières organiques, os, pierres, graines — que je conservais dans une sorte de petite grotte non loin de la maison. Très jeune, déjà, j’étais animée par cette fascination pour la nature, ce besoin d’observer, de recueillir, de préserver. Ce geste de collectionneur précoce a profondément marqué mon rapport au monde, raconte-t-elle. J’ai compris un jour que mon atelier n’était, au fond, qu’un prolongement de cette grotte de l’enfance : un refuge pour mes accumulations, un espace de mémoire et de transformation. Car l’essentiel n’est pas de collectionner, mais de donner sens — de voir comment les choses deviennent nôtres, comment on les fait parler autrement, comment on les métamorphose. Dès lors qu’un fragment de nature est extrait de son lieu d’origine, il s’ouvre à une multiplicité de significations. »
Et son œuvre intitulée Assemblages II (1986-2025) composée d’acier, de bronze, de pierres, de verre, de matériaux organiques, de ciment fondu et de papier, incarne tout à fait cela. Tout comme ses Têtes (1993-2021) ou ses Pieds (1992-2021), œuvres faites de pierres, d’acier, de bronze et de cire. Ces œuvres, où les pierres semblent mimer des formes humaines, rappellent notre passage sur terre tout en célébrant une temporalité géologique qui nous dépasse.
On regrette toutefois que l’installation ne dispose pas d’un espace plus généreux, comme ce fut le cas pour certaines de ses œuvres à la Fonderie Darling en 2021. Cette réserve n’enlève rien à la portée de cette présentation, qui offre un regard substantiel sur une artiste majeure.
Comment représenter l’hiver ?
La chose est paradoxale. Nous vivons dans un pays nordique, mais nous n’avons eu que peu d’expositions sur la représentation artistique de l’hiver. Certes, il y eut Neige au Musée canadien de l’histoire à Gatineau et au musée Pointe-à-Callière en 2015-2016. Et nous avons aussi eu, au Musée des beaux-arts de Montréal, l’exposition Alleyn, Garneau, Lefebvre : le musée d’hiver, mais c’était en… 1979 ! Pourtant, les créations figurant cette saison ne manquent pas.
Jean-François Bélisle, directeur du Musée des beaux-arts du Canada, nous a expliqué comment il a voulu que cette exposition soit un dialogue entre les départements Voies autochtones et décolonisation, Art canadien et Art européen, américain et asiatique. Cela donne une exposition où les cultures autochtones trouvent une place importante.
Comme l’écrit Bélisle, le titre de l’exposition fait référence à la « tradition du peuple lakota (Saskatchewan) qui consiste à consigner de manière visuelle, sur une peau d’animal ou une étoffe, l’événement le plus important de chaque année », d’une année commençant par la première neige d’un hiver et s’étendant jusqu’à celle de l’hiver suivant. « Différentes Nations autochtones des Plaines, dont les Nakoda et les Siksika, avaient recours à cette pratique », nous dit le catalogue. « Il s’agit de dessins réalisés sur une peau de bison qui détaille le quotidien durant l’hiver : nombre d’animaux chassés, interactions avec d’autres groupes, mariage, décès et autres événements importants au sein de la famille ou de la communauté. » Vous pourrez d’ailleurs voir un Compte d’hiver réalisé par Wayne Leslie Goodwill. Et vous retrouverez aussi des créations de bien d’autres artistes autochtones : Pitseolak Ashoona, Itee Pootoogook, Malaya Akulukjuk, Elisapee Ishulutaq…
Cette exposition vous permettra aussi de découvrir des œuvres exceptionnelles d’artistes des pays nordiques européens, artistes méconnus en Amérique du Nord, dont L’aube à Riddarfjärden (1899), d’Eugène Jansson (1862-1915). Notons la présence d’autres suédois comme Karl Fredrik Nordström (1855-1923), Otto Hesselbom (1848-1913), Gustaf Adolf Fjæstad (1868-1948)… Sont aussi présentes des œuvres du Norvégien Peder Balke (1804-1887) et du Danois Harald Viggo Moltke (1871-1960) avec une série exceptionnelle de trois huiles sur toile, réalisées en 1899-1900, représentant des aurores boréales…
Nous aurions souhaité une approche théorique plus affirmée, mais le catalogue comble en grande partie cette lacune avec des textes éclairants de Katerina Atanassova, Wahsontiio Cross, Anabelle Kienle Poňka et Jocelyn Piirainen.
La ville comme structure sociale
Comme nous l’a expliqué Andrea Kunard, conservatrice principale des photographies, les prémices de cette exposition résident dans l’idée que la ville a un impact sur les citoyens, sur « l’histoire collective et la mémoire personnelle ». Mais elle parle aussi du fait que la ville se trouve à devenir l’incarnation de valeurs politiques et sociales.
Ce thème pertinent permet de montrer une sélection intelligente d’images traitant autant de la ségrégation raciale (Gordon Parks) que des manifestations (Pierre Gaudard, Leo Seltzer…), des révoltes (Larry Towell, Lewis W. Hine…) ou des communautés marginalisées (Diane Arbus, Nan Goldin, Leon Levinstein…). On y verra aussi bien des œuvres conceptuelles importantes (Melvin Charney, Edward Ruscha, Pierre Boogaerts…).
Une démonstration éloquente de la richesse de la collection photographique du Musée des beaux-arts du Canada.


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